La semaine des académiciens (15-21 juin 2026)

PUBLICATIONS

La BCE durant la crise de la zone euro et son rôle futur face aux bouleversements mondiaux (Jean-Claude Trichet)

Jean-Claude TRICHET

🔗 Jean-Claude Trichet vient de publier l’ouvrage « The ECB during the Euro Crisis and its Future Role in Global Disruption » (215p). Il est paru aux éditions allemandes des Presses universitaires de Hildesheim.

« Le droit international et les Génies invisibles de la Cité » (Serge Sur)

Serge SUR

🔗 Serge Sur a publié, dans l’Année des relations internationales (juin 2026), un article intitulé « Le droit international et les génies invisibles de la Cité ». Deux courants dominants caractérisent la perception du droit international, l’idéalisme militant et le cynisme négateur. Les deux méconnaissent sa nature d’un côté, son emprise sur les relations internationales de l’autre. Il ne se confond pas avec un multilatéralisme bienveillant, il repose sur la souveraineté des Etats et sur leurs actes unilatéraux. Leurs politiques extérieures reposent sur deux types de règles. Des règles juridiques, qui sont visibles, rationnelles et volontaires. Des règles invisibles, qui se ramènent à la puissance relative des Etats, à leur capacité, de faire, de faire faire ou de refuser de faire. Là où le droit international peut projeter de grands desseins, comme la Charte de l’ONU, le marché de la puissance est une grande querelle où les Etats sont en compétition permanente et mobile. Ces règles invisibles, règles du jeu, sont les Génies invisibles de la Cité. Les grandes querelles conduisent à des destructions créatrices du droit, appelé à se transformer en fonction des évolutions de la puissance, qui cherche à le façonner selon ses intérêts. La crise du multilatéralisme et l’expansion de l’unilatéralisme en sont la forme contemporaine. Parmi les ressorts de l’action internationale des Etats, on peut modéliser quelques libidos : ainsi la libido protectandi, la libido dominandi, la libido possidendi, la libido transformandi, la libido sciendi, plutôt propres aux régimes autoritaires, le poids des bureaucraties et des lobbies qui caractérise davantage les démocraties pluralistes.  

DANS LA PRESSE ET SUR LES ONDES

« Sous la Coupole, les Lumières ne cessent de rayonner » (Xavier Darcos)

Xavier DARCOS

🔗Face à une défiance croissante envers les savoirs, les scientifiques, les médias et les institutions, le chancelier Xavier Darcos et les lauréats des Grands Prix 2026 de l’Institut alertent, dans une tribune parue dans Le Point le 17 juin, sur une transformation du doute, désormais utilisé non plus pour construire la connaissance mais pour la contester, dans un contexte où la désinformation progresse rapidement et où les moyens consacrés à la recherche, à la culture et à la solidarité diminuent. Ils rappellent le rôle essentiel de repère de l’Institut de France, fondé sur le mérite, la rigueur et la recherche de la preuve, capable de maintenir une exigence de vérité et de soutenir concrètement le progrès grâce à ses fondations et à l’attribution de Grands Prix qui récompensent des initiatives scientifiques, culturelles et sociales en France et à l’international. Ces actions illustrent un progrès sans frontières, au service du bien commun, qu’il s’agisse d’innovation écologique, d’intelligence artificielle responsable ou d’avancées médicales. La tribune réaffirme l’effet concret du progrès sur la vie des individus et rappelle que le soutien au rayonnement des savoirs ne constitue non pas un luxe, mais une nécessité démocratique, appelant à préserver et faire vivre l’héritage des Lumières.

« Sur la maladie du droit » (Yves Gaudemet)

Yves GAUDEMET

🔗Dans un article publié dans la revue Commentaire (numéro 194) le 11 juin dernier, Yves Gaudemet analyse les transformations contemporaines du droit français et leurs conséquences sur l’économie et la démocratie. Il rappelle d’abord que le droit doit offrir un cadre stable, clair et accessible afin de soutenir l’activité économique, rôle qu’il a longtemps rempli grâce à une tradition de codification et de rigueur héritée notamment de l’époque napoléonienne et des grandes lois républicaines. Cependant, ce modèle s’est progressivement dégradé : le droit est devenu plus complexe, éclaté et difficile à comprendre, en raison de la multiplication des sources, de l’influence croissante du droit européen et international, et de l’appauvrissement du langage juridique. Parallèlement, s’est développée la régulation, forme plus souple de gouvernance économique reposant sur des outils peu contraignants (recommandations, codes de conduite) et sur des autorités indépendantes, mais qui contribue à une inflation normative et à une insécurité juridique croissante. Cette complexité rend le droit moins lisible pour les acteurs économiques, favorise des interprétations incertaines et fragilise la confiance dans les institutions. En outre, le transfert de compétences vers l’Union européenne et l’adoption d’un vocabulaire souvent anglicisé accentuent la perte de cohérence du système juridique français. Enfin, la montée du « droit souple » pose un problème démocratique en affaiblissant le rôle du législateur et la souveraineté populaire. Le droit aujourd’hui n’est en effet plus produit uniquement par des juristes comme c’était le cas ces trente dernières années mais par des bureaux et davantage dans le langage d’une communication tributaire de l’immédiat et d’ordre compassionnel que dans le langage du commandement ou de l’organisation qui est naturellement celui du droit. Le texte conclut sur la nécessité de réformer le système en simplifiant les normes, en clarifiant le langage juridique, en réduisant le nombre d’acteurs et en recentrant l’État sur ses missions fondamentales, afin de restaurer la cohérence, l’efficacité et la légitimité du droit au service de l’économie et de la démocratie.

« La dispersion des candidatures à la présidentielle nous précipite vers un second tour RN-LFI » (Pierre Mazeaud)

Pierre MAZEAUD

🔗Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, figure du gaullisme et de la droite chiraquienne, livre un regard sévère mais nuancé sur la situation politique française. Il critique fortement la dissolution de 2024 et la personnalisation croissante du pouvoir présidentiel depuis Nicolas Sarkozy. Selon lui, le président doit rester dans son rôle, notamment sur les affaires internationales, tandis que la politique intérieure relève d’abord du gouvernement. Pierre Mazeaud déplore aussi l’état de l’Assemblée nationale, qu’il juge marquée par la disparition du respect et la montée de la haine. Il dénonce l’incapacité des députés à construire des compromis. Concernant la succession d’Emmanuel Macron, il estime que la dispersion des candidatures à droite et au centre pourrait conduire à un second tour opposant le RN à LFI, scénario qu’il redoute. L’entretien aborde également son rapport à l’alpinisme. Premier Français à avoir gravi l’Everest en 1978, Mazeaud regrette la marchandisation actuelle de la montagne. Il s’inquiète surtout de la concentration massive des alpinistes sur l’Everest, qu’il considère dangereuse. Enfin, revenant sur la tragédie du pilier du Frêney et sur ses nombreux amis morts en montagne, il évoque son plus grand souvenir qui reste l’ascension de la pointe Walker avec Roberto Sorgato, vécue comme un moment d’exception.

