Le président Jean-Robert Pitte a ouvert la séance du 13 janvier 2025 par un discours d’hommage à Gabriel de Broglie, décédé le 8 janvier dernier.
Gabriel DE BROGLIE
Gabriel de Broglie nous a quittés ce 8 janvier à l’âge de 93 ans. Élu, le 24 mars 1997, au fauteuil 6 de la section Générale, laissé vacant par le décès de François Puaux, il était également membre de l’Académie française où il avait été élu en 2001, à la succession d’Alain Peyrefitte. Il fut également Chancelier de l’Institut de France de 2006 à 2017 et en était le chancelier honoraire depuis 2018. Il était le cinquième « immortel » de sa famille à siéger sous la Coupole. Bien que plus rare ces derniers temps, sa présence était encore remarquable parmi nous jusque récemment. Né le 21 avril 1931 à Versailles, Gabriel de Broglie avait fait ses études chez les Oratoriens de Pontoise, puis l’Institut d’études politiques de Paris et l’École nationale d’administration (promotion Tocqueville 1960). Il commence sa carrière comme attaché à l’ambassade de France en Italie (1955-1958) puis entre au Conseil d’État où il est tour à tour auditeur (1960-1967), maître des requêtes (1967), conseiller d’Etat (1985) et, depuis 1999, conseiller d’État honoraire. De 1962 à 1971, Gabriel de Broglie est successivement membre de différents cabinets ministériels : conseiller au ministère d’État chargé des Affaires culturelles auprès d’André Malraux (1962-1966), conseiller au ministère des affaires sociales auprès de Jean-Marcel Jeanneney et Maurice Schumann (1966-1968), conseiller à Matignon auprès de Maurice Couve de Murville (1968-1969), et conseiller technique puis directeur de cabinet au ministère des Affaires culturelles auprès d’Edmond Michelet puis d’André Bettencourt (1970-1971). Mais c’est au sein de l’audiovisuel public français auquel il a consacré dix-huit ans de sa carrière (de 1971 à 1989) que Gabriel de Broglie s’est particulièrement illustré. Après avoir été directeur général adjoint de l’ORTF et président du conseil de surveillance de Vidéogrammes de France (1971-1974), il devient Directeur général de Radio France (1975-1979) et président de l’Université radiophonique et télévisuelle internationale (URTI) (1976-1987). Il est ensuite président de l’Institut national de l’audiovisuel (INA), (1979-1981) puis membre de la Haute Autorité de l’audiovisuel, nommé par le Président du Sénat, Alain Poher (1982-1986). En 1986, il est nommé membre de la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL). Élu président de cet organisme, il le dirige jusqu’en 1989. Mais on ne peut faire honneur à sa mémoire, sans évoquer sa préoccupation de la langue française et son intérêt constant pour les questions de francophonie. Il a occupé diverses fonctions dans des organismes défendant la francophonie, et promouvait le français, comme langue de grande culture, affirmant combien il était regrettable que des chercheurs de haut niveau utilisent l’anglais dans leurs ouvrages de vulgarisation ou leurs cours. Dans le même temps, il se positionnait comme un partisan du multilinguisme, plaidant pour l’apprentissage d’une langue étrangère dès l’école primaire et déplorant la déloyale concurrence anglaise qui ne fait apprendre que l’anglais à l’école. Pour saisir le lien quasi physique qu’il éprouvait vis-à-vis de la langue française, écoutons-le. Je le cite : « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours ressenti le français comme une fibre de mon être. L’amusement de mes jeux d’enfant, l’impression de mes premières lectures, la force de mes premiers sentiments n’ont jamais été séparés de la découverte des mots et des phrases qui les traduisaient. Langue maternelle, mais davantage langue d’enfance, langue d’adolescence, langue de maturité. (…) Fibre de mon être, perception de mes sens, paysage de mon activité : j’ai vécu du français comme on respire le bon air. » Comme historien, il publie des biographies, notamment de Guizot et des études sur la monarchie de Juillet et l’Orléanisme, courant de pensée libéral et conservateur dans lequel s’inscrit sa tradition familiale. Gabriel de Broglie a publié notamment L’Orléanisme ou la Ressource libérale de la France, une biographie de Madame de Genlis (1985) grand prix Gobert de l’Académie française ; et en 1990 une biographie de Guizot qui obtint le prix des ambassadeurs. Gabriel de Broglie était membre de différentes académies de pays étrangers. Il était Grand officier de la Légion d’honneur.
