Cérémonie d’installation de Denis MUKWEGE à l’Académie et Lecture de la notice sur la vie et les travaux de Javier PÉREZ DE CUÉLLAR (1920-2020)

Synthèse de la séance

 L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour la cérémonie d’installation du docteur Denis Mukwege, comme membre associé étranger au fauteuil laissé vacant par le décès de Javier Pérez de Cuéllar. La cérémonie est ouverte par le président de l’Académie, Jean-Robert Pitte.

Le docteur Denis Mukwege a été élu au fauteuil 1 des membres associés étrangers le lundi 23 septembre 2024. Son élection a été approuvée par le président de la République, protecteur de l’Académie, par un décret en date du 25 novembre 2024, publié au Journal Officiel. À ce fauteuil, Denis Mukwege, dont l’action et le parcours exceptionnels en République Démocratique du Congo auprès des femmes victimes d’exactions sexuelles, ont été couronnés en 2018 par le prix Nobel de la Paix, succède à Javier Pérez de Cuéllar, lui-même élu membre associé étranger le 23 janvier 1989 au fauteuil laissé vacant par le décès de Constantin Tsatsos. Le président rappelle qu’à ce fauteuil ont siégé d’autres figures illustres, également prix Nobel pour certains d’entre eux, notamment Theodore Roosevelt, 26ème président des États-Unis (1901-1909), élu associé étranger en 1909, prix Nobel de la paix en 1906, grâce à son rôle de médiateur dans la guerre russo-japonaise, mais aussi Maurice Maeterlinck, écrivain flamand francophone, élu à l’Académie en 1937, prix Nobel de littérature en 1911.

Louis Vogel prononce ensuite le discours d’accueil de Denis Mukwege, surnommé « l’homme qui répare les femmes » du fait de son engagement auprès des femmes victimes d’exactions sexuelles et de son combat auprès des instances internationales pour que les viols collectifs soient reconnus non pas comme un simple dégât collatéral mais comme une véritable arme de guerre.

Né en 1955 à Bukavu, au bord du lac Kivu, dans l’est du Congo, dans une famille pauvre mais croyante et unie, Denis Mukwege fait très tôt l’expérience de l’injustice et de la violence. Sauvé par des femmes et marqué par l’exemple de son père pasteur, il décide de devenir « muganga », celui qui soigne, afin de s’occuper des corps comme son père s’occupe des âmes. Éduqué par une mère qui refuse les stéréotypes patriarcaux, il comprend très vite que les violences faites aux femmes plongent leurs racines dans les inégalités quotidiennes, enracinées dès le plus jeune âge, entre filles et garçons. La guerre n’invente pas la violence, elle ne fait que la déchaîner dans un terreau déjà préparé.

Devenu médecin, Denis Mukwege commence comme pédiatre à l’hôpital de Lemera, puis se forme en gynécologie-obstétrique au CHU d’Angers entre 1984 et 1989. Malgré de bien meilleures conditions de travail en France, il choisit de rentrer pour exercer la médecine dans un pays confronté à des taux dramatiques de mortalité maternelle. Témoin de l’histoire sanglante de la République Démocratique du Congo – colonisation, dictatures, guerres, génocide rwandais, convoitise des ressources, effondrement de l’État – Denis Mukwege survit au massacre de Lemera et se réfugie un temps au Kenya. C’est dans ce contexte de guerre et de prédation qu’il comprend que le viol est utilisé comme arme de guerre systématique, visant à vider une zone de sa population pour s’emparer des richesses.

En 1999, Denis Mukwege fonde l’hôpital de Panzi, près de Bukavu, qui devait d’abord être une maternité, mais devient très vite un lieu de réparation des femmes victimes de viols et de mutilations massives. Il y développe une expertise chirurgicale unique pour traiter les fistules et autres blessures gynécologiques gravissimes. Comprenant que les dégâts sont aussi psychologiques, sociaux et existentiels, il met en place un accompagnement global : accueil par des « mamans chéries », soutien psychologique, aide juridique avec la création d’une clinique intégrée, puis structures de réinsertion comme la Cité de la Joie et la Maison Dorcas. À travers ces dispositifs, les survivantes sont soignées, rééduquées, formées, accompagnées vers l’autonomie économique et la reconquête de leur dignité, malgré le rejet fréquent de leurs familles et de leurs communautés.

Peu à peu, son action se double d’un combat public et international contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité entre les sexes. Denis Mukwege devient un « activiste » comme il se définit lui-même : il témoigne devant les parlements, les Nations Unies, les médias, dans des documentaires qui contribuent à briser la loi du silence. Son engagement s’étend au terrain juridique : certains procès en République Démocratique du Congo reconnaissent pour la première fois le viol utilisé comme arme de guerre comme crime contre l’humanité, et l’État peut être condamné pour défaut de protection. Inscrite dans un mouvement plus large de transformation du droit international et des lois nationales, cette bataille participe à la reconnaissance du viol comme crime de guerre, à l’évolution des définitions du consentement et à la mise en place de dispositifs concrets de protection des victimes, notamment en Europe.