Pierre Mazeaud dénonce le projet de loi constitutionnelle qui doterait la Corse d’un pouvoir législatif et réglementaire spécifique

Pierre MAZEAUD

🔗Dans une tribune publiée ce dimanche 21 juin, à l’initiative notamment de Pierre Mazeaud, Elisabeth Badinter, Jacques Toubon dans La Tribune du dimanche, les auteurs alertent sur un projet de révision constitutionnelle concernant la Corse, qui reconnaîtrait une « communauté insulaire, historique, linguistique et culturelle » dotée de droits spécifiques, notamment un pouvoir de faire la loi. Ils y voient une introduction du communautarisme contraire aux principes républicains, en ce qu’elle repose sur l’attribution de droits collectifs selon l’origine ou la culture, ce qui remettrait en cause l’égalité entre citoyens et pourrait ouvrir la voie à des discriminations. Il souligne que cette logique créerait un précédent susceptible d’être étendu à d’autres groupes, fragilisant ainsi l’unité du peuple français. La tribune insiste aussi sur les critiques émises par le Conseil d’État et des constitutionnalistes, restées sans réponse, et dénonce l’argument du gouvernement minimisant la portée juridique du texte ou renvoyant à une future loi pour en limiter les effets. Enfin, elle met en cause les motivations politiques de certains responsables et appelle les députés à mesurer la portée de leur vote au regard des fondements de la République et de leur responsabilité historique. La tribune est notamment co-signée par les élus socialistes Mickaël Delafosse, Jérôme Guedj et Philippe Brun ainsi que par le député Renaissance François Cormier-Bouligeon.

Vladimir Poutine et la nature du régime russe, avec Pierre Lévy, ancien ambassadeur à Moscou (Jean-Claude Casanova)

Jean-Claude CASANOVA

🔗Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani ont consacré l’émission Commentaire de ce samedi 20 juin au régime russe en s’appuyant sur l’analyse de l’ambassadeur Pierre Lévy (invité le 13 avril dernier devant l’Académie). Ils ont analysé à la fois l’évolution de la guerre en Ukraine, la nature du régime de Vladimir Poutine et ses implications géopolitiques. Les intervenants partent d’un constat : les récentes frappes ukrainiennes sur le territoire russe, notamment près de Moscou, marquent un tournant symbolique, en révélant à la population russe une guerre que le pouvoir cherchait jusque-là à invisibiliser. Cette évolution fragilise la narration officielle d’une « opération spéciale » maîtrisée et met en évidence les limites militaires et politiques du régime, même si toute conclusion sur un affaiblissement décisif de la Russie doit être nuancée. Si la Russie actuelle partage certains traits avec les régimes autocratiques du XXe siècle (contrôle de l’information, monopole de la force, propagande), elle s’en distingue par l’absence d’un véritable parti de masse structurant et par une idéologie plus diffuse. Le régime apparaît ainsi comme une autocratie hybridée, reposant sur une « façade démocratique » (élections, institutions formelles) mais dont le fonctionnement réel repose sur la concentration du pouvoir, la manipulation du processus électoral et un usage sélectif de la répression. L’idéologie elle-même est débattue : elle peut être vue soit comme un simple instrument de légitimation du pouvoir et de captation des richesses, soit comme une vision cohérente du monde (nationaliste, anti-occidentale), soit comme un récit stratégique souple, combinant histoire, identité et opportunisme politique. Un point central du débat porte sur la logique profonde du pouvoir poutinien, structurée par une double dynamique : un sentiment d’insécurité historique vis-à-vis de l’Occident et une volonté de restauration de la puissance russe. Cette logique explique l’évolution de Poutine en trois phases : une première période d’ouverture relative et d’intégration à la mondialisation (années 2000), suivie d’un durcissement progressif face aux frustrations géopolitiques et aux crises internes (années 2010), puis une troisième phase marquée par la guerre, où le nationalisme et la confrontation deviennent centraux. La guerre d’Ukraine s’inscrit ainsi dans une stratégie de long terme visant à redéfinir la place de la Russie dans l’ordre international, notamment contre l’hégémonie américaine. Cependant, cette stratégie repose aussi sur un paradoxe : le régime cherche moins à mobiliser activement la population qu’à maintenir une forme d’apathie politique fondée sur un contrat implicite (stabilité et relative prospérité contre retrait de la vie publique). Or la guerre tend à fragiliser cet équilibre : les sanctions économiques, les coûts humains et l’irruption du conflit dans le quotidien provoquent une lassitude croissante, même si elle reste difficile à mesurer dans un contexte autoritaire. Sur le plan international, les intervenants soulignent que la Russie poursuit un projet de désoccidentalisation du monde, s’appuyant sur un discours anti-américain constant et sur la volonté de recomposer les équilibres globaux (relations avec l’Iran, la Chine, la Corée du Nord). Toutefois, la guerre en Ukraine semble aussi avoir affaibli la position internationale de la Russie, en la rendant plus dépendante de certains alliés et en réduisant son influence dans d’autres régions. Loin d’un effondrement imminent, la Russie apparaît comme un régime autoritaire adaptable mais fragilisé, engagé dans une confrontation durable avec l’Occident. La guerre d’Ukraine révèle à la fois la cohérence stratégique du pouvoir poutinien et ses limites structurelles, dans un contexte marqué par l’incertitude quant à l’évolution interne du régime et à l’issue du conflit.

« Les récessions énergétiques appartiennent-elles au passé ? » (Jacques de Larosière)

Jacques de LAROSIERE

🔗Dans un article paru dans la Revue des Deux Mondes (juillet-août 2026), Jacques de Larosière interroge l’actualité de l’impact des crises énergétiques sur la croissance. S’il reconnaît que la dépendance mondiale au pétrole a diminué, il montre que la crise actuelle liée au conflit avec l’Iran demeure fortement déstabilisatrice. Les tensions géopolitiques, les perturbations du détroit d’Ormuz et la réduction de la production pétrolière entraînent une hausse brutale des prix de l’énergie, des difficultés logistiques et des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces phénomènes se traduisent par une baisse du pouvoir d’achat, un ralentissement de la consommation et de l’investissement, ainsi qu’une montée de l’inflation, nourrissant un risque de stagflation. Malgré une certaine la résilience de certaines économies comme celle des États-Unis, l’ensemble du système mondial reste vulnérable, notamment en Europe et en Asie. Même en cas de résolution du conflit, les effets économiques (déjà perceptibles) devraient en partie durer dans le temps. Il conclut que, contrairement à une idée répandue, les crises énergétiques continuent de représenter une menace majeure pour la croissance mondiale, comparable aux chocs des décennies passées.