Communication de Christian Grataloup, professeur émérite de géographie à l’Université Paris Diderot
Thème de la communication : « La géohistoire. Vertus du mariage de la géographie et de l’histoire »
Synthèse de la séance
Christian Grataloup ouvre son discours par un questionnement : pourquoi particulièrement aujourd’hui, l’écriture de l’histoire des humains est-elle indissociablement une géographie ? Il rappelle qu’il existe un trait d’union historique entre ces deux disciplines, incarné par le concept de « géohistoire », popularisé par Fernand Braudel. En France, une particularité notable réside dans l’enseignement conjoint de l’histoire et de la géographie, perçues comme une seule discipline, l’histoire représentant le passé, tandis que la géographie incarne le présent. Chez nos voisins, ces matières ne sont pas associées. Ce « mariage » reflète une dimension identitaire forte : la nation française s’est construite par le territoire, contrairement à l’Allemagne, qui s’est construite par le peuple.
L’histoire des humains est nécessairement géographique. Cette affirmation s’impose de manière croissante, notamment avec l’essor de la cartographie historique. Pour comprendre cette dynamique, il faut partir d’un constat élémentaire : il existe une seule humanité, celle des sapiens, mais cette humanité est fractionnée en une multitude de sociétés très diverses, cette idée pouvant se résumer par la formule « un singulier-pluriel ». C’est également ce que l’on peut appeler « la contradiction de Babel » : les humains sont dotés à la fois d’une grande mobilité et attachés à la proximité. Notre mobilité, héritée des premiers sapiens, nous a permis de nous adapter à différents milieux. L’invention d’outils comme l’aiguille à chas en os, permettant de confectionner des vêtements adaptés aux milieux non tempérés, illustre la capacité des humains à « créer leur propre environnement ». Cette aptitude a favorisé la dispersion des sapiens, d’abord en Europe, en Afrique, en Asie et en Australie, puis en Amérique et enfin dans le Pacifique. Ainsi, tous les milieux terrestres, même extrêmes, sont désormais habités par l’humanité. Néanmoins, cette mobilité contraste avec une autre nécessité fondamentale : celle d’avoir des proches. L’évolution biologique des humains a rendu les accouchements plus complexes, et les nouveau-nés, que l’on peut nommer « grands prématurés », dépendent des adultes. Cette exigence impose un besoin constant de regroupement. La dualité entre diffusion et proximité a également conduit à une multiplicité de langues, atteignant son apogée au XVe siècle avec un fractionnement linguistique maximal.
Une société ne peut être comprise qu’en relation avec son voisinage. La diffusion humaine a donné lieu à des sociétés ayant un nombre de voisins et des degrés de connexion variés. Depuis les années 1980, le phénomène de mondialisation a transformé notre rapport à la géographie et à l’histoire. La modernité reposait sur une logique temporelle de succession, c’est-à-dire un chemin linéaire faisant suivre aux sociétés un processus de développement conçu comme identique. Cette conception a laissé place à une conscience mondiale que le développement des sociétés ne se fait plus de manière isolée ou selon un modèle unique, mais en interaction avec d’autres sociétés. Cela a permis de dépasser les anciens modèles évolutionnistes, tels ceux de Rostow qui défend le « take-off économique » des sociétés ou bien la conception marxiste de successions des modes de production. Ces modèles, élaborés dans un contexte européen spécifique, ne peuvent prétendre à une universalité et ne se reproduisent pas de manière identique dans toutes les régions du monde. Dès lors, il devient nécessaire de concevoir les sociétés géographiquement plutôt que temporellement.
