La semaine des académiciens (22-28 juin 2026)

PUBLICATION

La Reine et le Sabre (Jean Tulard)

Jean TULARD

🔗 Jean Tulard a préfacé le dernier ouvrage de Yasmine Murat consacré à la sœur de Napoléon, Caroline Murat. Il est paru aux éditions de l’Archipel Romans le 25 juin dernier.

DANS LA PRESSE ET SUR LES ONDES

Être mortel, être pressé (Rémi Brague)

Rémi BRAGUE

🔗Rémi Brague a donné un entretien le 23 juin dernier au journal Valeurs actuelles consacré à son livre L’Homme pressé. Il s’interroge sur une expérience devenue banale : le sentiment de manquer de temps. Plutôt que d’en rechercher les seules causes sociales ou technologiques, il en propose une analyse philosophique. La question centrale n’est pas « pourquoi notre époque accélère ? », mais « pourquoi l’être humain est capable d’éprouver cette pression du temps ? ». Selon lui, cette expérience distingue profondément l’homme de l’animal. Les animaux peuvent être très rapides, mais leur vitesse répond toujours à une nécessité immédiate : fuir ou chasser. L’homme, en revanche, peut courir « contre la montre » sans menace extérieure précise. Il ressent qu’il lui reste quelque chose à accomplir avant qu’il ne soit trop tard, même lorsqu’il ne sait pas exactement quoi. Rémi Brague distingue également la « presse » de la simple précipitation. La précipitation est un défaut qui conduit à agir sans réflexion ; la presse est plus fondamentale. Elle exprime la conscience que le temps est limité et que l’existence est soumise à une forme de contrainte intérieure. Cette réflexion le conduit à relire la tradition chrétienne. Il rappelle que le Nouveau Testament évoque fréquemment une forme de pression ou de tribulation qui pèse sur l’homme. Le christianisme introduit ainsi un sentiment d’urgence : le temps est compté et l’existence doit être orientée vers ce qui a une véritable valeur. Pour le philosophe, la source ultime de cette expérience réside dans la conscience de la mort. L’homme est le seul être vivant qui sache qu’il devra mourir. Cette certitude crée une tension permanente et explique ce sentiment diffus que le temps manque toujours. Mais cette pression possède aussi une dimension positive. En nous rappelant nos limites, elle nous fait prendre conscience de notre condition réelle. Lorsque le temps ou l’espace nous manquent, nous découvrons qu’ils ne sont pas des biens que nous possédons, mais les cadres mêmes de notre existence. Rémi Brague ne voit ainsi dans l’homme pressé non pas seulement un produit de la modernité, mais une figure profondément humaine : un être conscient de sa finitude, habité par le sentiment qu’il lui faut accomplir quelque chose avant que le temps qui lui est donné ne s’achève.

L’avenir de l’Europe (Jean-Claude Trichet)

Jean-Claude TRICHET

🔗 Jean-Claude Trichet a donné une interview à la revue française Le Trombinoscope – qui coopère aussi avec le Parlement européen – sur l’avenir de l’Europe et sur les raisons pour lesquelles il fallait aller plus loin dans la construction de l’Europe politique.

🔗 L’ancien président de la Banque centrale européenne a donné une longue interview en langue allemande à la revue Focus Money dans le cadre d’un vaste tour d’horizon, allant de la grande crise de 2008 aux défis d’aujourd’hui.

Le Royaume-Uni face à une crise de transformation (Jean-Claude Casanova)

Jean-Claude CASANOVA

🔗Ce samedi 27 juin, Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani ont mis en lumière, dans l’émission Commentaire diffusée sur Radio Classique, les difficultés profondes que traverse aujourd’hui le Royaume-Uni. Avec le journaliste Marc Roche, correspondant du journal L’Opinion à Londres, ils font le constat que la démission de Keir Starmer, pourtant vainqueur des élections de 2024, symbolise une instabilité politique inédite. Fragilisé par les mauvais résultats locaux, la progression de Nigel Farage et les divisions du Parti travailliste, il a perdu la confiance de sa majorité. Ils soulignent également la dégradation de la situation économique britannique : croissance faible, déficit budgétaire élevé, endettement important et coût de la dette supérieur à celui de plusieurs pays européens. À ces difficultés s’ajoutent les conséquences durables du Brexit, désormais largement considéré comme un échec économique, même si aucun responsable politique ne souhaite rouvrir le débat sur une réadhésion à l’Union européenne. La question migratoire occupe par ailleurs une place centrale dans les tensions actuelles. Malgré une baisse récente de l’immigration sous Keir Starmer, une partie de l’opinion considère que le modèle multiculturel britannique est en crise. Cette situation alimente la montée du parti Reform UK de Nigel Farage, aujourd’hui très haut dans les sondages. L’arrivée probable d’Andy Burnham ouvre une nouvelle séquence politique. Ancien maire de Manchester, pro-européen convaincu, il souhaite développer une politique sociale plus ambitieuse. Mais sa principale difficulté sera de financer ses projets dans un contexte budgétaire très contraint. Son premier budget sera donc déterminant pour juger de sa crédibilité. Sur le plan international, le Royaume-Uni conserve une influence importante grâce à son soutien à l’Ukraine, à son rapprochement avec la France, l’Allemagne et la Pologne, ainsi qu’à ses liens étroits avec les États-Unis. Toutefois, plusieurs épisodes récents ont révélé l’affaiblissement de ses capacités militaires, notamment navales, alimentant le sentiment d’un déclin stratégique. Enfin, la monarchie elle-même apparaît moins solide qu’auparavant. La popularité de Charles III recule, tandis que le courant républicain progresse, notamment chez les jeunes générations. Les efforts de transparence engagés par le roi témoignent de la nécessité pour l’institution de se réinventer afin de conserver sa légitimité. Le Royaume-Uni est en quête d’un nouveau modèle. Entre les séquelles du Brexit, les difficultés économiques, la montée des populismes et les interrogations sur son rôle international, le pays doit redéfinir à la fois son projet national et sa place dans le monde.