Louis Vogel conclut en soulignant que le moteur de Denis Mukwege est une exigence d’action : pour lui, l’émotion ne vaut rien si elle n’est pas suivie d’engagement. Illustrant cette vieille expression française, « de fil en aiguille », le docteur Denis Mukwege est passé de la pédiatrie à la gynécologie réparatrice, de la création d’un hôpital à celle d’un véritable écosystème de soin, de justice et d’émancipation, et de la lutte contre le viol à un combat global pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2018, il incarne les valeurs de dignité humaine, de courage et de responsabilité qui fondent l’Académie qui l’accueille Son parcours est une invitation à agir, à refuser l’indifférence et à se laisser entraîner, à sa suite, dans un combat universel pour la justice et la dignité des femmes.

⃰    ⃰     ⃰

Deux extraits du documentaire réalisé par Thierry Michel et Colette Braeckman, consacré au travail du docteur Mukwege en République Démocratique du Congo, intitulé « L’homme qui répare les femmes. La colère d’Hippocrate » ont été diffusés avant et après le discours d’accueil de Louis Vogel.

⃰    ⃰     ⃰

Le président invite ensuite Denis Mukwege à prendre la parole, comme c’est l’usage, pour rendre hommage à son prédécesseur, Javier Pérez de Cuéllar.

Après avoir remercié Louis Vogel pour son soutien, Denis Mukwege souligne l’honneur d’occuper le siège de Javier Pérez de Cuéllar, figure majeure de la diplomatie internationale et cinquième Secrétaire général des Nations Unies.

Né à Lima en 1920, Javier Pérez de Cuéllar grandit dans un environnement ouvert sur le monde, marqué par la culture européenne, la passion des langues et un profond humanisme. Ses études de droit et de littérature le conduisent dès 1940 vers une carrière diplomatique exceptionnelle, débutée au ministère péruvien des Affaires étrangères. Envoyé à Paris puis délégué à la Commission préparatoire de l’ONU en 1945, il assiste à la naissance de l’organisation qui marquera toute sa vie.

Au fil des décennies, il gravit les échelons de la diplomatie péruvienne, occupant des fonctions clés : directeur au ministère, ambassadeur en Suisse, en URSS et en Pologne, puis représentant permanent du Pérou aux Nations Unies. Sa maîtrise des crises internationales lui vaut de devenir Secrétaire général adjoint avant d’être élu, en 1982, Secrétaire général de l’ONU, mandat renouvelé en 1986. Durant près de dix ans, il exerce ses responsabilités avec calme et autorité morale, dans un monde traversé par la guerre froide, les conflits régionaux et les crises humanitaires. Il renforce la diplomatie préventive, défend la neutralité de l’ONU et contribue à des dossiers majeurs : protection des civils au Liban, relance du dialogue israélo-palestinien, indépendance de la Namibie, pression contre l’apartheid, négociations en Amérique centrale et médiation dans la guerre Iran-Irak, où il obtient un cessez-le-feu historique en 1988. Son action s’étend aussi aux enjeux émergents tels que l’environnement, le sida et le trafic de drogue. Sous son impulsion, la commission dirigée par Gro Harlem Brundtland produit en 1987 le rapport « Notre avenir à tous », texte fondateur du développement durable et du sommet de la Terre de Rio en 1992. Après son second mandat, Javier Pérez de Cuéllar poursuit son engagement : UNESCO, Fondation de l’Arche de la Fraternité, puis candidature à la présidence du Pérou en 1995. En 2000, il contribue au rétablissement de la démocratie après la chute du régime Fujimori, avant de devenir ambassadeur du Pérou en France de 2001 à 2004.

Hautement décoré dans le monde entier, il laisse aussi une œuvre intellectuelle majeure, dont un Manuel de droit diplomatique (1964) et Pèlerinage pour la paix (1997). Sa pensée repose sur trois piliers : patience, neutralité et dignité. Pour lui, la paix n’est pas seulement l’absence de guerre mais le produit de la justice, du respect mutuel et de la solidarité.

Décédé en 2020 à l’âge de cent ans, Javier Pérez de Cuéllar incarne l’esprit fondateur des Nations Unies. Son héritage moral et diplomatique demeure une source d’inspiration, rappelant que la diplomatie est avant tout un devoir d’humanité et que le courage réside dans la persévérance, le compromis et le respect de l’autre. Homme discret mais influent, il demeure un modèle pour celles et ceux qui œuvrent à un monde plus juste, durable et pacifique.

La cérémonie a été ponctuée de différents intermèdes musicaux interprétés au piano par Guillem Aubry, membre de l’Académie de l’Opéra national de Paris.

Revoir la cérémonie

Photos de la cérémonie

Crédit photos : Candice Ferrier

Communication de Gérard-François DUMONT « La terre est-elle surpeuplée ? »

Communication du lundi 24 novembre de Gérard-François Dumont, Professeur émérite à Sorbonne Université, ancien recteur

Thème de la communication : La terre est-elle surpeuplée ?

