Moment de mémoire pour Ismaïl Kadaré
Jeudi 29 janvier 2026
Mot d’accueil de Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques
Notre académie est heureuse d’accueillir aujourd’hui ce moment de mémoire en souvenir d’Ismaïl Kadaré, membre associé étranger de notre compagnie, qui était né en 1936 et qui est décédé le 1er juillet 2024. L’initiative de cette commémoration a été prise par M. Dritan Tola, ambassadeur d’Albanie et France. Sa collègue Mme Besiana Kadaré, alors ambassadrice d’Albanie auprès de l’Unesco et qui est aussi la fille de notre défunt confrère, l’ a accompagné dans ce projet. Je les salue tous deux avec amitié en les remerciant, en notre nom à tous, d’avoir organisé ce moment de mémoire et d’avoir souhaité qu’il se déroule dans les locaux de l’Institut. L’Académie française et l’Académie des Beaux-Arts s’associent à l’Académie des sciences morales et politiques pour partager ce moment de commémoration, auquel des membres des trois académies L’Académie française et l’Académie des Beaux-Arts s’associent à l’Académie des sciences morales et politiques pour partager ce moment de commémoration, auquel des membres des trois académies participent.
L’ambassade d’Albanie a préparé le riche programme de cette soirée, qui comprend des prises de parole, des lectures, des intermèdes musicaux et elle nous convie ensuite à un cocktail dans les salons du rez-de chaussée.
Dans quelques instants, ceux qui prendront la parole rappelleront le grand écrivain et l’humaniste européen, amoureux de la France, que fut Ismaïl Kadaré. En ouverture de cette soirée, je voudrais pour ma part évoquer de quelques mots la place qui fut la sienne dans notre Académie.
Celle-ci compte parmi ses membres douze associés étrangers. Le premier élu à ce titre, le 26 décembre 1801, fut Thomas Jefferson. Nous avons accueilli l’an passé un hommage à Winston Churchill, élu membre associé étranger en 1944. Nos deux derniers élus sont le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople et le diplomate et historien israélien Elie Barnavi.
Succédant à Karl Popper, Ismaïl Kadaré fut élu au fauteuil VII des associés étrangers en 1996. Mais il entretenait depuis plusieurs années des liens avec l’Académie des sciences morales et politiques dont il avait élu correspondant de la section histoire et géographie dès 1989. Il avait en outre reçu en 1992 le Prix Mondial de la fondation Del Duca de l’Institut de France, attribué par un jury présidé par le secrétaire perpétuel de l’Académie française.
Alain Plantey, qui présidait notre académie lorsqu’ Ismaïl Kadaré y fut installé sous la Coupole le 28 octobre 1996, lui déclarait à cette occasion : «si vous êtes incontestablement un écrivain, vos ouvrages ont, dans le monde entier, une signification puissante, poignante, par certains aspects terrible, qui fait d’eux des actes politiques » et il ajoutait : vous avez montré, Monsieur, la puissance éthique et politique du message littéraire lorsqu’il repose sur le courage et le talent ». Accueillant notre nouveau confrère, Henri Amouroux eut pour sa part ces mots : « Nous vous aimons, Ismaïl, et avec vous l’Albanie des montagnes et des légendes, des rhapsodes et des aèdes, des constantes résistances aux occupations successives, l’Albanie des morts et des vivants, entrée, par la magie de votre écriture, dans l’histoire éternelle ».
Ces phrases traduisent le respect de nos confrères pour l’œuvre d’Ismaïl Kadaré et leur attachement à sa personne. Témoin des tourments de sa patrie au cours de sa longue histoire, combattant de la liberté dans les moments les plus difficiles, Ismaïl Kadaré sut émouvoir par la magie du verbe et entraîner par la force des récits. Il incarnait une forme du rêve européen et il avait tissé avec la France des liens d’une grande intensité, dont témoignait son élévation à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur. Il occupait dans notre académie un espace particulier marqué par le courage personnel, la beauté de l’écriture, l’engagement pour la liberté, l’attachement à la culture européenne. Aussi nous réjouissons-nous, mes confrères et moi-même, que ce moment de mémoire se tienne aujourd’hui dans notre grande salle des séances.
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