À SAVOIR

50 millions d’euros pour les mathématiques : le geste inédit de Bernard Arnault à Polytechnique

Bernard ARNAULT

L’École polytechnique a annoncé la création, d’ici 2030, d’un Institut de mathématiques et des sciences fondamentales Bernard Arnault, rendu possible grâce à un don exceptionnel de 50 millions d’euros de l’académicien, ancien élève de l’école et PDG de LVMH. Ce financement, apporté par la société familiale Agache, constitue le plus important don jamais enregistré dans l’enseignement supérieur français. L’institut aura pour vocation de devenir un centre international d’excellence en mathématiques, physique et informatique. Il accueillera les laboratoires de mathématiques de Polytechnique, ainsi que des enseignants-chercheurs, doctorants, post-doctorants et chercheurs invités. Le projet vise également à favoriser les échanges interdisciplinaires et à renforcer l’attractivité scientifique du plateau de Saclay, où collaborent déjà étroitement l’Institut polytechnique de Paris et l’université Paris-Saclay. La direction de l’École présente ce nouveau bâtiment comme un lieu de rencontre et de brassage intellectuel, inspiré de grands centres de recherche internationaux tels que le Courant Institute de New York ou le Simons Institute de Berkeley. L’ambition est notamment d’accueillir des chercheurs de premier plan grâce à un système de résidences scientifiques temporaires. Au-delà du projet lui-même, l’École polytechnique voit dans cette initiative un moyen de développer la culture de la philanthropie scientifique en France, moins répandue qu’aux États-Unis. La direction espère que ce don servira d’exemple et encouragera d’autres mécènes à soutenir l’enseignement supérieur et la recherche. Un comité scientifique composé de chercheurs sera chargé de définir et de piloter le programme scientifique.

L’Europe fédérale : Un idéal au service de la prospérité (Jean-Claude Trichet)

Jean-Claude TRICHET

Jeudi 25 juin à la demande du Bureau de représentation en France du Parlement européen, Jean-Claude Trichet est intervenu à « l’Europa Expérience Paris » situé 28 place de la Madeleine. Le gouverneur honoraire de la Banque de France a pu porter deux messages de son discours de Strasbourg devant la session plénière du Parlement européen après sa remise de l’Ordre européen du Mérite : la résilience de l’Euro et de la zone Euro, et la nécessité de s’engager résolument dans la construction d’une Europe fédérale. Participaient notamment à cette manifestation : Laurence Boone, ancienne secrétaire d’État à l’Europe et Aurore Lalucq, présidente de la Commission monétaire du Parlement européen.

🔗La presse de l’université allemande d’Hildesheim a publié, entièrement en anglais, le livre de Jean-Claude Trichet « The ECB during the Eurocrisis and its future role in global disruption ». L’ouvrage est largement concentré sur une réflexion autour de la période de la très grande crise de 2007-2008. L’université a tenu à imprimer en annexe des lectures universitaires portant sur la crise, en particulier : la « Clare lecture » sur le risque systémique au Clare College de l’Université de Cambridge en 2009 et la « Stavros Niarkos lecture : Lessons from the crisis » au Peterson Institute de Washington en 2012. De même, on trouve dans ce livre la « Per Jacobsson Lecture : Central Banking in the crisis: conceptual convergence » à Washington en 2013. Enfin, la fin de l’ouvrage est consacrée à une leçon récente « Inflation: the new challenges for monetary policy » donnée aux étudiants européens dans le cadre de l’Erasmus Mundus Joint Master à l’Université Paris Cité en janvier 2026.

Intervention de Jacques de Larosière

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a prononcé une allocution sur la sortie de crise financière de la France le mardi 23 juin 2026 sous l’égide de parlementaires qui s’intéressent particulièrement à ces questions. Cette réunion a rassemblé plusieurs centaines de participants. L’intervention de l’académicien a été suivie par celle d’Agnès Verdier Molinier.