 Synthèse de la séance

G.F. Dumont commence en rappelant tout d’abord l’ancienneté de la peur du surpeuplement : bien avant l’apparition des mots « surpeuplé » et « surpeuplement » au tournant du XXᵉ siècle, Platon, Giovanni Botero, Francis Bacon ou encore le lettré chinois Hong-Liang-Ki s’inquiètent déjà d’un excès d’hommes par rapport aux ressources. À la fin du XVIIIᵉ siècle, Malthus formalise cette crainte avec son « principe de population », puis, aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, de nombreux auteurs, scientifiques ou auteurs d’œuvres de fiction (P. Ehrlich, Cousteau, Soleil vert, etc.) annoncent famines, crises et catastrophes écologiques dues à la croissance démographique, jusqu’à l’« Avertissement à l’Humanité » signé par des milliers de chercheurs en 2017.

G.F. Dumont montre ensuite que la forte hausse de la population mondiale ne vient pas d’une explosion de la fécondité, restée longtemps stable puis en baisse, mais de la transition démographique qui se caractérise par une chute spectaculaire de la mortalité, alors que – dans un premier temps – la natalité reste forte et l’allongement de l’espérance de vie grâce aux progrès sanitaires, médicaux et alimentaires. Cette dynamique a entraîné un nombre élevé de naissances pendant plusieurs décennies, avant que la fécondité ne recule et que la croissance démographique ne ralentisse nettement.

L’analyse des liens entre peuplement, développement et ressources ne permet pas de conclure à un surpeuplement : ni les pays très denses ni les pays très peu denses ne sont systématiquement défavorisés en termes de développement humain. Tout dépend plutôt des institutions, de la gouvernance, du capital humain et de l’innovation. Les peurs d’épuisement généralisé des ressources (telles celles du rapport du Club de Rome qui incitait à faire une « Halte à la croissance ») se sont révélées exagérées, car une ressource n’existe vraiment que par la capacité humaine à l’exploiter : progrès techniques, énergies renouvelables, meilleure efficacité et recyclage transforment et renouvellent les ressources disponibles.

Enfin, les projections démographiques (ONU) indiquent une décélération, voire à terme un possible dépeuplement, dans un contexte d’ « hiver démographique » dans de nombreux pays. L’idée d’un surpeuplement global est donc infondée : ce qui importe est moins le nombre d’habitants que la manière dont les sociétés gèrent leurs territoires, leurs ressources et leurs politiques. La géographie des populations est cette branche de la géographie qui permet de prendre la juste mesure des populations sur leurs territoires, tant sur un plan quantitatif que qualitatif, c’est-à-dire de comprendre la manière dont elles habitent ce territoire et ainsi d’éclairer sur les politiques et les actions souhaitables pour les sociétés.

À l’issue de sa communication Gérard-François Dumont a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées E. Roussel, P.A. Chiappori, G. Alajouanine, J. de Larosière, L. Ravel, J. Tirole, D. Senequier, J.C. Trichet, A. Vacheron, P.M. Menger, M. Pébereau, H. Gaymard.

 Verbatim du communicant

Réécoutez la communication

Séance solennelle de rentrée 2025 de l’Académie des sciences morales et politiques

Synthèse de la séance

Crédit photos : Candice Ferrier

Lundi 17 novembre 2025 s’est tenue, sous la Coupole de l’Institut, la séance solennelle de rentrée de l’Académie. Le président Jean-Robert Pitte a ouvert la séance en saluant les personnalités présentes, les auteurs des communications de cette année consacrée à la géographie ainsi que les lauréats.

Le président a ensuite remercié le Secrétaire perpétuel, Bernard Stirn, de lui avoir proposé de présider cette année 2025 qu’il a souhaité consacrer aux différentes facettes de la géographie, devenant ainsi le quatrième géographe de l’histoire de l’Académie à la présider après Émile Levasseur en 1880, Paul Vidal de la Blache en 1918, de manière brève, entre janvier et son décès en avril, et Maurice Le Lannou en 1988, il y a donc 37 ans.

Le cycle de communications de cette année 2025, intitulé « Terre des hommes », a été marqué par 28 conférences consacrées à la géographie sous ses formes les plus diverses. Le président insiste sur le fait que nous vivons tous dans un espace interconnecté et mondialisé, et que la géographie est indispensable pour comprendre la répartition des hommes, des activités, des frontières et des environnements, mais aussi pour déjouer la peur de l’autre, les conflits et les discours fatalistes sur le climat ou l’histoire. Discipline scientifique à part entière, la géographie étudie la manière dont l’humanité façonne la surface de la Terre et doit être pensée avec l’histoire, sa « sœur siamoise ». Jean-Robert Pitte dénonce la tendance à reléguer la géographie au rang de science auxiliaire ou décorative, et plaide pour sa place centrale dans l’éducation, afin de former des citoyens libres, responsables et capables de comprendre la mondialisation.

Le président présente ensuite les grandes branches abordées durant l’année : géographie de l’environnement (glaciers, mers, forêts, climat), géographie économique (commerce, transports, matières premières), géographie politique et géopolitique (régimes, conflits, territoires), aménagement du territoire, monde rural et alimentation, ainsi que géographie culturelle et religieuse. Il souligne que la géographie peut offrir une vision positive et constructive de l’environnement, non pas pour « sauver la planète » en soi, mais pour organiser l’espace au service du bien-être humain. Enfin, il conclut sur une note humaniste et confiante : la liberté, l’intelligence, la technique et la coopération peuvent permettre à l’humanité de mieux habiter la Terre, à condition de remplir plusieurs conditions telles que le respect d’États de droit, des populations éduquées et une joie de vivre partagée. La géographie, omniprésente dans nos vies, est un outil essentiel pour aimer, comprendre et aménager notre « Terre des hommes ».