Dans cette vision géohistorique, l’espace est souvent pensé comme du temps. Ainsi, l’Europe était vue comme le centre du monde moderne et progressif. Sur certaines cartes, plus on s’éloignait de l’Europe, plus les autres régions étaient perçues comme moins évoluées et appartenant au passé. Certaines cartes ont remis en question ce modèle eurocentré, notamment la « carte inversée » de Stuart MacArthur, qui présente un planisphère avec l’Océanie au centre et le Sud en haut. La géohistoire permet par exemple de comprendre l’Antiquité comme une région géographique spécifique, centrée sur la Méditerranée, et non simplement comme une période. La géohistoire, en associant « période » et « région », permet ainsi de mieux comprendre comment les dynamiques spatiales et temporelles se sont entrelacées pour façonner les événements du passé.
Depuis des millénaires, les sociétés de l’Ancien Monde ont été interconnectées : les routes, la recherche des métaux précieux, ou encore l’expansion mongole démontrent une histoire commune. Au XVe siècle, la première mondialisation s’accélère du fait des grandes explorations maritimes, motivées par la recherche de routes commerciales et de produits tropicaux tels que le sucre, le thé, le café et le chocolat. Ces produits, impossibles à produire en Europe, ont poussé les Européens à exploiter d’autres territoires, notamment dans le cadre de ce que l’on peut appeler le « deuxième voyage », résultant de la volonté de retourner sur ces terres découvertes pour y exploiter leurs ressources. Ce tissage du monde ne peut se comprendre sans la prise en compte des facteurs naturels, tels que les courants marins et les cyclones.
En conclusion, Christian Grataloup revient sur deux tensions géo-historiques actuelles. Les inégalités tropicales : les produits tropicaux consommés majoritairement dans les pays du Nord sont encore aujourd’hui produits dans des régions chaudes, souvent pauvres. Les cartes permettent d’observer une forte coïncidence entre les régions tropicales et les territoires économiquement en difficulté. D’autre part, on constate dans un monde de plus en plus connecté le développement des frontières et de la fragmentation spatiale. La révolution industrielle a réduit les distances et multiplié les interactions, mais a également créé un monde de plus en plus fragmenté, avec davantage de frontières. La construction des territoires par les sociétés entre en contradiction avec la nécessité d’interagir avec l’autre. Monsieur Grataloup conclut en citant cette formule de Jacques Lévy : « Le monde n’a pas d’ennemi, il a des problèmes ».
À l’issue de sa communication Christian Grataloup a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées L. Bély, P.A. Chiappori, J. Tulard, G. Guillaume, J.C. Trichet, J.D. Levitte, C. Tiercelin, B. Cotte, H. Korsia, C. Delsol, G. de Menil.
Verbatim du communicant
Téléchargez le verbatim de Christian Grataloup (bientôt disponible)
Lundi 13 janvier matin, les membres de l’Académie étaient conviés à l’invitation de Jean-Robert Pitte, Président de l’Académie et Président de la Société de Géographie, à découvrir les collections de la Société de Géographie, conservées en dépôt au Département des Cartes et Plans de la Bibliothèque nationale de France. Ces collections, constituées de nombreuses cartes (portulans, cartes de Cassini…) mais aussi de plans, de photographies d’expéditions, de carnets de voyage ou encore de globes, ont été confiées en 1942 à la BnF par la Société de Géographie. Une grande partie du fonds provient de la bibliothèque de Roland Bonaparte, président de la Société de Géographie de 1910 à sa mort en 1924, également membre de l’académie des Sciences. Sa fille Marie Bonaparte légua la partie géographique de sa bibliothèque à la Société de Géographie.
Les académiciens ont tout d’abord été reçus par Gilles Pécout, président de la BnF, et ont pu visiter notamment « la salle Ovale », salle emblématique du site Richelieu de la BnF, anciennement dévolue aux périodiques et devenue, depuis les travaux de restauration, une salle de lecture ouverte au grand public, et notamment aux jeunes avec une collection de bandes dessinées en accès libre. Puis Eve Netchine, conservatrice et directrice du département des Cartes et Plans, et Olivier Loiseaux, conservateur au département des Cartes et Plans, ont présenté aux académiciens quelques-uns des trésors des collections de la Société de Géographie, notamment un portulan du XVIème siècle, un « fac-similé original » du premier globe réalisé en 1492 ou encore le carnet de voyage dans le Sahara de Charles de Foucauld.