Le Club de Paris, un modèle de gestion des crises de la dette (Jacques de Larosière)

Le gouverneur honoraire de la Banque de France a été invité par le ministre des Finances à intervenir à un Forum international pour commémorer les 70 ans du Club de Paris, initiative de la direction du Trésor Français qu’il a présidée lorsqu’il y travaillait. Il y a souligné le rôle majeur de cette institution dans le traitement des crises de dette souveraine. Selon lui, son succès tient à trois caractéristiques : une origine pragmatique née des besoins réels des États, une méthode fondée sur la négociation plutôt que sur la contrainte, et une vocation résolument internationale. Le Club de Paris s’est ainsi imposé comme un instrument essentiel du multilatéralisme financier. L’ancien directeur du Trésor rappelle qu’une crise de la dette ne peut être résolue que par un accord entre créanciers et débiteurs. Les premiers ont intérêt à récupérer une partie de leurs créances ; les seconds doivent restaurer leur crédibilité financière. La réussite repose donc sur la transparence, la bonne foi, le réalisme économique et la recherche de solutions négociées. À ses yeux, la flexibilité et l’esprit de coopération sont plus importants que l’application mécanique de règles rigides. Il estime que l’évolution récente du système financier mondial, notamment avec la montée en puissance de la Chine, impose une adaptation des mécanismes existants. Les initiatives du G20 vont dans la bonne direction, mais elles ne doivent pas remettre en cause les principes qui ont fait le succès du Club de Paris : approche multilatérale, égalité de traitement et souplesse dans les négociations. Pour illustrer cette philosophie, Jacques de Larosière revient sur la crise mexicaine de 1982. Lorsque le Mexique se trouva incapable d’honorer sa dette extérieure, le risque d’une crise bancaire mondiale était réel en raison de l’exposition des grandes banques internationales. Avec Paul Volcker, alors président de la Réserve fédérale américaine, il contribua à mettre en place une solution négociée : report concerté des échéances, intervention du FMI et mobilisation des créanciers privés. Cette « stratégie collaborative » permit d’éviter un défaut désordonné et de préserver la stabilité du système financier international. Enfin, le gouverneur honoraire de la Banque de France conteste l’idée selon laquelle les années 1980 auraient constitué une « décennie perdue » pour l’Amérique latine. Selon lui, les réformes engagées au Mexique après la crise ont permis un assainissement durable des finances publiques et renforcé la stabilité du pays. Les restructurations de dette, puis le plan Brady, ont contribué à rétablir progressivement une situation financière saine. Il voit dans l’expérience du Club de Paris la démonstration qu’une crise de dette se résout avant tout par le dialogue, la responsabilité et la coopération entre les parties prenantes. Ces principes demeurent, selon lui, indispensables au bon fonctionnement du système financier international.

L’ancrage de change et la crédibilité : les enjeux de la stabilité monétaire du Liban (Jacques de Larosière)

Jacques de Larosière a continué à participer, à la demande du Gouvernement libanais, à une négociation avec les autorités libanaises destinée à les conseiller sur le choix de leur politique monétaire. Dans son intervention, il a partagé son analyse du rôle des currency boards (caisses d’émission) dans les programmes d’ajustement économique, ainsi que leur pertinence dans un contexte de crise comme celui du Liban. Dans les pays marqués par des années de mauvaise gestion, toute nouvelle équipe gouvernementale souffre d’un déficit de crédibilité, même si elle est compétente. Dans ce contexte, l’adhésion à des règles strictes et contraignantes, comme celles imposées par un currency board (ancrage d’une monnaie sur une autre) peut apparaître comme un moyen de restaurer la confiance. Il souligne à cet égard que le courage politique consiste précisément à accepter de renoncer à une part de ses prérogatives pour rétablir la crédibilité. Il recommande d’assurer la stabilité monétaire au Liban en réancrant le taux de change, tout en traitant les déséquilibres structurels (finances publiques, secteur énergétique, administration, etc.). Enfin, l’objectif ultime ne doit pas être de protéger ou de fermer l’économie, mais au contraire de la rouvrir et de restaurer la confiance internationale. Une stabilité monétaire combinée à des réformes structurelles soutenues par le FMI, doit permettre d’attirer de nouveaux capitaux, de renforcer le système bancaire et d’assurer une amélioration durable des réserves.