Fabien Roussel face à Alain Duhamel

Alain DUHAMEL

🔗Alain Duhamel a débattu, ce dimanche 14 juin sur BFM TV, avec Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, autour de plusieurs sujets d’actualité internationale et politique française. Le débat s’est ouvert sur les manifestations contre le G7 et la venue de Donald Trump : les deux intervenants reconnaissent la légitimité de la contestation, tout en condamnant les violences. Sur l’invitation de Trump à Versailles par Emmanuel Macron, Alain Duhamel y voit un geste diplomatique classique, tandis que Fabien Roussel estime que la France devrait adopter un rapport de force plus ferme face aux États-Unis, notamment sur les accords commerciaux et énergétiques jugés défavorables à l’Europe. La discussion s’est concentrée ensuite sur la situation de la gauche à l’approche de la présidentielle. Alain Duhamel décrit une gauche éclatée, avec un risque de dispersion comparable à 2002. Il estime que Jean-Luc Mélenchon a pris de l’avance grâce à son organisation, ses militants et sa méthodologie de campagne, tandis que Raphaël Glucksmann apparaît comme un nouvel entrant plus séduisant mais moins structuré. Fabien Roussel, lui, affirme que la taille des meetings ne suffit pas à déterminer l’issue politique et insiste sur le contenu programmatique : salaires, loyers, services publics, guerre en Europe et rupture avec les politiques menées depuis dix ans. Il défend l’idée d’une candidature communiste autonome, construite démocratiquement, qui ne serait pas destinée à affaiblir Jean-Luc Mélenchon mais à porter une ligne différente. Il affirme que les électeurs qui ont voté pour lui n’auraient pas nécessairement voté pour Mélenchon, et insiste sur la nécessité de parler d’abord des salaires, des retraites, du pouvoir d’achat, des PME et du risque de récession. Alain Duhamel reconnaît l’existence d’inquiétudes sociales, mais estime que la France est davantage dans une période de perplexité et d’angoisse que de mobilisation collective. Le débat aborde également les rapports de force internes à gauche. Sur l’affaire Lyhanna, Fabien Roussel parle, d’un « scandale d’État » et réclame des excuses ainsi que des moyens supplémentaires pour la justice, la protection de l’enfance, l’éducation, la santé et la gendarmerie tandis qu’Alain Duhamel rappelle les enjeux des moyens : les contraintes budgétaires et la dette freinent le capacités d’action.

À SAVOIR

Le dilemme de la politique monétaire actuelle (Jacques de Larosière)

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a prononcé ce jeudi 18 juin 2026 un discours sur le dilemme de la politique monétaire actuelle devant le GOIC qui réunit toutes les grandes institutions financières multilatérales une fois par an à Paris. Il a analysé le paradoxe d’une économie mondiale fragilisée par la guerre en Iran, mais dont les marchés financiers restent étonnamment calmes, et a mis en lumière le dilemme auquel sont confrontées les politiques monétaires. Malgré un conflit ayant provoqué une hausse marquée des prix de l’énergie, des perturbations des chaînes de production et un risque croissant de stagflation, les marchés boursiers, obligataires et de change ont fait preuve de résilience, fondée sur l’hypothèse d’une résolution rapide du conflit. Toutefois, cette stabilité apparente masque de profondes fragilités : endettement élevé, risques de défauts, vulnérabilités des pays émergents et dépendance accrue à la liquidité. La hausse durable des prix de l’énergie alimente l’inflation sans être entièrement réversible, tandis que les perturbations économiques réduisent la croissance, créant un contexte typique de stagflation. Dans ce cadre, les banques centrales sont confrontées à un choix difficile entre lutter contre l’inflation par des politiques restrictives ou soutenir l’activité économique, d’autant plus que leurs marges de manœuvre sont limitées par des politiques budgétaires souvent déficitaires. Par ailleurs, des transformations profondes du système monétaire et financier (montée des paiements digitaux, développement des stablecoins, persistance du rôle dominant du dollar et accroissement de l’endettement des acteurs financiers) introduisent de nouvelles sources de risque. L’ensemble conduit à une conclusion prudente : derrière le calme des marchés, l’économie mondiale entre dans une phase d’incertitude marquée, où les déséquilibres structurels et les tensions géopolitiques pourraient déboucher sur une instabilité accrue si aucune réponse coordonnée n’est apportée.

Démocraties et gouvernements : des couples en tension (Serge Sur)

Serge SUR

Le 4 juin, Serge Sur a ouvert les Assises internationales de la démocratie et de la décision publique, à Bucarest. Un slogan définit la démocratie, « Gouvernement du peuple, par le peuple pour le peuple ». Il y faut donc un peuple et un gouvernement. Il existe une pluralité de peuples, en conséquence diverses formes de démocraties plus qu’un modèle unique. Le peuple est souverain, mais sa consistance comme son expression peuvent connaître biais et détournements. Sa consistance est définie par l’Etat, et c’est la citoyenneté politique. Elle peut être limitée de diverses manières, conditions de sexe, de résidence, de capacité, d’âge… Son expression est le suffrage, soit sur des questions de fond – démocratie directe ou semi-directe, diverses formes de referendums…, soit en élisant des représentants. Divers biais peuvent aussi limiter ou fausser son expression. La plupart des démocraties sont représentatives, et doivent être gouvernées.   

Les gouvernements démocratiques doivent être politiquement libéraux, parce qu’ils reposent sur des majorités qui peuvent être au gré des élections successives modifiées ou renversées. Cette possibilité doit demeurer ouverte grâce à des élections périodiques, libres et pluralistes, appuyées par des libertés publiques garanties. La séparation des pouvoirs doit être assurée et leur contrôle mené par des autorités indépendantes, généralement des juges. L’Etat de droit est un instrument de la démocratie, mais il ne saurait s’y substituer. Le contrôle de constitutionnalité met en cause la validité de la loi. S’il s’appuie sur la décision souveraine d’organes qui se fondent sur des normes imprécises, voire qu’ils créent eux-mêmes, l’Etat de droit s’oppose à la démocratie. Les Etats de droit peuvent ne pas être démocratiques. Plus généralement, les dérives des gouvernements démocratique expliquent la crise de confiance actuelle : distorsion de la représentation, faible démocratie interne des partis, non-respect des programmes, inefficacité publique, corruption, poids croissant des lobbies et du marché, ou encore fragmentation sociale liée au multiculturalisme. Ces phénomènes contribuent à éloigner les citoyens des institutions et à nourrir le sentiment de dépossession politique. La démocratie est un combat permanent que seuls les citoyens peuvent mener.

Les Etats-Unis sont souvent présentés comme un parangon de la démocratie. En réalité, il s’agit bien davantage d’une république fédérale. Il n’existe pas de corps politique américain, mais cinquante corps électoraux des Etats fédérés autonomes et juxtaposés. Ils déterminent les circonscriptions électorales de la Chambre des représentants, et chaque Etat dispose de deux Sénateurs, quelle que soit sa population. Le président peut être élu par une minorité d’électeurs. La Cour suprême peut écarter les lois sur des bases incertaines, qu’elle interprète en fonction de la sensibilité politique de ses membres, de sorte que les revirements de jurisprudence ne sont pas exceptionnels. La démocratie aux Etats-Unis se situe plutôt au niveau des Etats fédérés.

La frontière en droit international et dans les relations internationales (Serge Sur)

Serge SUR

Ce vendredi 19 juin, Serge Sur a clôturé à l’Université de la Paix, à l’Université de Caen, une semaine consacrée au thème « Frontière(s) et paix ». Il a montré que les frontières, loin de disparaître, connaissent aujourd’hui des évolutions dynamiques. Si la mondialisation et l’intégration européenne donnent l’impression de leur effacement, les crises récentes ont au contraire révélé leur rôle essentiel de protection et de stabilisation, entraînant leur réveil et soulignant leur importance stratégique. En droit international, la frontière, qu’elle soit terrestre, maritime ou aérienne, est une ligne qui sépare des souverainetés étatiques. Elle ne doit pas être confondue avec d’autres lignes, comme les lignes d’armistice ou celles qui séparent plateaux continentaux et fond des mers ou zone économique exclusive et haute mer.  La frontière est étroitement liée à l’État, machine à découper les espaces. Elle délimite leur territoire et leurs pouvoirs, tout en remplissant plusieurs fonctions : sécuritaire, économique, juridique et culturelle. Cependant, les frontières sont aujourd’hui fragilisées par de multiples tensions : conflits territoriaux, migrations, trafics et développement des communications immatérielles – internet, satellites -, qui les rendent plus poreuses et difficiles à contrôler.  Le droit international tente de les protéger à travers les principes d’inviolabilité et d’intangibilité, deux notions différentes, mais ceux-ci sont régulièrement remis en cause par les réalités politiques. Les frontières sont également prises entre des logiques d’ouverture et de fermeture selon la politique des Etats. Leur avenir oscille entre trois perspectives : leur dépassement, leur renforcement ou des formes intermédiaires comme dans l’Union européenne – la frontière y connaîtrait un déplacement plus qu’un dépassement -, révélant la tension permanente entre sociétés civiles volontiers nomades et les États, sédentaires par essence.