Dans le cadre du dispositif « Graine d’orateur » soutenu par la Fondation pour l’Ecriture que nous abritons, l’académicien et professeur émérite de littérature comparée Pierre Brunel a accueilli, ce samedi 11 janvier, une trentaine de jeunes venus de toute la France, métropolitaine et d’outre-mer. Ils se sont exercés à la déclamation sous la coupole après avoir été sélectionnés pour leur talent oratoire. Cet entraînement était suivi du tournage de l’émission « J’aime à dire » qui sera diffusée dans les prochaines semaines sur la chaîne de télévision France 4.
Les participants étaient notamment accompagnés de Charles Autheman, fondateur de la Fondation pour l’Ecriture, de Nilou Soyeux, déléguée Générale de la Fondation Engagement Medias pour les Jeunes de France Télévisions et de Sarah Nicole, présidente de Graine d’orateur 93.
Communication de Sylvie Brunel, professeur émérite de géographie à Sorbonne-Université
Thème de la communication : « La Terre des hommes est belle. Une géographie amoureuse »
Synthèse de la séance
Introduction
Le président Bruno Cotte ouvre la séance et cède la présidence de l’Académie pour l’année 2025 à Jean-Robert Pitte. La vice-présidence est assurée par Jean-David Levitte. Le Secrétaire perpétuel, Bernard Stirn, reste membre du bureau.
Jean-Robert Pitte ouvre le cycle de l’année, consacré à la géographie, intitulé : « La Terre des hommes. Diverses facettes de la géographie ».
Après Émile Levasseur en 1880, Paul Vidal de La Blache en 1918, et Maurice Le Lannou il y a 37 ans, en 1988, Jean-Robert Pitte devient le quatrième géographe à présider l’Académie. Il rappelle que pour que le monde nous soit intelligible, et donc rassurant et plaisant à vivre, nous avons besoin de culture géographique. L’objet de la géographie est d’étudier la relation qui existe entre l’humanité et son environnement plus ou moins mondialisé, de comprendre pourquoi les choses sont ici plutôt qu’ailleurs, comment elles se répartissent dans l’espace. Si le blanc des cartes est désormais comblé, il demeure une infinité de curiosités géographiques à étudier et la nécessité de comprendre comment les sociétés, actuelles et passées, se sont appropriées l’espace et l’ont façonné afin que notre planète soit toujours la « Terre des hommes » selon la belle formule d’Antoine de Saint-Exupéry.
Communication
Sylvie Brunel rappelle que nous vivons aujourd’hui dans un monde marqué par des risques multiples – alimentaires, géopolitiques, énergétiques et migratoires – et pointe la montée des antagonismes exacerbés qui fragmentent les sociétés et rendent plus difficile la coexistence pacifique. Combattant les discours fatalistes, elle s’oppose fermement à la collapsologie, qu’elle considère comme un frein à l’enthousiasme et à l’action des jeunes générations, dont le dynamisme est indispensable à la construction de l’avenir. Sylvie Brunel souligne que produire des richesses est une condition sine qua non pour mettre en œuvre des politiques sociales et environnementales. Elle rappelle que sans un niveau de vie suffisant, notamment incarné par une classe moyenne solide, il est impossible de mener simultanément des actions en faveur du social et de l’écologie. Sylvie Brunel prend la Camargue comme exemple symbolique d’une biodiversité, où l’intervention humaine joue un rôle crucial. Ce territoire deltaïque de 75 000 hectares, divisé en trois pôles (lacustre, saline et marais), fait face à des défis environnementaux majeurs tels que la submersion marine, la remontée du sel et la vulnérabilité au changement climatique. La salinité et l’altitude déterminent les usages du territoire, avec une Camargue lacustre au nord, propice à l’agriculture, et une Camargue saline au sud, dominée par l’exploitation du sel. Elle souligne la richesse symbolique de la région à travers le flamant rose, le taureau noir et le cheval blanc, des éléments souvent perçus comme naturels mais qui sont en réalité le fruit d’interventions humaines, remontant à l’époque de Napoléon III, qui avait entrepris des travaux pour lutter contre les inondations du Rhône. Elle souligne que la Camargue a été façonnée par des travaux d’aménagement et des visions culturelles, et revient sur des figures historiques comme le marquis de Baroncelli, qui a contribué à l’identité culturelle de la région. Elle évoque également comment cette image est perpétuée à travers des rituels, des symboles et des productions artistiques, comme le film « Crin-Blanc », qui a donné une visibilité internationale au cheval de Camargue. La Camargue, malgré son attrait, est confrontée à des enjeux majeurs, notamment la montée des eaux et