Comprendre le passé pour penser la nation

Emmanuel de WARESQUIEL

🔗Le cercle Saint-Honoré vient de publier la vidéo de l’intervention d’Emmanuel de Waresquiel du 5 décembre dernier autour de ses deux derniers ouvrages : Il nous fallait des mythes et Rien ne passe, tout s’oublie. L’académicien propose une réflexion sur les liens entre histoire, mémoire et identité nationale. Pour lui, les sociétés ont besoin de mythes fondateurs, mais ceux-ci ne doivent pas être confondus avec la vérité historique. Le rôle de l’historien n’est pas de les détruire ni de les célébrer, mais d’expliquer leur naissance, leur évolution et leur fonction dans la construction des imaginaires collectifs. Son analyse porte principalement sur la Révolution française. Il montre que des événements comme le Serment du Jeu de paume, la prise de la Bastille ou la Fête de la Fédération ont été progressivement transformés en récits fondateurs destinés à légitimer la République. L’historien cherche donc à retrouver les faits tels qu’ils furent vécus par leurs contemporains, avant leur réinterprétation par la mémoire nationale. Emmanuel de Waresquiel insiste sur la méthode historique. Toute source doit être interrogée : qui l’a produite, dans quel contexte, pour quel public et avec quelle intention ? Il souligne également qu’aucun historien n’échappe totalement à son époque, mais que l’honnêteté intellectuelle consiste précisément à limiter ses propres biais et à respecter les faits. Plus qu’une vérité absolue, il recherche une « justesse » permettant de comprendre les mentalités et les sensibilités d’un temps révolu. Une part importante de l’entretien est consacrée aux rapports entre la Révolution et le religieux. Selon lui, la Révolution n’a pas simplement détruit le sacré monarchique ; elle a tenté de le transférer vers la nation souveraine. Le Serment du Jeu de paume, les fêtes civiques ou encore le culte de l’Être suprême témoignent de cette volonté de créer une nouvelle forme de sacralité politique. Cette ambiguïté expliquerait en partie certains débats contemporains autour de la laïcité. Évoquant Marie-Antoinette, il rappelle qu’elle demeure une figure profondément clivante : condamnée par une partie de la mémoire républicaine, exaltée par la mémoire royaliste. Son procès lui apparaît avant tout comme le symbole tragique de l’affrontement entre deux mondes, celui de l’Ancien Régime et celui de la Révolution. Enfin, dans un registre plus personnel, il défend la lecture, la lenteur et le goût des archives à l’heure des réseaux sociaux et des algorithmes. Il invite les jeunes générations à cultiver la curiosité, à prendre le temps de lire et à résister à l’immédiateté du numérique. Pour lui, comprendre le passé exige patience, humilité et liberté d’esprit. L’entretien dessine ainsi le portrait d’un historien qui considère que les mythes sont indissociables de la vie des peuples, mais dont la mission consiste à éclairer leur fabrication afin de mieux comprendre la manière dont une nation construit son propre récit.

Actualité de Rémi Brague et de Françoise Mélonio

Rémi BRAGUE

Rémi Brague et Françoise Mélonio sont intervenus, ce jeudi 25 juin, à la conférence de l’Academia Tocqueville sur le thème «  The secondarity of the West ».

Actualité d’Emmanuel Maury

Le correspondant de l’Acaémie Emmanuel Maury est intervenu, ce vendredi 26 juin, lors d’une séance spéciale de l’Académie des sciences d’outre-mer consacrée au sujet « Vers le Sommet de Phnom Penh : quelles perspectives pour la Francophonie ? », en présence de l’ambassadeur du Cambodge et de diverses personnalités.

La semaine des académiciens (15-21 juin 2026)

PUBLICATIONS

La BCE durant la crise de la zone euro et son rôle futur face aux bouleversements mondiaux (Jean-Claude Trichet)

Jean-Claude TRICHET

🔗 Jean-Claude Trichet vient de publier l’ouvrage « The ECB during the Euro Crisis and its Future Role in Global Disruption » (215p). Il est paru aux éditions allemandes des Presses universitaires de Hildesheim.

« Le droit international et les Génies invisibles de la Cité » (Serge Sur)

Serge SUR

🔗 Serge Sur a publié, dans l’Année des relations internationales (juin 2026), un article intitulé « Le droit international et les génies invisibles de la Cité ». Deux courants dominants caractérisent la perception du droit international, l’idéalisme militant et le cynisme négateur. Les deux méconnaissent sa nature d’un côté, son emprise sur les relations internationales de l’autre. Il ne se confond pas avec un multilatéralisme bienveillant, il repose sur la souveraineté des Etats et sur leurs actes unilatéraux. Leurs politiques extérieures reposent sur deux types de règles. Des règles juridiques, qui sont visibles, rationnelles et volontaires. Des règles invisibles, qui se ramènent à la puissance relative des Etats, à leur capacité, de faire, de faire faire ou de refuser de faire. Là où le droit international peut projeter de grands desseins, comme la Charte de l’ONU, le marché de la puissance est une grande querelle où les Etats sont en compétition permanente et mobile. Ces règles invisibles, règles du jeu, sont les Génies invisibles de la Cité. Les grandes querelles conduisent à des destructions créatrices du droit, appelé à se transformer en fonction des évolutions de la puissance, qui cherche à le façonner selon ses intérêts. La crise du multilatéralisme et l’expansion de l’unilatéralisme en sont la forme contemporaine. Parmi les ressorts de l’action internationale des Etats, on peut modéliser quelques libidos : ainsi la libido protectandi, la libido dominandi, la libido possidendi, la libido transformandi, la libido sciendi, plutôt propres aux régimes autoritaires, le poids des bureaucraties et des lobbies qui caractérise davantage les démocraties pluralistes.  