PROCHAINS ÉVÈNEMENTS

Louis BORE

Louis Boré interviendra au cours de la rentrée de l’École de droit de l’Université Paris Panthéon-Assas le 9 septembre prochain. Il dressera un portrait croisé de deux grands professeurs de droit :  Geneviève Viney et René Chapus.

 

La DAJ du ministère de l’Éducation nationale fête ses 30 ans à l’Académie

De gauche à droite : Laurence Marion, secrétaire générale du gouvernement, Xavier Darcos, Bernard Stirn, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale et Fabrice Brétéché, adjoint au directeur des affaires juridiques du Ministère de l’Éducation nationale

Notre Académie a accueilli ce lundi 22 juin une matinée d’échanges en grande salle des séances à l’occasion des 30 ans de la Direction des affaires juridiques (DAJ) commune aux ministères de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, et de la jeunesse et des sports. Cette matinée a permis de retracer la genèse, l’évolution et les perspectives de cette direction, tout en mettant en lumière son rôle devenu central dans la mise en œuvre des politiques publiques des trois ministères. En présence notamment du ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, de la secrétaire générale du gouvernement Laurence Marion, de la rectrice des Hauts de France Sophie Béjean, la matinée a recueilli les témoignages d’anciennes directrices et directeurs et les retours d’expérience des partenaires institutionnels de la direction. L’importance stratégique de l’expertise juridique au sein de l’État a été le fil directeur de cette riche matinée pilotée par le directeur des Affaires juridiques du ministère Eric Buge et son adjoint Fabrice Brétéché.

Le chancelier Xavier Darcos puis Bernard Stirn ont ouvert la matinée. Dans son intervention d’ouverture, le secrétaire perpétuel a souligné l’importance de la DAJ de l’Éducation nationale en insistant sur le rôle structurant de cette création pour l’administration publique. Hors ministères régaliens, la création de la DAJ a constitué une innovation majeure, marquant le point de départ de la généralisation des directions juridiques dans l’ensemble des ministères, témoignant de la place croissante de la prise en compte du droit dans l’action administrative.

Il a mis également en avant les liens étroits entre l’Académie et le monde de l’éducation, ainsi que l’importance de la bonne application du droit et de l’organisation administrative dans les travaux académiques. Enfin, il a rendu hommage aux directeurs successifs de la DAJ, en particulier à son premier directeur, Serge Lasvignes, qui nous a quittés trop tôt, soulignant la continuité et la qualité de leurs actions.

Souâd Ayada, correspondante de l’Académie et ancienne inspectrice générale de l’éducation nationale a aussi pris la parole au cours de la matinée.

Une direction née d’un besoin de sécurisation juridique de l’action publique

Créée par décret du 10 janvier 1996, la DAJ s’inscrivait dans un contexte marqué par une série de défis juridiques majeurs au début des années 90 (constitutionnels, administratifs et pénaux) bien décrits par les intervenants. Sa création répondait à une nécessité croissante de structurer la fonction juridique au sein du ministère de l’Éducation nationale et, au-delà, de renforcer la sécurité juridique des politiques publiques.

La DAJ a constitué à cet égard une innovation administrative majeure. Elle marque alors le passage d’une approche du droit centrée sur la gestion du contentieux à une conception plus large, fondée sur l’anticipation et l’accompagnement des décisions publiques. Ce modèle s’est par la suite diffusé à l’ensemble des ministères, attestant de sa pertinence et de son efficacité.

Un rôle désormais central : conseiller, sécuriser, accompagner

L’ensemble des interventions ont souligné que l’action de la DAJ repose sur trois missions fondamentales : la gestion du contentieux, avec la représentation de l’administration devant les juridictions ; la fonction de conseil, au bénéfice des ministres, des cabinets et des directions ; l’ingénierie normative, impliquant la participation à l’élaboration et à la sécurisation des textes. La DAJ ne se limite plus à contrôler la régularité juridique des décisions, mais contribue activement à leur élaboration en proposant des solutions opérationnelles juridiquement sécurisées. Cette évolution traduit une attente forte de la part des responsables politiques : disposer d’un appui juridique capable de concilier respect de la norme et efficacité de l’action publique.

Une transformation du rôle du juriste face aux crises et à l’urgence

Les témoignages des anciens directeurs ont mis en évidence une évolution majeure du rôle du juriste, liée notamment au développement des procédures d’urgence (référés). Alors que le contentieux intervenait historiquement dans un temps différé, il s’inscrit désormais dans un « temps réel », étroitement lié aux enjeux politiques et médiatiques et au développement des procédures de référés.

Des exemples emblématiques, anciens tels que la fuite de sujets du baccalauréat ou les contentieux liés aux élections professionnelles, ou plus récents, comme l’interdiction des abayas, illustrent cette transformation. Ils montrent que la DAJ doit désormais faire preuve d’une réactivité immédiate, mobiliser des réseaux territoriaux et contribuer à la gestion de situations de crise susceptibles d’avoir des conséquences politiques majeures.

Une fonction d’interface entre droit, politique et administration

La DAJ occupe désormais une position singulière au sein de l’État, au croisement de plusieurs logiques institutionnelles. Cette position a été décrite comme une « quadruple loyauté » : à la Constitution, fondement de l’État de droit ; aux ministres, dont elle accompagne l’action ; au Conseil d’État, avec lequel elle entretient un dialogue constant ; au Secrétariat général du Gouvernement, garant de la cohérence interministérielle.

À ces relations s’ajoute un lien structurant avec les services déconcentrés (rectorats) et les établissements, qui fait de la DAJ un véritable appui au terrain. Cette dimension opérationnelle constitue une spécificité forte, particulièrement marquée dans les champs de l’éducation et de l’enseignement supérieur.

Des enjeux spécifiques au secteur éducatif et universitaire

Le ministère de l’Éducation nationale et celui de l’Enseignement supérieur se caractérisent par une grande complexité institutionnelle et par la diversité de leurs acteurs. La DAJ y intervient sur des sujets sensibles, touchant notamment à la laïcité, aux libertés publiques, à l’égalité des usagers ou encore à l’autonomie des établissements.

Dans ce contexte, son rôle consiste à rendre la norme juridiquement robuste, mais aussi intelligible et applicable. Elle contribue ainsi à garantir l’équilibre entre des exigences parfois contradictoires : autonomie des acteurs, cohérence du service public et respect des principes fondamentaux.

Une activité en croissance et un modèle reconnu

La matinée a également mis en évidence une augmentation significative de l’activité de la DAJ, traduisant une demande accrue de sécurisation juridique. Cette dynamique s’accompagne d’une reconnaissance forte de son expertise, tant au sein des administrations centrales que dans les services territoriaux.