Le vice-président Jean-David Levitte a ensuite procédé à la lecture du palmarès des prix, bourses et médailles décernés par les six sections de l’Académie et des jurys particuliers. Grâce au concours et à la générosité des particuliers et associations qui ont créé, par legs ou par dons, des fondations abritées au sein de l’Académie, celle-ci poursuit la mission, confiée à l’Institut par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) : « suivre les travaux scientifiques et littéraires qui auront pour objet l’utilité générale et la gloire de la République ».

Le Secrétaire perpétuel Bernard Stirn a ensuite prononcé un discours sur le thème : « Pouvons-nous avoir encore des repères ? »

Bernard Stirn dresse tout d’abord un contraste entre l’optimisme qui entourait l’an 2000 (essor de la démocratie libérale, multilatéralisme, construction européenne, mondialisation confiante) et le climat actuel, marqué par une succession de crises – terroristes, économiques, sanitaires, migratoires, écologiques, géopolitiques – qui fragilisent la démocratie, l’ordre international et le sentiment de sécurité. La montée des incertitudes (progrès scientifiques, bioéthique, intelligence artificielle, migrations, climat, régulation du numérique) s’accompagne d’un effritement de la confiance : méfiance envers les élus, la justice, la science, prolifération des complots, violences politiques et remise en cause du droit international et des organisations multilatérales.

Face à ce « labyrinthe des égarés », le Secrétaire perpétuel appelle à la raison et à la réflexion, en rappelant que l’histoire avance par cycles et périodes de transition, comme au XIXᵉ siècle. Il souligne les ressources encore disponibles : l’État de droit, la construction européenne, les juridictions internationales et un capital juridique et institutionnel à protéger. Il met en avant le rôle de l’Académie des sciences morales et politiques, qui nourrit la réflexion par ses travaux, ses colloques et le choix de thèmes annuels (justice, Terre des hommes, ordre mondial, avenir de la démocratie…). Bernard Stirn conclut en citant la lucidité prémonitoire d’Alexis de Tocqueville qui, le 27 janvier 1848, déclarait dans un discours prononcé devant la Chambre des députés : « nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan » et François Guizot, cité dans l’un des derniers numéros de la Revue Commentaire, dirigée par Jean-Claude Casanova : « C’est de l’esprit politique qu’aujourd’hui la France a le plus de services à attendre et doit cultiver avec plus de soin les progrès. L’esprit politique consiste essentiellement à vouloir et à savoir prendre sa part et jouer son rôle régulièrement, sans emploi de la violence, dans les affaires de la société. Plus l’esprit politique se développe, plus il inculque aux hommes le besoin et l’habitude de voir les choses comme elles sont, dans leur exacte vérité ». Le Secrétaire perpétuel conclut sur la nécessité d’entretenir cet « esprit politique », pour éviter de nous endormir sur de nouveaux volcans et de rechercher des repères qui permettent une participation paisible, sereine et déterminée de tous à la vie collective.

La séance a été ponctuée par des intermèdes musicaux, interprétés par le trio Vermeer.

Revoir la cérémonie

Remise des diplômes aux lauréats

Crédit photos : Candice Ferrier

La cérémonie

Crédit photos : Candice Ferrier

Arrivée des académiciens

Crédit photos : Candice Ferrier

Suivez en direct la séance solennelle de rentrée 2025 de l’Académie

La séance de rentrée de l’Académie des sciences morales et politiques se tient ce lundi 17 novembre à 15 heures sous la coupole.

S’exprimeront :

  • Jean-Robert Pitte, président de l’Académie, sur le thème « La terre des hommes. Diverses facettes de la géographie » ;
  • Jean-David Levitte, vice-président de l’Académie, présentera le palmarès des prix et des médailles de l’année 2025 ;
  • Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie, sur le thème « Pouvons-nous encore avoir des repères ? ».

Communication de Jean-Baptiste GUÉGAN « Géopolitique du sport. Une autre compréhension de la puissance et du monde »

Communication du lundi 3 novembre de Jean-Baptiste Guégan, Rédacteur en chef de la revue « La Géographie »

Thème de la communication : Géopolitique du sport. Une autre compréhension de la puissance et du monde

 Synthèse de la séance

Révélateur de ce que nous sommes et de ce que nous voulons être, le sport constitue un « fait social total » qui révèle la nature profonde des sociétés et transcende largement le cadre du simple divertissement. L’approche du sport par la géopolitique constitue ainsi une autre grille de compréhension du monde.

Par essence et contrairement au discours commun, le sport est politique et géopolitique à toutes les échelles. Il forme un couple évident et indissociable avec la puissance, allant bien au-delà de la seule puissance douce : il s’affirme comme un outil de gouvernance, un levier géopolitique et un instrument de pouvoir flexible et efficace.