DANS LA PRESSE ET SUR LES ONDES

« Sous la Coupole, les Lumières ne cessent de rayonner » (Xavier Darcos)

Xavier DARCOS

🔗Face à une défiance croissante envers les savoirs, les scientifiques, les médias et les institutions, le chancelier Xavier Darcos et les lauréats des Grands Prix 2026 de l’Institut alertent, dans une tribune parue dans Le Point le 17 juin, sur une transformation du doute, désormais utilisé non plus pour construire la connaissance mais pour la contester, dans un contexte où la désinformation progresse rapidement et où les moyens consacrés à la recherche, à la culture et à la solidarité diminuent. Ils rappellent le rôle essentiel de repère de l’Institut de France, fondé sur le mérite, la rigueur et la recherche de la preuve, capable de maintenir une exigence de vérité et de soutenir concrètement le progrès grâce à ses fondations et à l’attribution de Grands Prix qui récompensent des initiatives scientifiques, culturelles et sociales en France et à l’international. Ces actions illustrent un progrès sans frontières, au service du bien commun, qu’il s’agisse d’innovation écologique, d’intelligence artificielle responsable ou d’avancées médicales. La tribune réaffirme l’effet concret du progrès sur la vie des individus et rappelle que le soutien au rayonnement des savoirs ne constitue non pas un luxe, mais une nécessité démocratique, appelant à préserver et faire vivre l’héritage des Lumières.

« Sur la maladie du droit » (Yves Gaudemet)

Yves GAUDEMET

🔗Dans un article publié dans la revue Commentaire (numéro 194) le 11 juin dernier, Yves Gaudemet analyse les transformations contemporaines du droit français et leurs conséquences sur l’économie et la démocratie. Il rappelle d’abord que le droit doit offrir un cadre stable, clair et accessible afin de soutenir l’activité économique, rôle qu’il a longtemps rempli grâce à une tradition de codification et de rigueur héritée notamment de l’époque napoléonienne et des grandes lois républicaines. Cependant, ce modèle s’est progressivement dégradé : le droit est devenu plus complexe, éclaté et difficile à comprendre, en raison de la multiplication des sources, de l’influence croissante du droit européen et international, et de l’appauvrissement du langage juridique. Parallèlement, s’est développée la régulation, forme plus souple de gouvernance économique reposant sur des outils peu contraignants (recommandations, codes de conduite) et sur des autorités indépendantes, mais qui contribue à une inflation normative et à une insécurité juridique croissante. Cette complexité rend le droit moins lisible pour les acteurs économiques, favorise des interprétations incertaines et fragilise la confiance dans les institutions. En outre, le transfert de compétences vers l’Union européenne et l’adoption d’un vocabulaire souvent anglicisé accentuent la perte de cohérence du système juridique français. Enfin, la montée du « droit souple » pose un problème démocratique en affaiblissant le rôle du législateur et la souveraineté populaire. Le droit aujourd’hui n’est en effet plus produit uniquement par des juristes comme c’était le cas ces trente dernières années mais par des bureaux et davantage dans le langage d’une communication tributaire de l’immédiat et d’ordre compassionnel que dans le langage du commandement ou de l’organisation qui est naturellement celui du droit. Le texte conclut sur la nécessité de réformer le système en simplifiant les normes, en clarifiant le langage juridique, en réduisant le nombre d’acteurs et en recentrant l’État sur ses missions fondamentales, afin de restaurer la cohérence, l’efficacité et la légitimité du droit au service de l’économie et de la démocratie.

« La dispersion des candidatures à la présidentielle nous précipite vers un second tour RN-LFI » (Pierre Mazeaud)

Pierre MAZEAUD

🔗Pierre Mazeaud, ancien président du Conseil constitutionnel, figure du gaullisme et de la droite chiraquienne, livre un regard sévère mais nuancé sur la situation politique française. Il critique fortement la dissolution de 2024 et la personnalisation croissante du pouvoir présidentiel depuis Nicolas Sarkozy. Selon lui, le président doit rester dans son rôle, notamment sur les affaires internationales, tandis que la politique intérieure relève d’abord du gouvernement. Pierre Mazeaud déplore aussi l’état de l’Assemblée nationale, qu’il juge marquée par la disparition du respect et la montée de la haine. Il dénonce l’incapacité des députés à construire des compromis. Concernant la succession d’Emmanuel Macron, il estime que la dispersion des candidatures à droite et au centre pourrait conduire à un second tour opposant le RN à LFI, scénario qu’il redoute. L’entretien aborde également son rapport à l’alpinisme. Premier Français à avoir gravi l’Everest en 1978, Mazeaud regrette la marchandisation actuelle de la montagne. Il s’inquiète surtout de la concentration massive des alpinistes sur l’Everest, qu’il considère dangereuse. Enfin, revenant sur la tragédie du pilier du Frêney et sur ses nombreux amis morts en montagne, il évoque son plus grand souvenir qui reste l’ascension de la pointe Walker avec Roberto Sorgato, vécue comme un moment d’exception.

