Communication du lundi 29 juin 2026 d’Olivier Dellenbach, Président de ChapsVision
Thème de la communication : Géopolitique de l’intelligence artificielle
Synthèse de la séance

L’intelligence artificielle constitue une révolution technologique majeure qui redéfinit les rapports de puissance mondiaux. Comme le pétrole au XXᵉ siècle, elle devient un levier stratégique, mais son développement repose avant tout sur la maîtrise de l’électricité, des semi-conducteurs, du cloud et des données. Cette transformation, d’une rapidité inédite, s’accompagne de l’essor de systèmes capables d’agir de manière autonome et renforce le pouvoir de quelques grandes entreprises technologiques, désormais aussi influentes que certains États.
La compétition mondiale est dominée par les États-Unis, qui bénéficient d’un écosystème d’innovation exceptionnel, et par la Chine, qui mise sur une stratégie étatique ambitieuse pour rattraper son retard. L’Europe possède des atouts scientifiques, industriels et réglementaires importants, mais peine encore à transformer ces avantages en véritable souveraineté numérique. Malgré cette rivalité, Olivier Dellenbach estime que le risque de conflit entre grandes puissances demeure limité en raison de la forte interdépendance des chaînes de valeur de l’IA : aucun acteur ne maîtrise seul l’ensemble des ressources nécessaires, ce qui favorise un équilibre fondé sur des dépendances réciproques.
Selon lui, le principal danger de l’intelligence artificielle ne réside donc pas dans les tensions géopolitiques, mais dans ses conséquences sociales. L’automatisation touche désormais les métiers qualifiés, fragilise les classes moyennes et risque d’accroître les inégalités en concentrant les richesses entre les mains des détenteurs des technologies. À cela s’ajoutent un sentiment croissant de perte de contrôle face aux grandes plateformes numériques et des tensions liées aux besoins énergétiques de l’IA. Ces évolutions pourraient alimenter les populismes, affaiblir les démocraties et, indirectement, déstabiliser les relations internationales.
Face à ces défis, la France et l’Europe doivent développer une véritable stratégie de puissance en s’appuyant sur leurs atouts, notamment leur excellence scientifique, leurs capacités industrielles et leur production d’énergie décarbonée. Toutefois, la souveraineté technologique ne sera durable que si elle s’accompagne de politiques permettant de redistribuer les gains de productivité, de former les travailleurs et de préserver la cohésion sociale. En définitive, Olivier Dellenbach soutient que l’enjeu central de la révolution de l’intelligence artificielle est moins technologique que politique et moral : il s’agit de maîtriser cette transformation afin qu’elle renforce la prospérité collective sans compromettre la stabilité des démocraties et le contrat social.
À l’issue de sa communication, Olivier Dellenbach a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J. de Larosière, P.-M. Menger, Th. de Montbrial, J.-R. Pitte, Ph. Aghion, D. Senequier, L. Ravel, J.-C. Trichet, M. Pébereau, G.-H. Soutou.