Par ailleurs, la DAJ est présentée comme une véritable « pépinière » de juristes publics, formant des agents qui contribuent ensuite au rayonnement de la fonction juridique au sein de l’État.

Des défis contemporains multiples

Plusieurs enjeux structurants ont été identifiés : la complexification normative, qui appelle un effort de simplification et de lisibilité du droit ; la gestion de contentieux sensibles, notamment dans le domaine des établissements privés ou de la protection des agents ; la montée des enjeux liés au numérique, à la cybersécurité et aux données personnelles ; la nécessité de concilier autonomie des acteurs et responsabilité de l’État. Ces défis renforcent la nécessité d’une expertise juridique à la fois rigoureuse, réactive et pragmatique.

Des perspectives marquées par les grandes transitions contemporaines

Enfin, les échanges ont ouvert des perspectives sur les transformations à venir, en particulier : les effets du changement climatique, notamment sur l’organisation du système éducatif ; l’essor de l’intelligence artificielle, susceptible de bouleverser les modalités d’enseignement, d’évaluation et de production des connaissances.

Ces évolutions posent des questions juridiques inédites et appellent une capacité d’adaptation accrue de la DAJ, afin de maintenir l’équilibre entre innovation, régulation et respect des principes fondamentaux. La DAJ apparaît en définitive comme un acteur incontournable de l’État contemporain. À la fois conseillère, sécurisatrice et facilitatrice de l’action publique, elle incarne une approche du droit fondée sur la recherche de solutions, l’anticipation des risques et l’accompagnement des transformations.

Face à des enjeux croissants de complexité, d’urgence et d’innovation, son rôle est appelé à se renforcer encore, confirmant la place centrale du droit dans la conduite des politiques publiques et dans la préservation de l’État de droit.

La semaine des académiciens (8-14 juin 2026)

DANS LA PRESSE ET SUR LES ONDES

Jean-David Levitte : une « éminence grise » au service de la France

Jean-David LEVITTE

🔗 « Le diplomate Média » a publié, le 13 juin dernier, un article consacré à Jean-David Levitte. Présenté comme l’une des grandes figures de la diplomatie française contemporaine, l’auteur met en contraste sa discrétion, sa rigueur et son sens de l’État avec, au contraire, la personnalisation tapageuse du pouvoir de Donald Trump. Il retrace son parcours personnel et professionnel exceptionnel : une solide formation, une carrière diplomatique de tout premier plan au Quai d’Orsay, plusieurs postes stratégiques à l’ONU, à Washington et à l’Élysée, ainsi qu’un rôle de conseiller diplomatique auprès de plusieurs présidents de la République. L’auteur insiste sur son style personnel, fondé sur l’élégance, la réserve, le goût du consensus et l’efficacité dans l’ombre. Le président de l’Académie est décrit comme une « éminence grise », plus attachée à l’action et à la réflexion qu’à la médiatisation, incarnant une certaine idée classique de la diplomatie française. Même après sa carrière officielle, il continue de jouer un rôle intellectuel important à l’Académie des sciences morales et politiques, où il poursuit une activité d’analyse et de transmission.

« La justice française en quête d’une réforme en profondeur »

Jean-Claude CASANOVA

🔗 Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani ont analysé dans l’émission Commentaire (sur Radio Classique), ce samedi 13 juin, les enjeux d’une réforme de la justice, avec Jean-Jacques Urvoas.
À la suite de l’émotion suscitée par l’assassinat de la jeune Lyhanna, Jean-Jacques Urvoas y met en lumière des problèmes structurels profonds : manque de moyens, organisation inefficace, instabilité des règles pénales et relations entre la justice et le pouvoir politique. L’un des points centraux du débat est la question de l’indépendance du parquet, encore placé sous l’autorité du ministre de la Justice, ce qui alimente les critiques sur l’autonomie réelle de l’institution judiciaire. Les modifications trop fréquentes du code pénal nuisent aussi à la lisibilité du droit et compliquent le travail des professionnels. Au-delà du constat, ils défendent l’idée qu’il ne suffit pas d’apporter des réponses ponctuelles à chaque drame médiatisé : il est nécessaire d’engager une réforme de fond de la justice, fondée sur une meilleure définition des priorités, une répartition plus cohérente des moyens et une clarification du rapport entre justice et pouvoir exécutif. Selon Jean-Jacques Urvoas, cette réflexion devrait devenir un enjeu majeur du débat politique national.

Mort de Lyhanna : « la responsabilité est collective »

🔗 À l’invitation du maire d’Arcachon, Haïm Korsia s’est rendu dans la cité balnéaire girondine pour célébrer les liens profonds entre la communauté juive et la commune fondée par les Frères Pereire.

Haïm KORSIA

🔗 À la suite du meurtre de la jeune Lyhanna, le Grand-rabbin de France dénonce, dans une tribune parue dans Le Figaro ce vendredi 12 juin 2026, le décalage entre les discours unanimes sur la protection de l’enfance et la réalité des défaillances collectives. Malgré une prise de conscience croissante, des alertes répétées et des travaux importants sur les violences faites aux mineurs, de nombreux signalements restent sans réponse efficace, faute de moyens, de coordination, de formation et parfois de courage. Il insiste sur le fait que la protection des enfants est une responsabilité collective, qui ne repose pas seulement sur les familles ou les institutions spécialisées, mais sur l’ensemble de la société. Il souligne l’importance de la vigilance, sans tomber dans la méfiance généralisée, ainsi que celle de l’écoute de la parole de l’enfant, trop souvent étouffée ou minimisée. En s’appuyant sur des références bibliques et une réflexion morale, l’auteur affirme qu’une société se juge à sa capacité à protéger les plus vulnérables. Protéger les enfants apparaît ainsi non comme une politique secondaire, mais comme une exigence fondamentale de civilisation et d’humanité.

La colère face au meurtre de Lyhanna

Chantal DELSOL

🔗 Chantal Delsol a publié, ce dimanche 14 juin, une tribune dans Le Figaro où elle soutient que l’émotion provoquée par le meurtre de Lyhanna révèle une rupture profonde entre la société civile et les gouvernants, accusés de laxisme face aux violences faites aux enfants. Elle soulève que la colère actuelle dépasse l’indignation ordinaire, car elle touche à ce que la société considère désormais comme moralement intolérable : l’insuffisance de la justice et des institutions pour protéger les plus vulnérables. L’académicienne inscrit cette mobilisation dans un mouvement historique plus large, qu’elle appelle, à la suite d’Olivier Grenouilleau, « la grande moralisation du monde ». Comme pour l’abolition de l’esclavage ou les droits des femmes, elle estime que les progrès moraux naissent d’abord de la pression de la société civile, avant d’être suivis, souvent avec retard, par les élites politiques et administratives. La tribune affirme enfin que la pédophilie et les violences sexuelles, longtemps minimisées, sont aujourd’hui perçues comme des maux devant être éradiqués sans compromis. Cette évolution témoigne d’un changement moral majeur : le respect de l’autre concret, en particulier des plus faibles, devient une exigence supérieure aux logiques institutionnelles ou aux habitudes sociales.

