Communication de Gaël VEYSSIÈRE « Quel avenir pour l’Ukraine ? »

Communication du lundi 4 mai 2026 de Gaël Veyssière, ambassadeur de France en Ukraine

Thème de la communication : Quel avenir pour l’Ukraine ?

 Synthèse de la séance

Le président Jean-David Levitte a appellé aux honneurs de la séance les ambassadeurs Philippe Etienne, ambassadeur de France, ancien ambassadeur aux États-Unis et Pierre Levy, ambassadeur de France, ancien ambassadeur en Russie ainsi que Madame Priscilla Toffano, représentante du Fonds Monétaire International en Ukraine.

De gauche à droite : Priscilla Toffano, Pierre Lévy, Philippe Etienne et Gaël Veyssière

L’ambassadeur de France en Ukraine analyse la guerre en Ukraine comme un événement central dans la déconstruction de l’ordre mondial actuel et dans la difficile émergence d’un nouvel équilibre international. Gaël Veyssière, s’appuyant sur son expérience directe à Kyiv, propose une lecture à la fois factuelle et engagée de la situation.

Il décrit d’abord une réalité militaire marquée par une relative stabilisation du front depuis 2025. Si la Russie progresse lentement dans l’est de l’Ukraine, notamment dans le Donbass, ces avancées se font à un coût humain et matériel extrêmement élevé. L’Ukraine, bien que sous pression et en infériorité numérique, parvient à contenir l’offensive grâce à son innovation technologique, notamment dans l’usage des drones, et à une capacité de résilience remarquable. La guerre s’inscrit désormais dans une logique d’attrition où aucun camp ne semble en mesure de l’emporter rapidement.

Sur le plan intérieur, la société ukrainienne fait preuve d’une cohésion forte. Malgré les pertes humaines, les destructions et les difficultés énergétiques, la population reste mobilisée et refuse majoritairement toute concession territoriale ou affaiblissement de son armée. La vie politique est suspendue au temps de la guerre : les élections sont repoussées et aucune opposition structurée ne remet en cause le pouvoir en place. Cette unité nationale s’accompagne d’une transformation profonde de l’identité ukrainienne, renforçant son orientation européenne et son rejet durable de la Russie.

Cependant, cet équilibre demeure fragile. L’Ukraine fait face à plusieurs défis à moyen terme : difficultés de mobilisation militaire, dépendance au soutien économique et financier international, vulnérabilité énergétique et risque d’usure politique interne. La question du temps est centrale : la capacité de l’Ukraine à tenir dépend largement de la continuité de l’aide occidentale et de l’évolution de la situation économique et stratégique en Russie.

Dans ce contexte, le soutien international, en particulier européen, apparaît déterminant. L’Union européenne et ses États membres ont pris un rôle central en apportant une aide financière, militaire et humanitaire considérable. Ce soutien s’accompagne d’une perspective d’intégration européenne pour l’Ukraine, qui constitue à la fois un objectif politique majeur pour Kyiv et un levier de transformation interne, malgré les défis importants que poserait une adhésion, notamment dans le domaine agricole.

Enfin, les perspectives de règlement du conflit restent incertaines. Les différentes tentatives de négociation ont échoué ou stagnent, en raison de désaccords fondamentaux entre les parties. Un éventuel accord reposerait probablement sur un gel du conflit, des garanties de sécurité solides pour l’Ukraine et des compromis territoriaux difficiles. Toutefois, sa réalisation dépendrait d’une pression accrue sur la Russie et d’une volonté politique encore incertaine des grandes puissances.

En conclusion, l’avenir de l’Ukraine dépasse largement son seul destin national : il conditionne l’équilibre sécuritaire européen et la recomposition de l’ordre mondial. L’issue du conflit, même provisoire, aura des conséquences durables sur les rapports de force internationaux et sur la place de l’Europe dans ce nouvel environnement.

Gaël Veyssière achève sa communication en citant le poète ukrainien Taras Chevtchenko dont la dimension romantique du propos est un moteur très puissant en Ukraine aujourd’hui : « Notre âme ne peut pas mourir, la liberté ne meurt jamais » et qui fait écho à la vieille leçon de Périclès : « Il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans vaillance ».

À l’issue de sa communication, Gaël Veyssière a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées X. Darcos, C. Talon-Hugon, J. de Larosière, P.M. Menger, D. Senequier, J.C. Trichet, M. Bastid-Bruguière, A. Vacheron, H. Gaymard, L. Bély.

Verbatim du communicant

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