Communication du lundi 23 mars 2026 de Christoph Heusgen, ancien président de la conférence de Munich sur la sécurité, ancien conseiller diplomatique d’Angela Merkel
Thème de la communication : Le regard de l’Allemagne sur la France, l’Union Européenne et le continent européen
Synthèse de la séance

En préambule, Bernard Stirn a salué Jean-Claude Trichet qui a été nommé, le 10 mars dernier par la Présidente du Parlement Européen, membre de l’Ordre européen du mérite nouvellement créé. L’ancien président de la Banque centrale européenne est le seul français retenu dans cette première promotion de 20 membres qui comprend un grand nombre de chefs d’État et de gouvernement européens.
Christoph Heusgen commence en soulignant son attachement ancien à la France et à Paris, nourri par ses expériences professionnelles et ses rencontres, notamment avec des responsables politiques français et allemands. Il insiste sur l’importance centrale des relations franco-allemandes pour l’Europe et leur rôle déterminant dans la construction et la stabilité du continent. La relation franco-allemande a toujours occupé une place prioritaire dans la politique étrangère allemande, comme l’a illustré l’action d’Angela Merkel, qui a toujours veillé à préserver une coopération étroite avec la France, malgré d’éventuelles divergences.

Cette relation trouve ses racines dans la réconciliation historique initiée après la Seconde Guerre mondiale par des figures comme Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Leur objectif était de mettre fin aux conflits répétés entre les deux pays en instaurant une coopération durable, concrétisée notamment par le traité de l’Élysée et renforcée par des échanges concrets entre sociétés civiles, comme les programmes pour la jeunesse ou les jumelages.
Christoph Heusgen rappelle ensuite que cette coopération a été essentielle au succès de l’intégration européenne, qui a garanti une paix durable sur le continent. Cependant, il met en garde contre la montée des nationalismes et la tentation de remettre en cause le projet européen. Face à ces défis, il défend la nécessité de renforcer l’intégration, notamment sur le plan économique et financier, afin de faire face à la concurrence mondiale et d’assurer l’autonomie stratégique de l’Europe.
Les crises récentes, comme celle de l’euro ou la pandémie de COVID-19, ont montré l’efficacité d’une action commune, en particulier entre la France et l’Allemagne. Toutefois, des progrès restent nécessaires, notamment en matière de financement commun, de discipline budgétaire et de croissance économique.
Christoph Heusgen aborde ensuite la question des relations avec la Russie. Il analyse l’évolution de ces relations, marquées par une volonté initiale de coopération, puis par un tournant vers la confrontation sous Vladimir Poutine. Il reconnaît certaines erreurs européennes, comme la dépendance énergétique ou le manque d’investissements dans la défense, et regrette l’affaiblissement récent du leadership franco-allemand dans la gestion du conflit en Ukraine.
Il souligne également les limites institutionnelles de l’Union européenne, notamment en matière de politique étrangère, où la règle de l’unanimité freine son efficacité. Pour lui, seule une Europe plus intégrée, capable d’agir et de se défendre, pourra peser sur la scène internationale.
Enfin, Christoph Heusgen élargit sa réflexion à l’ordre mondial, qu’il juge de plus en plus dominé par le « droit du plus fort » au détriment du droit international. Face à cette évolution, il appelle la France et l’Allemagne à défendre le multilatéralisme, le respect du droit international et le règlement pacifique des conflits.
En conclusion, Christoph Heusgen affirme que l’avenir de l’Europe repose sur une coopération étroite et confiante entre la France et l’Allemagne, condition indispensable pour relever les défis politiques, économiques et géopolitiques actuels.
À l’issue de sa communication, Christoph Heusgen a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées B. Arnault, Th. de Montbrial, R. Brague, D. Senequier, C. Talon-Hugon, S. Sur, J.C. Trichet, G.H. Soutou, E. Roussel, L. Bély, M. Pébereau, J. de Larosière.