Hommage à Bernadette Chirac

François d’ORCIVAL

🔗 François d’Orcival a rendu hommage à Bernadette Chirac dans l’édition du 10 juin de Valeurs actuelles. Il la décrit comme une figure essentielle, à la fois dans la vie personnelle et dans la trajectoire politique de Jacques Chirac. Il insiste sur la solidité exceptionnelle de leur union, marquée par une relation durable, une complicité profonde et une forme de complémentarité qui aurait beaucoup compté dans la carrière de l’ancien président. Il souligne le rôle politique discret mais déterminant de l’ancienne première dame. Il retrace également quelques étapes marquantes de son parcours, depuis les débuts du couple dans les années 1950 jusqu’aux années de l’Élysée, en passant par sa présence dans de grands moments de la vie politique française. Il met en avant sa constance, sa dignité et son authenticité, qui ont contribué à sa popularité auprès des Français. Il met par ailleurs en avant la singularité de Bernadette Chirac parmi les conjointes présidentielles : par son engagement personnel, notamment comme élue en Corrèze, elle a incarné une forme de « première dame à la française », à la fois proche du terrain, fidèle à ses convictions et pleinement inscrite dans la durée.

La Banque centrale européenne face à l’inflation : des moyens qui seraient décuplés par une fédération politique

🔗 🔗 Ce vendredi 12 juin, le journal allemand Die Welt et le média italien Il Sole 24 Ore ont publié une interview de Jean-Claude Trichet.

Jean-Claude TRICHET

🔗 Au cours d’un entretien donné au Figaro le 11 juin dernier, Jean-Claude Trichet défend l’idée que la Banque centrale européenne doit rester fermement attachée à sa mission première : garantir la stabilité des prix. Il rappelle qu’une légère hausse des taux peut être justifiée si elle permet de maintenir des anticipations d’inflation autour de 2 %, condition essentielle pour éviter une spirale de hausse des taux et préserver, à terme, l’activité économique. L’ancien président de la BCE souligne aussi la solidité institutionnelle de la banque centrale, dont l’indépendance est protégée par les traités européens. Jean-Claude Trichet estime que cette crédibilité a été renforcée par la gestion des grandes crises récentes (crise financière, menace de déflation, pandémie, guerre en Ukraine) au cours desquelles la BCE a su prendre des décisions exceptionnelles pour préserver la zone euro. Mais il rappelle aussi que la politique monétaire ne peut pas, à elle seule, assurer la convergence des économies européennes. Les écarts entre pays tiennent aussi aux politiques budgétaires, aux réformes structurelles et à la discipline nationale. Il s’inquiète fortement de la situation de notre pays qui souffre d’un manque de réformes, notamment sur la dette publique et les retraites. Outre le seul cadre économique, il défend une vision politique de long terme : l’Europe ne pourra peser dans le monde que si elle avance vers une véritable fédération politique, dotée d’un exécutif, d’une défense et d’une diplomatie communes.

🔗 L’académicien plaide en effet pour une union fédérale de l’Europe, estimant que sans véritable union politique, diplomatique et militaire, l’Union européenne restera une puissance dépendante des grandes forces mondiales, notamment des États-Unis ou de la Russie. Dans un entretien publié dans le journal Le Point le 19 mai dernier, il met en avant que, l’euro a été une avancée majeure, mais il demeure insuffisant en l’absence d’un véritable marché unique dans des secteurs clés comme la banque, les capitaux, les télécommunications ou le numérique. L’ancien gouverneur de la Banque de France déplore que l’Europe reste fragmentée en intérêts nationaux, ce qui freine son poids économique et stratégique. Il cite Airbus comme rare exemple de réussite industrielle véritablement européenne. Pour avancer vers une fédération, il juge que la défense commune pourrait être le point de départ, même si les réticences des petits États et le manque de confiance entre membres compliquent ce projet. L’Europe ne pourra, selon Jean-Claude Trichet, devenir une puissance autonome qu’en dépassant les logiques nationales pour construire une véritable souveraineté fédérale, tant sur le plan économique que politique et militaire.

🔗 Le jeudi 11 juin dernier, Jean-Claude Trichet a donné une interview télévisée à Hedwige Chevrillon pour BFM Business. Il y approuve la décision de la Banque centrale européenne de relever ses taux d’intérêt, en soulignant qu’il s’agit avant tout d’un signal de crédibilité. Selon lui, dans un contexte de très forte incertitude géopolitique et de choc d’offre lié à la flambée des prix de l’énergie, la priorité de la BCE est d’empêcher un désancrage des anticipations d’inflation. Il rappelle que si les agents économiques commencent à anticiper durablement une inflation plus forte, les taux à moyen et long terme augmentent à leur tour, ce qui pèserait encore davantage sur la croissance et l’emploi. L’entretien montre toutefois toute la complexité du moment économique : le choc actuel est à la fois inflationniste et dépressif. Le rôle de la BCE n’est pas de contrôler directement les prix de l’énergie, mais d’empêcher que ces hausses se diffusent à l’ensemble de l’économie, comme lors des grands chocs pétroliers des années 1970. Il insiste aussi sur le fait que la BCE ne s’engage pas sur une trajectoire prédéfinie de hausse des taux : les décisions futures dépendront des données économiques et de l’évolution de la situation internationale. Il défend ainsi une approche pragmatique et prudente, adaptée à un environnement extrêmement instable, notamment en raison des tensions au Moyen‑Orient. Enfin, l’entretien élargit la réflexion à la situation américaine. L’académicien juge que les États‑Unis connaissent des déséquilibres importants, à la fois sur le plan monétaire et financier, avec des valorisations boursières qu’il considère comme disproportionnées et difficilement durables, notamment autour de l’intelligence artificielle. Il reste néanmoins relativement confiant dans la solidité institutionnelle des banques centrales, en Europe comme aux États‑Unis, malgré les changements de dirigeants et les pressions politiques.

Jacques Benoist-Méchin, les dérives d’un talent

Eric ROUSSEL

🔗 Eric Roussel a donné un entretien le samedi 13 juin dernier à Jean-Noël Jeanneney pour France culture sur la trajectoire de Jacques Benoist-Méchin, personnage à la fois brillant intellectuellement et profondément compromis politiquement. À partir du livre publié par l’académicien, Jean-Noël Jeanneney explore ce destin paradoxal : celui d’un écrivain cultivé, admirateur de Proust et traducteur de Joyce, devenu l’un des collaborationnistes les plus engagés du régime de Vichy. L’échange met en lumière les ressorts de cette dérive : un pacifisme radical hérité de l’après-1918, une fascination pour la force, un fort anti-américanisme, une attirance ancienne pour l’Allemagne, ainsi qu’un rejet de la démocratie parlementaire. Jacques Benoist-Méchin apparaît comme un homme séduit par Hitler et le national-socialisme, au point de défendre activement une politique de rapprochement avec l’Allemagne nazie lorsqu’il devient secrétaire d’État dans le gouvernement Darlan. L’entretien insiste sur le caractère à la fois idéologique, fanatique et illusionné de son engagement. La seconde partie de sa vie constitue un autre paradoxe majeur. Condamné à mort puis gracié, il passe dix ans en prison avant de se reconstruire comme écrivain et spécialiste du monde arabe. Ses biographies d’Ibn Saoud et de Mustafa Kemal Atatürk rencontrent un grand succès, et il devient même un intermédiaire officieux entre certains dirigeants arabes (Nasser, Hassan II, Boumédiène, Kadhafi) et les autorités françaises. Cette réhabilitation intellectuelle et diplomatique interroge : comment un homme si compromis a-t-il pu retrouver une telle influence ? Au fond, l’entretien cherche moins à absoudre qu’à comprendre une contradiction humaine et politique : comment un homme de grand talent a pu sombrer dans le fanatisme, puis revenir sur le devant de la scène par la littérature et la diplomatie parallèle. Le cas Benoist-Méchin devient ainsi une réflexion plus large sur les liens entre talent, aveuglement idéologique, responsabilité morale, pardon et oubli.