Pierre Mazeaud dénonce le projet de loi constitutionnelle qui doterait la Corse d’un pouvoir législatif et réglementaire spécifique

Pierre MAZEAUD

🔗Dans une tribune publiée ce dimanche 21 juin, à l’initiative notamment de Pierre Mazeaud, Elisabeth Badinter, Jacques Toubon dans La Tribune du dimanche, les auteurs alertent sur un projet de révision constitutionnelle concernant la Corse, qui reconnaîtrait une « communauté insulaire, historique, linguistique et culturelle » dotée de droits spécifiques, notamment un pouvoir de faire la loi. Ils y voient une introduction du communautarisme contraire aux principes républicains, en ce qu’elle repose sur l’attribution de droits collectifs selon l’origine ou la culture, ce qui remettrait en cause l’égalité entre citoyens et pourrait ouvrir la voie à des discriminations. Il souligne que cette logique créerait un précédent susceptible d’être étendu à d’autres groupes, fragilisant ainsi l’unité du peuple français. La tribune insiste aussi sur les critiques émises par le Conseil d’État et des constitutionnalistes, restées sans réponse, et dénonce l’argument du gouvernement minimisant la portée juridique du texte ou renvoyant à une future loi pour en limiter les effets. Enfin, elle met en cause les motivations politiques de certains responsables et appelle les députés à mesurer la portée de leur vote au regard des fondements de la République et de leur responsabilité historique. La tribune est notamment co-signée par les élus socialistes Mickaël Delafosse, Jérôme Guedj et Philippe Brun ainsi que par le député Renaissance François Cormier-Bouligeon.

Vladimir Poutine et la nature du régime russe, avec Pierre Lévy, ancien ambassadeur à Moscou (Jean-Claude Casanova)

Jean-Claude CASANOVA

🔗Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani ont consacré l’émission Commentaire de ce samedi 20 juin au régime russe en s’appuyant sur l’analyse de l’ambassadeur Pierre Lévy (invité le 13 avril dernier devant l’Académie). Ils ont analysé à la fois l’évolution de la guerre en Ukraine, la nature du régime de Vladimir Poutine et ses implications géopolitiques. Les intervenants partent d’un constat : les récentes frappes ukrainiennes sur le territoire russe, notamment près de Moscou, marquent un tournant symbolique, en révélant à la population russe une guerre que le pouvoir cherchait jusque-là à invisibiliser. Cette évolution fragilise la narration officielle d’une « opération spéciale » maîtrisée et met en évidence les limites militaires et politiques du régime, même si toute conclusion sur un affaiblissement décisif de la Russie doit être nuancée. Si la Russie actuelle partage certains traits avec les régimes autocratiques du XXe siècle (contrôle de l’information, monopole de la force, propagande), elle s’en distingue par l’absence d’un véritable parti de masse structurant et par une idéologie plus diffuse. Le régime apparaît ainsi comme une autocratie hybridée, reposant sur une « façade démocratique » (élections, institutions formelles) mais dont le fonctionnement réel repose sur la concentration du pouvoir, la manipulation du processus électoral et un usage sélectif de la répression. L’idéologie elle-même est débattue : elle peut être vue soit comme un simple instrument de légitimation du pouvoir et de captation des richesses, soit comme une vision cohérente du monde (nationaliste, anti-occidentale), soit comme un récit stratégique souple, combinant histoire, identité et opportunisme politique. Un point central du débat porte sur la logique profonde du pouvoir poutinien, structurée par une double dynamique : un sentiment d’insécurité historique vis-à-vis de l’Occident et une volonté de restauration de la puissance russe. Cette logique explique l’évolution de Poutine en trois phases : une première période d’ouverture relative et d’intégration à la mondialisation (années 2000), suivie d’un durcissement progressif face aux frustrations géopolitiques et aux crises internes (années 2010), puis une troisième phase marquée par la guerre, où le nationalisme et la confrontation deviennent centraux. La guerre d’Ukraine s’inscrit ainsi dans une stratégie de long terme visant à redéfinir la place de la Russie dans l’ordre international, notamment contre l’hégémonie américaine. Cependant, cette stratégie repose aussi sur un paradoxe : le régime cherche moins à mobiliser activement la population qu’à maintenir une forme d’apathie politique fondée sur un contrat implicite (stabilité et relative prospérité contre retrait de la vie publique). Or la guerre tend à fragiliser cet équilibre : les sanctions économiques, les coûts humains et l’irruption du conflit dans le quotidien provoquent une lassitude croissante, même si elle reste difficile à mesurer dans un contexte autoritaire. Sur le plan international, les intervenants soulignent que la Russie poursuit un projet de désoccidentalisation du monde, s’appuyant sur un discours anti-américain constant et sur la volonté de recomposer les équilibres globaux (relations avec l’Iran, la Chine, la Corée du Nord). Toutefois, la guerre en Ukraine semble aussi avoir affaibli la position internationale de la Russie, en la rendant plus dépendante de certains alliés et en réduisant son influence dans d’autres régions. Loin d’un effondrement imminent, la Russie apparaît comme un régime autoritaire adaptable mais fragilisé, engagé dans une confrontation durable avec l’Occident. La guerre d’Ukraine révèle à la fois la cohérence stratégique du pouvoir poutinien et ses limites structurelles, dans un contexte marqué par l’incertitude quant à l’évolution interne du régime et à l’issue du conflit.