Après avoir réfuté le mythe de l’apolitisme et de la neutralité du sport, notamment dans le cadre du CIO, le sport se confronte aujourd’hui au « piège de Coubertin », cette contradiction originelle entre la volonté de de s’abstraire des relations internationales et son usage réel comme instrument de puissance. Depuis l’ère moderne et la relance des Jeux Olympiques, le sport ne cesse d’être un enjeu, un moyen et un révélateur des relations internationales depuis la décennie 1930.

La géopolitique du sport permet en cela de mesurer et de comprendre l’expression de la puissance étatique dans toutes ses dimensions dans le sport, avec le sport et par le sport. Plusieurs expressions de la puissance par le sport se manifestent. Le hard power sportif révèle l’avancement des sociétés et les inégalités mondiales. Le soft power sportif dépasse pour sa part la simple attractivité pour devenir un instrument politique et d’influence. Les stratégies étatiques font ainsi du sport un levier stratégique au service du nation branding (valorisation de l’image nationale à l’extérieur) et du nation building (cohésion et unité nationales). Le sport étant de plus en plus « arsenalisé », il convient cependant de ne pas se limiter au seul prisme du soft power. Il doit être désormais considéré comme un outil de gouvernance à part entière et un support de la « puissance de l’imaginaire » parce qu’il permet d’imposer les narratifs nationaux dans la « guerre des récits ».

Plusieurs exemples illustrent les facettes de cette instrumentalisation stratégique. Singapour et la Slovénie utilisent des stratégies de marketing territorial pointues, valorisant leur excellence organisationnelle et la durabilité environnementale tout en employant les compétitions sportives et les athlètes pour les mettre au service de leur visibilité internationale, de leur attractivité et de leur développement. Le Qatar utilise le sport comme un des piliers de sa Vision 2030 pour exister sur la scène internationale, diversifier son économie et renforcer la fierté nationale, via une approche à 360° intégrant l’organisation d’événements majeurs (Coupe du monde 2022) et l’intégration des instances, tout en soutenant la famille Al Thani au pouvoir. Le Rwanda emploie le sport sous l’angle du sponsoring (« Visit Rwanda »). Sous la férule de Paul Kagamé et tout à son profit, il développe une stratégie de développement qui n’hésite pas à mêler le sport washing et le nation branding pour faire oublier l’image du génocide des Tutsis, la dimension autoritaire du pouvoir tout en projetant une image de modernité haut de gamme susceptible de dynamiser son économie et le tourisme local.

En conclusion, le sport peut être considéré comme une « avant-scène des relations internationales », témoignant d’une recomposition et d’une désoccidentalisation du sport mondial. Le monde sportif connaît en effet un basculement de ses centres de gravité vers l’Asie et le Golfe arabo-persique, porteurs de valeurs et d’ambitions différentes de l’Occident. Face à cette « arsenalisation du sport » et sa nouvelle géographie, les démocraties doivent repenser leurs stratégies d’une part. Il est impératif pour elles de prendre conscience de cette puissance et d’ « armer et réarmer le sport » pour utiliser toutes ses dimensions et ne pas laisser cet outil stratégique aux régimes autoritaires. D’autre part, le sport et ses instances de gouvernance doivent en parallèle enfin assumer pleinement leur dimension géopolitique et leurs responsabilités pour se mettre au service du développement et de la paix.

À l’issue de sa communication Jean-Baptiste Guégan a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées P. Delvolvé, O. Houdé, R. Brague, J. de Larosière, M. Pébereau, G.H. Soutou, S. Sur, J.C. Trichet, L. Bély.

 Verbatim du communicant

 Le verbatim sera disponible prochainement.

 

Réécoutez la communication

Communication de Jamy GOURMAUD « Les effets du réchauffement climatique sur les paysages français »

Communication du lundi 13 octobre 2025 de Jamy GOURMAUD, journaliste et auteur

Thème de la communication : Les effets du réchauffement climatique sur les paysages français

 Synthèse de la séance

Jamy Gourmaud se propose de décrypter les évolutions sous l’effet du réchauffement climatique de trois paysages emblématiques de notre territoire : le littoral, la forêt et la montagne.

Concernant le littoral, Jamy Gourmaud propose pour commencer d’observer un bunker allemand planté aujourd’hui sur une plage de Normandie, non loin de Varangeville. Cette position incohérente illustre le recul du trait de côte et le travail d’érosion de la mer depuis la Seconde Guerre mondiale. Le littoral recule depuis la fin de la période glacière, la fonte des glaciers continentaux ayant provoqué une élévation du niveau de la mer de 135 m. Aujourd’hui, l’action érosive de la mer continue de saper la base des falaises qui s’effondrent, à quoi s’ajoutent les précipitations qui s’infiltrent et dissolvent la roche calcaire. La commune de Ault dans la Somme, qui a perdu l’une de ses routes littorales, est emblématique de ce recul du trait de côte. Le réchauffement climatique n’est pas directement responsable de ce qui se passe mais contribue à accentuer le phénomène. En effet, l’augmentation des températures provoque une dilatation des océans et une hausse du niveau de la mer. Cette hausse va en s’accentuant : elle était de 1,3 mm/an dans la première partie du XXè siècle, elle est maintenant de 3,7 mm/an. Avec une élévation des températures de +2°C, le niveau montera de 60 cm d’ici la fin du siècle ; avec une augmentation de +4°C, le niveau de la mer monterait de 110 cm. En moyenne, on estime que la mer ronge 1/3 du littoral français aujourd’hui.