des épisodes climatiques violents. Les agriculteurs, en particulier les riziculteurs, jouent un rôle essentiel dans la préservation des paysages emblématiques, créant un équilibre entre les terres et les eaux, nécessaire pour maintenir la biodiversité, notamment pour le cheval blanc et le taureau noir. Elle met aussi en avant l’exploitation du sel, qui, bien maîtrisée, devient une ressource précieuse. Les salins de Camargue, abritant les plus grandes colonies de flamants roses de la Méditerranée, illustrent comment une exploitation raisonnée des ressources peut participer à la transition écologique. Pour Sylvie Brunel, il n’y a pas de fatalité à l’effondrement des territoires. Tout dépend des priorités, des choix politiques et des moyens déployés. La géographie enseigne que les paysages évoluent constamment et que tenter de les figer conduit souvent à leur disparition. Cette préservation nécessite toutefois l’implication active des acteurs locaux.
Sylvie Brunel aborde dans un deuxième temps les enjeux complexes de la sécurité alimentaire mondiale et de la souveraineté alimentaire, soulignant l’importance des campagnes agricoles pour résoudre la faim dans le monde. Fortement influencée par son expérience humanitaire, elle a été confrontée aux crises alimentaires dans les régions en guerre ou frappées par des catastrophes. L’agriculture est un levier stratégique qui, en plus de nourrir une population croissante, peut contribuer à la lutte contre le changement climatique. Elle met l’accent sur l’importance de préserver la biodiversité et de développer des pratiques agricoles durables permettant de nourrir les générations futures tout en protégeant les ressources naturelles. En ce qui concerne la souveraineté alimentaire, elle prend l’exemple de la Chine, où l’indépendance alimentaire est une priorité nationale. Elle explique comment la Chine a misé sur l’autosuffisance alimentaire, en investissant massivement dans le secteur agricole, notamment par l’extension des surfaces cultivées et l’adoption de techniques modernes. Cela illustre la manière dont les grands pays cherchent à sécuriser leur approvisionnement alimentaire face aux fluctuations mondiales des prix et à assurer la sécurité alimentaire de leurs citoyens. Sylvie Brunel aborde les tensions agricoles en Europe, notamment en France, alimentées par la concurrence internationale, les exigences environnementales strictes et les politiques agricoles européennes qui ne répondent pas aux besoins des petits exploitants. Elles révèlent la fragilité du modèle agricole européen face aux défis mondiaux. Elle analyse aussi les statistiques mondiales sur la faim et la sécurité alimentaire, soulignant qu’en dépit d’une production céréalière mondiale de 2,8 milliards de tonnes pour 8 milliards de personnes, une personne sur dix souffre de la faim, surtout dans les pays du Sud. Elle met en évidence les inégalités d’accès à la nourriture et la pression accrue liée à la croissance démographique prévue pour 2050. S. Brunel aborde également la concentration de la production alimentaire mondiale, où dix grands exportateurs dominent le marché, tandis que de nombreux pays, notamment en Afrique, dépendent des importations. Elle cite l’exemple de la Russie, devenue un leader mondial du blé après l’annexion de la Crimée, pour illustrer l’impact des tensions géopolitiques sur la sécurité alimentaire. Sylvie Brunel propose des solutions pour améliorer la durabilité de la production alimentaire, notamment par les innovations génétiques et des techniques agricoles adaptées aux réalités locales. Elle met en avant le maïs, un aliment de base pour des millions de personnes, soulignant ses avantages écologiques : faible consommation d’eau comparée au riz ou au soja, et capacité à être cultivé dans des zones arides grâce à des techniques d’irrigation optimisées. Elle cite la Chine comme un exemple de pays ayant développé une expertise avancée dans la production de semences. En France, elle aborde les défis de compétitivité, notamment la réduction de la part de marché des exploitations agricoles françaises, exacerbée par la concurrence croissante après l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Elle insiste sur la nécessité de renforcer la position de la France comme acteur majeur dans l’agriculture mondiale et souligne le rôle stratégique des semences dans la guerre alimentaire mondiale. Bien que la France fasse face à des défis importants, elle peut continuer à jouer un rôle majeur dans l’agriculture mondiale si elle défend son modèle, promeut l’innovation et protège ses intérêts dans un contexte de globalisation.
