Communication de Camille GRAND « L’impact de la présidence de Donald Trump sur le continent européen dans le domaine militaire : la Russie, l’Ukraine et l’avenir de l’OTAN »

Communication du lundi 11 mai 2026 de Camille Grand, ancien Secrétaire général adjoint de l’OTAN

Thème de la communication : L’impact de la présidence de Donald Trump sur le continent européen dans le domaine militaire : la Russie, l’Ukraine et l’avenir de l’OTAN

 Synthèse de la séance

Camille Grand analyse l’évolution du rôle des États-Unis au sein de l’OTAN et les conséquences possibles pour la sécurité européenne. Il explique que Washington est aujourd’hui confronté à plusieurs priorités stratégiques simultanées : rivalité avec la Chine dans l’Indo-Pacifique, engagements militaires au Moyen-Orient et ambitions dans l’hémisphère occidental. Dans ce contexte, l’Europe apparaît comme une priorité secondaire, notamment en matière de livraisons d’armes et d’engagement militaire.

Camille Grand estime qu’un retrait officiel des États-Unis de l’OTAN reste peu probable en raison des obstacles juridiques et politiques. Cependant, il souligne qu’il n’est pas nécessaire de quitter formellement l’Alliance pour l’affaiblir : un président américain refusant d’assumer le rôle traditionnel des États-Unis dans l’OTAN produirait des effets comparables. Cette orientation correspondrait d’ailleurs à certaines idées défendues par les proches de Donald Trump, favorables à une alliance « moins américaine ».

Camille Grand revient également sur les engagements récents des Européens à augmenter fortement leurs dépenses militaires, sous la pression de Donald Trump. Les pays européens se sont engagés à consacrer 3,5 % de leur PIB à la défense, auxquels s’ajoutent 1,5 % pour les infrastructures de sécurité, permettant à Trump d’affirmer avoir obtenu un effort total de 5 % du PIB. Malgré cet accord, les tensions récentes liées au Groenland et au Moyen-Orient ont ravivé les désaccords entre Washington et ses alliés européens, rendant les prochains sommets de l’OTAN particulièrement délicats.

Camille Grand considère néanmoins que l’OTAN pourrait survivre à un désengagement partiel des États-Unis. L’Alliance conserverait son expérience, ses structures de planification et ses mécanismes de commandement, même si elle fonctionnerait de manière « dégradée ». Toutefois, le rôle militaire américain reste jugé essentiel, notamment pour les capacités stratégiques, le renfort rapide du continent européen et la dissuasion nucléaire. Une OTAN sans ou avec moins d’Amérique exigerait donc une adaptation profonde des Européens.

Camille Grand décrit ensuite plusieurs scénarios possibles pour l’avenir de l’Alliance. Le premier serait une transition progressive et organisée sur une dizaine d’années, avec un transfert maîtrisé du fardeau militaire vers les Européens. Le deuxième, jugé plus probable, correspondrait à un retrait américain plus chaotique et unilatéral, créant une période de vulnérabilité susceptible d’être exploitée par les adversaires de l’OTAN, notamment la Russie. Un troisième scénario envisagerait un retrait presque total des forces américaines d’Europe, tandis qu’un quatrième, plus extrême, imaginerait des États-Unis devenus hostiles aux Européens, provoquant une rupture historique de l’alliance occidentale.

Face à ces perspectives, l’ancien Secrétaire général adjoint de l’OTAN affirme que les Européens doivent se préparer à défendre le continent avec moins d’appui américain. Cela implique plusieurs priorités : poursuivre l’aide à l’Ukraine, renforcer les capacités militaires européennes, retrouver de la « masse » et de la réactivité militaire, et investir dans les technologies critiques. Il insiste aussi sur la nécessité d’adapter les armées européennes aux transformations modernes de la guerre et de développer une véritable autonomie stratégique.

Enfin, Camille Grand défend l’idée d’une « manière européenne de faire la guerre », différente du modèle américain, afin de ne pas dépendre entièrement des capacités des États-Unis. Cette transformation nécessiterait un effort durable sur une décennie, des investissements massifs, une ambition technologique et industrielle forte ainsi qu’une meilleure coordination entre l’Union européenne et l’OTAN. Camille Grand conclut sur une note relativement optimiste : selon lui, les Européens ont les moyens de construire une OTAN plus européenne et de garantir eux-mêmes la sécurité du continent, tout en maintenant, si possible, une coopération transatlantique renforçant une Europe devenue plus autonome.

À l’issue de sa communication, Camille Grand a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J. de Larosière, M. Pébereau, J.C. Trichet, C. Tiercelin, L. Stefanini, S. Sur, G.H. Soutou, A. Vacheron.

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