Le recul du trait de côte est aussi dû au fait qu’il y a moins de sable déposé par les rivières et les fleuves, du fait des glaciers qui sont moins volumineux et arrachent donc moins de roches mais aussi du fait des différentes infrastructures qui limitent l’alluvionnement. Sur la côte méditerranéenne, 27% des plages sont en recul ; 25% sur la façade atlantique. Face à la montée du niveau de la mer, il n’y a pas grand-chose à faire. Les solutions techniques n’apportent qu’une solution temporaire (enrochements) ou ambivalente (les épis bloquant la dérive littorale améliorent la situation à un endroit mais l’aggravent plus loin). Il existe parfois des solutions ponctuelles comme sur la plage du Lido entre Marseillan et Sète où la plage a pu être reconstituée mais face à la mer qui avance, il faut rester humble.

La forêt couvre aujourd’hui 1/3 du territoire métropolitain et est trois fois plus étendue qu’au début du XIXè siècle. En 2025, plusieurs départements ont été encore durement touchés par les incendies (l’Aude, Marseille, la Corse) et les incendies se déclenchent de plus en plus au nord (dans le Maine-et-Loire, en forêt de Brocéliande ou dans les Yvelines). Le réchauffement climatique n’en est pas la cause : 90% des incendies sont d’origine humaine. Mais c’est un facteur aggravant. Une forêt peut renaitre de ses cendres à condition qu’une durée suffisante s’écoule entre deux incendies. Le stress hydrique subi par les arbres contribue également à les fragiliser : quand l’eau vient à manquer, l’arbre ferme ses stomates par lesquels s’évapore l’eau et ne fabrique plus de sève ni les composés qui lui permettent de se défendre contre les insectes, notamment les agriles qui attaquent les arbres de la forêt de Chantilly ou les scolytes qui déciment les épicéas. 60 000 ha dans le Jura, les Vosges ou le Morvan ont été détruits par le scolyte. Pour éviter le dépérissement des arbres et les attaques d’insectes, la gestion de la forêt en futaie irrégulière est recommandée, qui consiste à mélanger les espèces – l’alternance d’espèces permettant de limiter la propagation des maladies – et à éviter les coupes rases et les sols à nu. Les agents de l’ONF pratiquent aussi la migration assistée afin de faire remonter plus rapidement vers le nord des espèces plus adaptées à l’augmentation des températures comme les chênes sessile ou pubescent.

En montagne, le glacier de la Mer de Glace, situé au-dessus de Chamonix, est peut-être le témoin le plus saisissant de l’évolution de nos paysages. La gare du Montenvers, construite au début du XXè siècle, devait permettre aux touristes d’accéder directement au glacier à la sortie du train. Aujourd’hui, un téléphérique a été installé et il faut descendre 600 marches pour l’atteindre. À l’Argentière, le glacier a reculé de 2,5 km par rapport au village qu’il jouxtait en 1860.

Si les contours de la carte de France ne vont pas changer, la géographie locale évolue. En sachant apprécier la diversité de nos paysages et en en comprenant la genèse et les évolutions, nous serons en mesure de faire les meilleurs choix possibles pour s’adapter à leurs nouveaux visages.

À l’issue de sa communication Jamy Gourmaud a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées A. Vacheron, Y. Gaudemet, H. Gaymard, J. de Larosière, E. Maury, H. Korsia, D. Senequier.

 Verbatim du communicant

 Le verbatim sera disponible prochainement.

Réécoutez la communication

 

Communication de Luc RAVEL « Géopolitique des religions »

Communication du lundi 29 septembre 2025 de Luc RAVEL, Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Thème de la communication : Géopolitique des religions

 Synthèse de la séance

La géopolitique des religions étudie l’influence des religions dans les mutations mondiales, ni surestimée ni occultée. Longtemps marginalisé par l’idéologie de la sécularisation, ce facteur est revenu au premier plan depuis la révolution iranienne (1979), Samuel Huntington et le choc des civilisations et le 11 septembre.

La géopolitique des religions analyse les religions comme puissances en interaction avec les États, leurs territoires et les migrations qui recomposent sans cesse les paysages religieux. Elle distingue influence « voulue » (discours officiels) et influence réelle (effets concrets), comme l’illustre le faible impact des appels religieux sur la fécondité en Russie ou en Iran.

Les religions sont aussi « représentées » par le politique, instrumentalisées pour légitimer des projets nationaux : hindutva de Modi en Inde, intégralisme catholique de Vance aux États-Unis. Elles nourrissent soft power, rivalités géopolitiques, persécutions et radicalismes.

La géopolitique des religions scrute également leur rôle dans les organisations internationales, l’opposition à l’Occident, la montée des fondamentalismes et la progression du djihadisme, notamment en Afrique, où pourrait émerger un futur califat.

La discipline vise à anticiper ces dynamiques : ni réduire la religion à un résidu du passé, ni la fantasmer en menace absolue.

Ressource spirituelle, identitaire et politique, la religion demeure une force structurante des sociétés et un enjeu incontournable des relations internationales.

