1er juin 2026
Les quatre-vingt ans du Plan – Verbatim de l’intervention de Bernard Stirn
L’Académie des sciences morales et politiques est heureuse d’accueillir, avec le chancelier de l’Institut, cette matinée qui vient commémorer les quatre-vingt ans du Plan. Elle est honorée de votre présence, Madame la ministre, chère Eléonore Caroit, Madame la Première ministre, chère Elisabeth Borne, Madame et Monsieur les anciens ministres, chère Barbara Pompili et cher Arnaud Montebourg, Madame la secrétaire générale du gouvernement, chère Laurence Marion, Monsieur le haut-commissaire, cher Clément Beaune. Au nom de l’Académie je vous souhaite la bienvenue dans cet auditorium de l‘Institut de France. Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, nous rejoindra dans quelques instants.
Le riche programme qui nous réunit prévoit l’intervention de plusieurs confrères. Après un discours introductif de Philippe Aghion, Pierre Delvolvé, Jean-Robert Pitte et Eric Roussel, croiseront leurs regards de juriste, de géographe et d’historien autour de la première table ronde, sur le thème « penser la planification : économie, institutions et territoires ». Le passé, le présent et l’avenir de la planification seront éclairés par un film présenté par Claire Chazal et par deux autres tables rondes qui réunissent les personnalités les plus éminentes.
Sans anticiper sur ce riche programme, nul doute que les échanges de ce matin s’inscrivent dans les réflexions et les travaux de notre académie tant le plan a marqué notre histoire politique, économique et sociale et tant il apporte aujourd’hui une indispensable boussole à l’action publique.
Si des idées de planification avaient germé avant la seconde guerre mondiale, le plan a été introduit dans notre univers administratif et politique à la Libération, conformément au programme du Conseil national de la Résistance, qui prévoyait « l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ». Le 3 janvier 1946, le général de Gaulle signe le décret dont nous commémorons l’anniversaire, qui porte « création à la présidence du Gouvernement d’un conseil du plan de modernisation et d’équipement et fixe les attributions du Commissaire général de plan ». Jean Monnet est nommé dans ces fonctions et sous son autorité est préparé le premier plan, qui a été approuvé un an plus tard par décret du 16 janvier 1947. Les trois premiers commissaires au plan, Jean Monnet (1946-1952), Etienne Hirsch (1952-1959), et Pierre Massé (1959-1965,) ont marqué de leur personnalité une institution qui a joué un rôle clé dans la reconstruction du pays et dans l’affermissement de son économie. Le plan a aussi été le support d’une économie concertée en même qu’un lieu précieux de dialogue social. On sait l’importance que le général de Gaulle accordait à l’ «ardente obligation » qu’à travers lui le pays s’imposait à lui-même.
Après le 5ème plan (1966-1970), la dynamique s’est toutefois progressivement essoufflée. Si elle entendait redonner vigueur au plan, la loi du 29 juillet 1982 portant réforme de la planification a surtout conduit le Conseil constitutionnel à préciser que, « par son objet, le contenu d’un plan national pluriannuel touche à des matières réservées à la loi », tout en jugeant que la loi de plan avait un caractère « purement indicatif ». Une économie plus libérale, un monde davantage ouvert aux échanges, l’insertion croissante de notre pays dans l’espace européen pouvaient compromettre l’idée même de planification. Ainsi le décret du 6 mars 2006 a semblé mettre un terme à la planification « à la française », en supprimant le Commissariat au plan, remplacé par le Conseil d’analyse stratégique. Puis le décret du 22 avril 2013 a substitué à ce conseil le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, dénommé France stratégie. Mais le Haut-commissaire au plan est fort heureusement réapparu avec le décret du 1er septembre 2020. François Bayrou s’est vu chargé de ces fonctions, dans lesquelles il s’est pleinement investi. Enfin le décret du 23 mai 2025 a réuni France Stratégie et le Haut-commissariat en instituant un Haut-Commissaire à la stratégie et au plan. Nommé dans ces belles responsabilités, Clément Beaune est à l’origine de la manifestation qui nous réunit aujourd’hui.
Ce retour de la planification n’est certes pas la résurrection des plans d’après-guerre. Mais il répond à l’impératif pour l’action publique de savoir se situer dans des perspectives de moyen et de long terme. Il intervient au moment même où le Conseil d’Etat choisit comme thème de son étude annuelle de 2025 « inscrire l’action publique dans le temps long ». Cette étude souligne le besoin de s’appuyer davantage sur la science et l’expertise. Elle rappelle que l’Etat ne saurait être le seul penseur et acteur du temps long. Il lui appartient d’agir en lien avec tous les autres acteurs, nationaux, européens et internationaux, d’associer et de coordonner les initiatives afin, nous dit le Conseil d’Etat, « de construire une Nation stratège, en lien avec une Europe puissante ».
Dans ce contexte, notre matinée prend tout son sens : elle rend hommage au passé en même temps qu’elle cherche à éclairer l’avenir.
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