À SAVOIR

Jean TIROLE

🔗 Jean Tirole accueillera, du 6 au 10 juillet à la Toulouse School of Economics, la 17e édition de la Conférence mondiale sur la recherche dans les transports.

 

Louis VOGEL

Louis Vogel, sénateur de Seine-et-Marne, a déposé une proposition de loi constitutionnelle visant à inscrire la liberté académique dans la Constitution française. Les objectifs sont de consacrer cette liberté dans toute sa portée, d’unifier son régime et d’en clarifier le contenu. En effet, le doyen Vedel la définissait déjà comme une « liberté faite de libertés » et Louis Vogel rappelle qu’une partie seulement de cette liberté est reconnue en droit français, notamment par le Conseil constitutionnel et le code de l’éducation. En introduisant la notion de liberté académique dans le bloc de constitutionnalité, toute loi ou règlement devrait alors s’y conformer et la jurisprudence appliquer un contrôle de proportionnalité (but légitime, adéquation, nécessité, proportionnalité stricto sensu). Le contenu de la liberté serait alors lisible et les limites posées par la future jurisprudence seraient prévisibles pour les établissements, les enseignants-chercheurs et les juges. Condition indispensable à la qualité de la recherche, elle est un préalable à la sérénité du débat intellectuel et à l’excellence universitaire. Sa proposition est également motivée par le constat d’un recul international de la liberté académique. Il s’appuie sur des indicateurs récents montrant que cette liberté est fragilisée dans de nombreux pays, y compris dans certaines démocraties, sous l’effet de pressions politiques, idéologiques, budgétaires ou technologiques. Dans ce contexte, l’inscription dans la Constitution aurait pour objectif de rendre cette liberté plus difficile à remettre en cause. Il la consacre ainsi comme un principe fondamental de la République, qu’il convient désormais de sanctuariser au plus haut niveau juridique pour protéger durablement l’autonomie de la recherche, de l’enseignement et des institutions universitaires.

Jean-Claude TRICHET

🔗 Jean-Claude Trichet a dialogué devant 1200 personnes le 11 juin avec James Bullard, ancien président de la Réserve fédérale de Saint-Louis, sur la question de l’indépendance des banques centrales à l’occasion de la réunion mondiale annuelle à Paris de l’entreprise Amundi. Cet entretien a porté sur les défis actuels et futurs des banques centrales dans un environnement marqué par l’incertitude, les déséquilibres budgétaires, les chocs géopolitiques et l’accélération technologique. James Bullard et Jean‑Claude Trichet ont d’abord souligné que la stabilité monétaire était fragilisée par des politiques budgétaires peu disciplinées et par un contexte international plus fragmenté. Tous deux ont insisté sur le fait que l’indépendance des banques centrales demeure essentielle pour préserver la crédibilité monétaire et lutter contre l’inflation. Les intervenants estiment toutefois que cette indépendance a jusqu’ici résisté : la Fed comme la BCE ont montré leur capacité à agir fermement après le rebond inflationniste post‑Covid, notamment par des hausses rapides de taux. L’académicien insiste sur le fait que, malgré les tensions politiques, les grandes banques centrales ont convergé vers une même définition de la stabilité des prix, fixée à 2 % d’inflation à moyen terme, ce qu’il considère comme un acquis majeur du système monétaire international. L’entretien a aussi mis en avant la nécessité pour les banques centrales de mieux se préparer aux chocs extrêmes. Les crises récentes — crise financière mondiale, pandémie, risques de déflation — ont montré que les événements rares sont plus probables qu’on ne le croit. D’où l’importance croissante des stress tests, des analyses de scénarios et d’une plus grande résilience des systèmes économiques et financiers. Enfin, les deux intervenants ont abordé les transformations à venir : montée des rivalités entre grandes puissances, fragmentation géopolitique, développement de l’IA, essor des cryptomonnaies et des stablecoins. James Bullard voit dans les monnaies privées numériques davantage de risques que d’avantages si elles reposent sur l’arbitrage réglementaire, mais reconnaît un potentiel réel d’innovation dans les paiements. Pour l’avenir, tous deux considèrent que les banquiers centraux devront faire preuve de prudence, humilité, capacité d’anticipation et solidité face à l’imprévu.

Soutien de l’Académie aux écoles françaises à l’étranger

L’Académie des sciences morales et politiques a approuvé un texte de soutien aux écoles françaises à l’étranger au cours de son comité secret du 15 juin 2026 :

L’Académie comprend et approuve les efforts prodigués par les Ecoles françaises à l’étranger pour soutenir le développement et le rayonnement de nos disciplines dans leurs domaines respectifs.

Rapporteur : Georges-Henri Soutou

Colloque consacré au 80ème anniversaire du Plan

Le 3 janvier 1946, le général de Gaulle créait le Commissariat général du Plan et nommait Jean Monnet à sa tête pour répondre à l’immense défi de la reconstruction de la France. A l’occasion du 80e anniversaire du Plan, Bernard STIRN, secrétaire perpétuel et Clément BEAUNE, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, ont organisé une matinée à l’Académie pour célébrer et retracer l’action d’une institution qui a contribué à façonner la France d’aujourd’hui et à penser son avenir.

Revivre la matinée

Déroulé

⇒ Discours introductifs

Xavier DARCOS, Chancelier de l’Institut de France

⇒ Discours de Philippe AGHION, académicien, Prix Nobel d’économie, professeur au Collège de France

⇒ Discours d’Élisabeth BORNE, Ancienne Première ministre et députée

Table ronde n° 1 : Penser la planification : méthode, institutions et territoires

Modération : Marie VISOT, Rédactrice en chef au Figaro économie

Participants : 

  • Pierre DELVOLVÉ, académicien et professeur émérite de l’Université de Paris II Panthéon-Assas ;
  • Jean-Robert PITTE, académicien et ancien président de Sorbonne Université ;
  • Eric ROUSSEL, académicien et historien.

⇒ Discours de Dominique DE VILLEPIN, Ancien Premier ministre

Table ronde n° 2 : Actualité de la prospective

Modération : Marie VISOT, Rédactrice en chef au Figaro économie

  • Christine LAVARDE, Sénatrice des Hauts-de-Seine, présidente de la délégation à la prospective du Sénat
  • Alain MINC, Auteur du rapport « La France de l’an 2000 » (1994).
  • Clément TONON, Coordinateur de l’exercice de prospective « France 2035, France 2050 ».

Carte blanche : « Mon Plan pour la France de demain » 

Participants : 

  • Delphine HORVILLEUR, Philosophe et rabbin
  • Gaspard KOENIG, Philosophe et écrivain
  • Catherine MACGREGOR, Directrice générale d’ENGIE
  • Arnaud MONTEBOURG, Ancien ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique, fondateur des Équipes du Made in France

Clôture

  • Clément BEAUNE, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan

France Télévisions diffuse la déclamation de trois jeunes sous la coupole

Dans le cadre de l’émission « J’aime à dire » soutenue par la Fondation pour l’écriture de l’Académie et la Fondation Engagement Médias Jeunes et organisée par France Télévisions et Graine d’Orateurs, trois jeunes femmes origines des Landes, Nina, Angelina et Melina, ont déclamé sous la coupole.