À l’issue de sa communication Luc Ravel a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées Th. de Montbrial, P.M. Menger, H. Korsia, R. Brague, G. Alajouanine, A. Vacheron.

 Verbatim du communicant

 Le verbatim sera disponible prochainement.

Réécoutez la communication

Communication de Laurent TOUCHART « Les eaux continentales : ressources et problèmes de gestion »

Communication du lundi 22 septembre 2025 de Laurent TOUCHART, Professeur à l’Université d’orléans

Thème de la communication : Les eaux continentales : ressources et problèmes de gestion

 Synthèse de la séance

Laurent Touchart commence en évoquant la question du volume total de l’hydrosphère et de sa mesure. Un consensus scientifique s’est établi autour d’un chiffre stable, évalué à 1 386 000 000 km³ d’eau. Largement diffusée par l’US Geological Survey, cette estimation trouve en réalité ses origines dans les travaux de géographes russes et austro-allemands des années 1920 à 1950. Les méthodes pionnières – bilans climatiques pour l’école austro-allemande, quantification des eaux souterraines et des pertes par transpiration pour l’école soviétique – avaient déjà fourni des résultats très proches de ceux obtenus aujourd’hui. L’essor des technologies de télédétection et de gravimétrie satellitaire (programme GRACE, 2002-2017) a permis de raffiner les mesures des nappes, glaciers et océans, mais sans modifier de façon significative les ordres de grandeur. La conclusion est claire : les chercheurs du milieu du XXe siècle avaient déjà atteint une précision remarquable, et le volume global d’eau terrestre apparaît comme invariable à l’échelle humaine.

Cette stabilité globale ne doit pas masquer la dynamique interne du cycle de l’eau. L’océan concentre près de 98 % du volume total et constitue le moteur du cycle, mais une partie de l’eau est temporairement stockée dans divers réservoirs continentaux – glaciers, nappes, lacs, rivières ou atmosphère – avec des temps de séjour très contrastés, allant de quelques jours pour la vapeur atmosphérique à plusieurs millénaires pour les masses glaciaires. En moyenne, le temps de renouvellement de l’hydrosphère est estimé à environ 2700 ans, ce qui illustre la lenteur du cycle planétaire et la relative inertie des grands volumes d’eau.

Du point de vue des sociétés humaines, l’eau se caractérise par une disponibilité souvent décalée dans l’espace et dans le temps. Pour pallier ces déséquilibres, de nombreux aménagements hydrauliques ont été entrepris : transferts interbassins en France, détournements partiels de la Volga, ou encore projets plus récents d’approvisionnement de Barcelone par le canal du Bas-Rhône. Certains projets, plus spectaculaires, comme le remorquage d’icebergs vers la péninsule Arabique, restent au stade d’hypothèses théoriques en raison de leurs coûts et de leurs impacts écologiques. La tendance actuelle est d’ailleurs marquée par une prudence croissante, qui conduit à limiter ou abandonner les grands travaux au profit d’approches plus mesurées.

En conclusion, si le volume d’eau terrestre est constant, ses formes et sa répartition géographique varient sans cesse, entraînant localement pénuries ou excès. L’hydrosphère doit dès lors être pensée comme un système intégré, où interagissent océans, eaux continentales, glaciers, atmosphère, sols et biosphère. Les sociétés humaines, confrontées à cette variabilité, n’ont cessé de chercher à la maîtriser, mais leurs interventions doivent désormais composer avec les impératifs écologiques et les limites de l’équilibre planétaire.

À l’issue de sa communication Laurent Touchart a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.C. Trichet, L. Stefanini, M. Bastid-Bruguière, J. de Larosière, A. Vacheron, M. Pébereau, J.D. Levitte, L. Bély, G.H. Soutou, E. Maury, J.R. Pitte.

 Verbatim du communicant

 Le verbatim sera disponible prochainement.

Réécoutez la communication

Communication de Perrine MICHON « Les villes : terres des hommes ? »

Communication du lundi 15 septembre 2025 de Perrine Michon, Maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil en détachement à l’Académie des sciences morales et politiques

Thème de la communication : Les villes : terres des hommes ?

Synthèse de la séance

L’intervenante défend tout d’abord la place légitime de la géographie parmi les sciences morales et politiques. Discipline des mœurs, la géographie s’attache à comprendre comment les sociétés habitent et façonnent l’espace ; science politique également, elle éclaire les logiques de la vie collective dans la cité. Trop souvent mal enseignée et réduite à une discipline annexe de l’histoire, elle gagnerait à être réhabilitée pour sa capacité à rendre intelligibles les mutations contemporaines.

Parmi celles-ci, la plus décisive est la révolution urbaine survenue au cours du XXè siècle : depuis 2008, l’humanité est majoritairement citadine, une première dans l’histoire. Ce basculement s’est produit en Europe dès le XIXe siècle avec la révolution industrielle, et le point de bascule se produit en France dans les années 1930. Il a bouleversé paysages, modes de vie et catégories statistiques. L’opposition traditionnelle entre ville et campagne, matérialisée dans le paysage par les remparts ou illustrée par la fable du rat des villes et du rat des champs, tend aujourd’hui à s’atténuer, même si elle continue d’éclairer l’histoire sociale et spatiale.