« Les récessions énergétiques appartiennent-elles au passé ? » (Jacques de Larosière)

Jacques de LAROSIERE

🔗Dans un article paru dans la Revue des Deux Mondes (juillet-août 2026), Jacques de Larosière interroge l’actualité de l’impact des crises énergétiques sur la croissance. S’il reconnaît que la dépendance mondiale au pétrole a diminué, il montre que la crise actuelle liée au conflit avec l’Iran demeure fortement déstabilisatrice. Les tensions géopolitiques, les perturbations du détroit d’Ormuz et la réduction de la production pétrolière entraînent une hausse brutale des prix de l’énergie, des difficultés logistiques et des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ces phénomènes se traduisent par une baisse du pouvoir d’achat, un ralentissement de la consommation et de l’investissement, ainsi qu’une montée de l’inflation, nourrissant un risque de stagflation. Malgré une certaine la résilience de certaines économies comme celle des États-Unis, l’ensemble du système mondial reste vulnérable, notamment en Europe et en Asie. Même en cas de résolution du conflit, les effets économiques (déjà perceptibles) devraient en partie durer dans le temps. Il conclut que, contrairement à une idée répandue, les crises énergétiques continuent de représenter une menace majeure pour la croissance mondiale, comparable aux chocs des décennies passées.

Fabien Roussel face à Alain Duhamel

Alain DUHAMEL

🔗Alain Duhamel a débattu, ce dimanche 14 juin sur BFM TV, avec Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français, autour de plusieurs sujets d’actualité internationale et politique française. Le débat s’est ouvert sur les manifestations contre le G7 et la venue de Donald Trump : les deux intervenants reconnaissent la légitimité de la contestation, tout en condamnant les violences. Sur l’invitation de Trump à Versailles par Emmanuel Macron, Alain Duhamel y voit un geste diplomatique classique, tandis que Fabien Roussel estime que la France devrait adopter un rapport de force plus ferme face aux États-Unis, notamment sur les accords commerciaux et énergétiques jugés défavorables à l’Europe. La discussion s’est concentrée ensuite sur la situation de la gauche à l’approche de la présidentielle. Alain Duhamel décrit une gauche éclatée, avec un risque de dispersion comparable à 2002. Il estime que Jean-Luc Mélenchon a pris de l’avance grâce à son organisation, ses militants et sa méthodologie de campagne, tandis que Raphaël Glucksmann apparaît comme un nouvel entrant plus séduisant mais moins structuré. Fabien Roussel, lui, affirme que la taille des meetings ne suffit pas à déterminer l’issue politique et insiste sur le contenu programmatique : salaires, loyers, services publics, guerre en Europe et rupture avec les politiques menées depuis dix ans. Il défend l’idée d’une candidature communiste autonome, construite démocratiquement, qui ne serait pas destinée à affaiblir Jean-Luc Mélenchon mais à porter une ligne différente. Il affirme que les électeurs qui ont voté pour lui n’auraient pas nécessairement voté pour Mélenchon, et insiste sur la nécessité de parler d’abord des salaires, des retraites, du pouvoir d’achat, des PME et du risque de récession. Alain Duhamel reconnaît l’existence d’inquiétudes sociales, mais estime que la France est davantage dans une période de perplexité et d’angoisse que de mobilisation collective. Le débat aborde également les rapports de force internes à gauche. Sur l’affaire Lyhanna, Fabien Roussel parle, d’un « scandale d’État » et réclame des excuses ainsi que des moyens supplémentaires pour la justice, la protection de l’enfance, l’éducation, la santé et la gendarmerie tandis qu’Alain Duhamel rappelle les enjeux des moyens : les contraintes budgétaires et la dette freinent le capacités d’action.

À SAVOIR

Le dilemme de la politique monétaire actuelle (Jacques de Larosière)

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a prononcé ce jeudi 18 juin 2026 un discours sur le dilemme de la politique monétaire actuelle devant le GOIC qui réunit toutes les grandes institutions financières multilatérales une fois par an à Paris. Il a analysé le paradoxe d’une économie mondiale fragilisée par la guerre en Iran, mais dont les marchés financiers restent étonnamment calmes, et a mis en lumière le dilemme auquel sont confrontées les politiques monétaires. Malgré un conflit ayant provoqué une hausse marquée des prix de l’énergie, des perturbations des chaînes de production et un risque croissant de stagflation, les marchés boursiers, obligataires et de change ont fait preuve de résilience, fondée sur l’hypothèse d’une résolution rapide du conflit. Toutefois, cette stabilité apparente masque de profondes fragilités : endettement élevé, risques de défauts, vulnérabilités des pays émergents et dépendance accrue à la liquidité. La hausse durable des prix de l’énergie alimente l’inflation sans être entièrement réversible, tandis que les perturbations économiques réduisent la croissance, créant un contexte typique de stagflation. Dans ce cadre, les banques centrales sont confrontées à un choix difficile entre lutter contre l’inflation par des politiques restrictives ou soutenir l’activité économique, d’autant plus que leurs marges de manœuvre sont limitées par des politiques budgétaires souvent déficitaires. Par ailleurs, des transformations profondes du système monétaire et financier (montée des paiements digitaux, développement des stablecoins, persistance du rôle dominant du dollar et accroissement de l’endettement des acteurs financiers) introduisent de nouvelles sources de risque. L’ensemble conduit à une conclusion prudente : derrière le calme des marchés, l’économie mondiale entre dans une phase d’incertitude marquée, où les déséquilibres structurels et les tensions géopolitiques pourraient déboucher sur une instabilité accrue si aucune réponse coordonnée n’est apportée.