À l’issue de sa communication Sylvie Brunel a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées Y. Gaudemet, H. Gaymard, L. Bély, M. Bastid-Bruguière, B. Cotte, J. de Larosière, A. Vacheron, P.M. Menger, H. Korsia.
Le président Bruno Cotte a ouvert la séance du 16 décembre 2024 par un discours d’hommage à Yvon Gattaz, décédé le 12 décembre dernier.
Notre compagnie a aujourd’hui toute raison d’être triste car Yvon Gattaz, son doyen d’âge et d’élection, l’a quittée dans la nuit du 11 au 12 décembre 2024.
Yvon GATTAZ
Yvon Gattaz était né le 17 juin 1925 à Bourgoin dans l’Isère. Nous avions, au mois de juin dernier, fêté ses 99 ans : il y tenait … tout en ayant très envie de fêter avec nous ses 100 ans en juin prochain. Nous ne pourrons malheureusement lui rendre cet hommage !
Cette Académie comptait pour lui et il était encore présent à nos séances il y a trois semaines, tonique et joyeux, alors qu’il se déplaçait bien difficilement. Splendide exemple de courage, de constance, de fidélité à nos travaux, de disponibilité.
Il avait été élu le 29 mai 1989 et il a présidé l’Académie en 1999. Lors de la remise de son épée, Alain Peyrefitte avait déclaré : « Vous êtes le premier créateur d’entreprise industrielle à entrer sous la coupole depuis la création des académies en 1635. »
Centralien, Yvon Gattaz avait en effet créé avec son frère Lucien la société RADIALL, groupe industriel et technologique de rayonnement mondial, aux destinées de laquelle il a présidé durant des années. Il nous en a si souvent parlé et, à juste titre, il en était très fier.
Mais il ne s’est pas borné à développer son entreprise, il s’est très vite engagé dans de multiples activités car il avait le sens de l’intérêt général, un tempérament généreux, le souci de transmettre, de former, le désir, ardent, d’aider. Prendre des risques, se dépasser, avancer : c’est ce qu’il prêchait mais c’est aussi et surtout ce qu’il mettait en pratique.
Souvenons-nous qu’il présida le CNPF de 1981 à 1986, lors d’une alternance politique particulièrement complexe, qu’il fut membre du Conseil économique et social de 1979 à 1989, qu’il créa l’association « Jeunesse et Entreprise » pour favoriser la formation et l’insertion des jeunes dans la vie professionnelle, qu’il fut aussi à l’origine de « l’Association des moyennes entreprises patrimoniales » (ASMEP), afin de défendre les entreprises patrimoniales ou encore du mouvement ETHIC car la morale de l’entreprise avait pour lui du sens. On ne compte pas les mouvements, comités, associations qu’il a créés notamment pour favoriser le développement et la transmission des entreprises grandes, moyennes ou petites.
Grand-croix de la légion d’honneur, il a été légitimement reconnu car c’était un homme de bien. En dépit des honneurs, qui lui furets décernés, il n’avait toutefois pas perdu cette simplicité qui caractérise les grands hommes.