La réflexion se concentre ensuite sur le rôle structurant des espaces publics. Ceux-ci constituent le squelette morphologique de la ville, garantissant lisibilité et stabilité malgré la diversité architecturale. Ils assurent la polyfonctionnalité urbaine – habitat, commerce, sociabilité, circulation – et forment enfin des lieux de rencontre et d’apprentissage du vivre-ensemble, qu’il s’agisse d’interactions quotidiennes ou d’événements collectifs. Cette fonction essentielle a été confirmée par l’histoire, des théoriciens de la Renaissance aux travaux haussmanniens, jusqu’aux réaménagements urbains contemporains.

Une rupture majeure est toutefois intervenue au XXe siècle avec la Charte d’Athènes, rédigée par Le Corbusier et publiée en 1942. Appliquée à la reconstruction d’après-guerre, elle a promu la séparation stricte des fonctions et rejeté la rue comme principe organisateur. Cette logique a produit les grands ensembles, souvent déconnectés de l’armature urbaine traditionnelle, générant perte de repères, sentiment d’insécurité et crise des banlieues.

Enfin, l’intervenante met en lumière l’essor des espaces périurbains depuis les années 1970. Formes hybrides, ni vraiment urbaines ni rurales, ces zones pavillonnaires et commerciales se sont diffusées à l’échelle mondiale. Longtemps négligées par les chercheurs et les politiques publiques, elles constituent pourtant aujourd’hui des lieux de vie essentiels, où se déploient de nouvelles formes de sociabilité et d’initiatives habitantes. Elles pourraient même devenir des laboratoires de l’urbanisme de demain, dans la lignée du modèle de cités-jardins conciliant urbanité et ruralité.

En conclusion, la communication plaide pour une réhabilitation de la géographie, science capable de penser l’habiter sous toutes ses formes. La ville, désormais « terre des hommes », doit être analysée à travers ses espaces publics, matrices du vivre-ensemble, mais aussi à travers les territoires périurbains, encore impensés, qui dessinent pourtant l’avenir urbain mondial.

À l’issue de sa communication Perrine Michon a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.R.  Pitte, J. de Larosière, L. Ravel, R. Brague, J.F. Mattei, A. Vacheron, J.C. Trichet, H. Gaymard, O. Houdé, et C. Tiercelin, L. Stefanini.

 Verbatim de la communicante

 Le verbatim sera disponible prochainement.

Réécoutez la communication

Communication de Valérie GELÉZEAU « Un point chaud du globe : la péninsule coréenne »

Communication du lundi 8 septembre 2025 de Valérie Gelézeau, Directrice d’études à l’EHESS

Thème de la communication : Un point chaud du globe : la péninsule coréenne

Synthèse de la séance

Valérie GELEZEAU analyse la complexité de la frontière coréenne à travers l’exemple de projets de développement sud-coréens planifiés pour la période 2000-2030, et la manière dont ceux-ci se sont heurtés à la persistance de la division politique. Malgré l’ouverture partielle des années 2000, la circulation transfrontalière est restée marginale, et les slogans de la réunification ont fonctionné davantage comme une injonction contradictoire que comme un horizon réalisable.

La cartographie officielle montre une frontière densément aménagée, sillonnée de réseaux de transport et ponctuée de projets économiques et touristiques : aménagements fluviaux, valorisation des littoraux, développement des zones montagneuses. Cependant, la réalité est bien différente : les infrastructures d’échange mises en place (routes réouvertes à l’est et à l’ouest, zones spéciales de Kaesong et de Bongamgang) ont été refermées. Si certaines zones nord-coréennes restent accessibles aux visiteurs étrangers (russes, chinois) et locaux, aucune structure d’intégration durable n’a subsisté.

Valérie Gelézeau

L’exposé met également en évidence l’importance stratégique de certains espaces, telle une île située à 12 km des côtes nord-coréennes mais administrativement rattachée au port sud-coréen d’Incheon. Cette île illustre les ambiguïtés juridiques du tracé maritime : en l’absence de délimitation négociée, la ligne de démarcation reste indéfinie en mer. L’armistice de 1953 définit précisément la DMZ terrestre, mais s’interrompt à l’embouchure du fleuve Han, laissant les espaces maritimes sans statut clair. Cette lacune alimente des conflits récurrents, matérialisés par plusieurs affrontements navals (1999, 2002, 2009, 2010).

La frontière apparaît ainsi comme un espace « toujours en construction », marqué par une alternance de rapprochements avortés et de tensions persistantes. Elle illustre

 une condition paradoxale, « ni paix ni guerre », comparable à d’autres situations d’exception contemporaines. L’exemple coréen met en lumière la difficulté de penser politiquement et juridiquement des zones intermédiaires où s’articulent projet de réunification, militarisation et conflit latent.

À l’issue de sa communication Valérie GELEZEAU a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées A. Vacheron, F. d’Orcival, L. Stefanini, J.D. Levitte, L. Bély, M. Bastid-Bruguière, E. Maury, M. Pébereau, J. de Larosière, J.R. Pitte.

 

 Verbatim de la communicante

 Le verbatim sera disponible prochainement.

Réécoutez la communication