Sur le thème des violences sexuelles faites aux femmes, elles ont exprimé leur témoignage après avoir été formée à l’éloquence au sein de la Maison familiale rurale de Castelnau-Chalosse. Leur déclamation a fait l’objet d’un enregistrement et d’une diffusion par France Télévisions.

Revoir l’émission

Accueil de Louis BORÉ à l’Académie

Le président a accueilli en séance Louis Boré, nouveau membre élu le 13 avril, au fauteuil 7 de la section Législation, droit public et jurisprudence, laissé vacant par le décès de François Terré. L’élection de Louis Boré a été approuvée par le président de la République par un décret (ci-dessous) en date du 15 mai, publié au Journal officiel.

Selon l’usage, le Secrétaire perpétuel va quérir le nouveau membre dans le salon des conversations et l’accompagne en grande salle des séances. Le président lui remet en signe de bienvenue la médaille de l’Académie.

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Accueil des étudiants du programme de formation continue « Emouna – L’amphi des religions » de Sciences Po

Le secrétaire perpétuel Bernard Stirn et le vice-président Haïm Korsia ont accueilli, ce lundi 4 mai à l’Académie, une quarantaine d’étudiants du programme de formation continue Emouna de Sciences Po.

Piloté par des représentants des grandes communautés religieuses présentes en France, il vise à « transmettre des savoirs objectifs sur les religions et la laïcité » et à « améliorer le dialogue interreligieux comme les relations entre les responsables des cultes et le reste de la société ».

Alain DUHAMEL – Itinéraire d’un journaliste (Des académiciens en Sorbonne)

Pour la dernière conférence-débat de cette sixième édition du programme « Des académiciens en Sorbonne » organisé par l’Institut de France, près de deux-cent-soixante collégiens et lycéens, accompagnés de leurs professeurs, se sont réunis dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne pour écouter Alain Duhamel évoquer son itinéraire professionnel dans le monde des médias français.

Les élèves et leurs professeurs étaient venus de l’académie de Paris, notamment du collège Maurice Ravel ainsi que des lycées Louis-le-Grand, Janson de Sailly, Henri IV, Jean-Baptiste Say et Carnot.

La séance a été ouverte par Julie Benetti, rectrice de la région académique Île-de-France. Elle a accueilli les élèves et retracé le parcours d’Alain Duhamel, pionnier de l’analyse politique en France, un des grands relanceurs des débats télévisés, au style marqué par une grande élégance et une réelle habileté et fin portraitiste des hommes et femmes politiques de la Ve République.

Alain Duhamel et Albane Patey, professeure d’histoire-géographie

Alain Duhamel est d’abord revenu sur les deux événements qui l’ont conduit vers le journalisme politique. Le premier est un refus : celui d’un stage d’été proposé par ses parents dans une compagnie pétrolière. Il choisit alors de solliciter un stage au Monde, qu’il obtient à la suite de l’accident du stagiaire initialement retenu. Il y apprend le métier auprès de Jacques Fauvet, qu’il considère comme « probablement le meilleur analyste politique de l’époque ». Le second moment décisif survient lorsqu’il réalise un film sur les militants communistes : il fait la connaissance de Pierre Desgraupes, qui lui confie l’animation de la seule émission de débat de la télévision française de l’époque : À armes égales.

Dans un deuxième temps, Alain Duhamel a évoqué l’histoire du débat à la télévision française. À cette époque, l’idée d’un débat contradictoire n’allait pas de soi. Il fut même convoqué par le président Pompidou, avant d’obtenir finalement son assentiment grâce à l’appui de Jacques Chaban-Delmas. Ce premier débat en direct, lors de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 1974, opposant Valéry Giscard d’Estaing à François Mitterrand, constitue donc un tournant majeur. Sans précédent en France, prenant modèle sur le débat Kennedy-Nixon, cet échange a nécessité de forcer la main des institutions, ainsi que celle de Mitterrand qui y a consenti à contrecœur. Ce débat a ouvert la voie à de nombreux autres : il est devenu un rite démocratique et une pratique désormais considérée comme normale et indispensable. Les émissions se sont multipliées, et Alain Duhamel en a animé un grand nombre.

© Rectorat de Paris – Sylvain Lhermie

Enfin, Alain Duhamel a abordé la question de la pluralité de l’information. Au début des années 1980, l’information télévisée a cessé d’être gouvernementale pour devenir plus ouverte. Cet apprentissage du pluralisme a toutefois été progressif, et la France est restée en retard sur ce point pendant quarante ans. Aujourd’hui, les téléspectateurs bénéficient d’une grande pluralité : même si l’information est souvent partielle, partiale, lacunaire, elle est démultipliée et donc compétitive. Le public dispose d’un véritable choix. Cette concurrence entre les chaînes impose une certaine exigence et donc des efforts d’approfondissement, de confrontation, contribuant à une progression en matière d’information. Toutefois, cette évolution ne s’est pas faite sans tensions : elle est le fruit de crises et de tumultes, et l’on observe encore aujourd’hui des formes de partialité ou de grandes insuffisances sur certaines chaînes.

© Rectorat de Paris – Sylvain Lhermie

À l’issue de cette conférence, Alain Duhamel a dialogué avec les élèves en répondant à leurs nombreuses questions : quand vous avez refusé le stage proposé par vos parents, qu’est-ce qui vous a poussé à vous tourner vers Le Monde ? Comment était-ce de travailler en duo avec Jean-Pierre Elkabbach ? De quels modèles vous êtes-vous inspiré pour À armes égales ? Quel est le débat qui vous a le plus marqué ? Dans ce contexte de pluralité et de concurrence, comment avez-vous réussi à vous démarquer comme journaliste ? Comment arrivez-vous à encadrer des débats avec de nombreux intervenants et faire en sorte que ce ne soit pas inaudible ? Quels sont les rapports entre mondes politique, économique et médiatique et comment avez-vous réussi à être reconnu dans les trois ? Referiez-vous ce métier aujourd’hui, à l’ère des réseaux sociaux ? Le profil du journaliste engagé a-t-il changé et pensez-vous que vous seriez recruté aujourd’hui ? Jusqu’à quel point un journaliste peut-il être subjectif ? Quelles chaînes sérieuses pouvez-vous nous conseiller ? Pensez-vous que l’imprévisibilité de Donald Trump soit volontaire ? Existe-t-il encore des formes de censure ou de pression sur les médias de la part de l’État ? Aujourd’hui, avec les investisseurs privés, y a-t-il une baisse du pluralisme politique à la télévision française ? Une restructuration de l’Arcom est-elle nécessaire pour assainir le débat public ? Pensez-vous que les médias relèvent aujourd’hui plus du divertissement que de l’information ? Comment envisager l’avenir du journalisme à l’heure de l’intelligence artificielle ?Comment, selon vous, la France peut-elle sortir de la crise politique à laquelle elle fait face depuis une vingtaine d’années ? Pensez-vous que passer à une VI République pourrait être un élément de réponse à la crise évoquée plus tôt ?

Avant de quitter le Grand Amphithéâtre, Alain Duhamel a donné une courte interview. Celle-ci est à retrouver prochainement, avec l’enregistrement intégral de la séance, sur la chaîne YouTube de l’Institut de France et sur celle du Rectorat.