Dans Le journal d’un curé de campagne, Georges Bernanos écrivait : « Je crois, je suis sûr que beaucoup d’hommes n’engagent jamais leur être, leur sincérité profonde. Ils vivent à la surface d’eux-mêmes. » Tel n’était certes pas le cas d’Yvon Gattaz qui, mes chères consœurs, mes chers confrères, vous serez d’accord avec moi, était un « fonceur », un créateur, un bâtisseur !
Sa bienveillance qu’accentuaient son sourire, son œil brillant, son rire, sa manière de vous serrer la main : chaleureusement, pas petitement, pas de manière étriquée, mais largement, pas de manière impersonnelle, non on le sentait concerné, son interlocuteur comptait pour lui … Il va nous manquer !
Nous avons eu la chance, ici, de croiser sa route et de cheminer à ses côtés : il nous appartient de suivre son exemple.
En le saluant, nous saluons aussi sa famille et ses proches qui sont dans la peine.
Le président invite l’assistance à observer une minute de silence.
Bruno Cotte, Président de l’Académie
Réécoutez le discours d’hommage du président
Les académiciens ont observé une minute de silence en hommage à Yvon Gattaz
Serge Sur a remis, ce lundi 9 décembre, le prix Thibaudet à David Teurtrie pour son ouvrage Russie – Le retour de la puissance paru cette année aux éditions Dunod Poche, en présence des académiciens Marianne Bastid-Bruguière, Olivier Grenouilleau, Jacques de Larosière, Dominique Senequier et Georges-Henri Soutou.
Le prix est décerné annuellement à un ouvrage en langue française portant sur les relations internationales, ou à un recueil d’articles ou études en relations internationales.
Ce prix biennal créé en 1977 est décerné « à l’auteur d’un ouvrage juridique de valeur ou à l’auteur d’une action ou d’une œuvre civique méritoire ».
Le jury
Le jury est composé des membres de la section Législation, Droit public et Jurisprudence.
Les lauréats
2019 – Benjamin Lloret pour sa thèse, La protection internationale des minorités. Le regard de la doctrine française de l’entre-deux-guerres, soutenue le 18 mai 2018 à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas.
2017 – Olivier Jouanjan pour son ouvrage Justifier l’injustifiable. L’ordre du discours juridique nazi, Paris (PUF), 2017.
2015 – Athanasia Petropoulou pour son ouvrage Liberté et sécurité. Les mesures antiterroristes et la Cour européenne des Droits de l’Homme, Paris (Pedone), 2014.
2013 – Michel Troper et Dominique Chagnollaud (sous la direction de), Traité international de droit constitutionnel. Théorie de la Constitution, Paris (Dalloz), 2012, 3 tomes.
2011 – Brunessen Bertrand, pour sa thèse de doctorat Le juge de l’Union européenne, juge administratif, soutenue le 19 juin 2010 (Paris II).
2009 – prix non attribué.
2007 – François Givord, Claude Giverdon et Pierre Capoulade pour leur ouvrage La copropriété, Paris (Dalloz), 2006.
2005 – Béhibro K. Guy Claude Kouakou pour sa thèse de doctorat en droit Le contentieux de la fonction publique internationale. Contribution à l’étude du régime juridique des commissions de recours et d’appel de l’agence intergouvernementale de la francophonie, soutenue le 15 juin 2004 à l’Université René Descartes-Paris V.
2003 – Claire Bouglé – Le Roux, pour sa thèse de doctorat La cour de cassation et le code pénal de 1810. Le principe de légalité à l’épreuve de la jurisprudence (1811 – 1863), soutenue le 5 janvier 2002 à l’Université de Rennes-I
2001 – Roger -A. Lhombreaud, Mémoires et destin , fin d’une adolescence en temps de guerre, Paris (XXIe siècle – Gutenberg), 2000.
1999 – Matthieu Reeb pour l’édition du Recueil des sentences du Tribunal arbitral du sport, Berne (Stæmpfli), 1998.
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