Démocraties et gouvernements : des couples en tension (Serge Sur)

Serge SUR

Le 4 juin, Serge Sur a ouvert les Assises internationales de la démocratie et de la décision publique, à Bucarest. Un slogan définit la démocratie, « Gouvernement du peuple, par le peuple pour le peuple ». Il y faut donc un peuple et un gouvernement. Il existe une pluralité de peuples, en conséquence diverses formes de démocraties plus qu’un modèle unique. Le peuple est souverain, mais sa consistance comme son expression peuvent connaître biais et détournements. Sa consistance est définie par l’Etat, et c’est la citoyenneté politique. Elle peut être limitée de diverses manières, conditions de sexe, de résidence, de capacité, d’âge… Son expression est le suffrage, soit sur des questions de fond – démocratie directe ou semi-directe, diverses formes de referendums…, soit en élisant des représentants. Divers biais peuvent aussi limiter ou fausser son expression. La plupart des démocraties sont représentatives, et doivent être gouvernées.   

Les gouvernements démocratiques doivent être politiquement libéraux, parce qu’ils reposent sur des majorités qui peuvent être au gré des élections successives modifiées ou renversées. Cette possibilité doit demeurer ouverte grâce à des élections périodiques, libres et pluralistes, appuyées par des libertés publiques garanties. La séparation des pouvoirs doit être assurée et leur contrôle mené par des autorités indépendantes, généralement des juges. L’Etat de droit est un instrument de la démocratie, mais il ne saurait s’y substituer. Le contrôle de constitutionnalité met en cause la validité de la loi. S’il s’appuie sur la décision souveraine d’organes qui se fondent sur des normes imprécises, voire qu’ils créent eux-mêmes, l’Etat de droit s’oppose à la démocratie. Les Etats de droit peuvent ne pas être démocratiques. Plus généralement, les dérives des gouvernements démocratique expliquent la crise de confiance actuelle : distorsion de la représentation, faible démocratie interne des partis, non-respect des programmes, inefficacité publique, corruption, poids croissant des lobbies et du marché, ou encore fragmentation sociale liée au multiculturalisme. Ces phénomènes contribuent à éloigner les citoyens des institutions et à nourrir le sentiment de dépossession politique. La démocratie est un combat permanent que seuls les citoyens peuvent mener.

Les Etats-Unis sont souvent présentés comme un parangon de la démocratie. En réalité, il s’agit bien davantage d’une république fédérale. Il n’existe pas de corps politique américain, mais cinquante corps électoraux des Etats fédérés autonomes et juxtaposés. Ils déterminent les circonscriptions électorales de la Chambre des représentants, et chaque Etat dispose de deux Sénateurs, quelle que soit sa population. Le président peut être élu par une minorité d’électeurs. La Cour suprême peut écarter les lois sur des bases incertaines, qu’elle interprète en fonction de la sensibilité politique de ses membres, de sorte que les revirements de jurisprudence ne sont pas exceptionnels. La démocratie aux Etats-Unis se situe plutôt au niveau des Etats fédérés.

La frontière en droit international et dans les relations internationales (Serge Sur)

Serge SUR

Ce vendredi 19 juin, Serge Sur a clôturé à l’Université de la Paix, à l’Université de Caen, une semaine consacrée au thème « Frontière(s) et paix ». Il a montré que les frontières, loin de disparaître, connaissent aujourd’hui des évolutions dynamiques. Si la mondialisation et l’intégration européenne donnent l’impression de leur effacement, les crises récentes ont au contraire révélé leur rôle essentiel de protection et de stabilisation, entraînant leur réveil et soulignant leur importance stratégique. En droit international, la frontière, qu’elle soit terrestre, maritime ou aérienne, est une ligne qui sépare des souverainetés étatiques. Elle ne doit pas être confondue avec d’autres lignes, comme les lignes d’armistice ou celles qui séparent plateaux continentaux et fond des mers ou zone économique exclusive et haute mer.  La frontière est étroitement liée à l’État, machine à découper les espaces. Elle délimite leur territoire et leurs pouvoirs, tout en remplissant plusieurs fonctions : sécuritaire, économique, juridique et culturelle. Cependant, les frontières sont aujourd’hui fragilisées par de multiples tensions : conflits territoriaux, migrations, trafics et développement des communications immatérielles – internet, satellites -, qui les rendent plus poreuses et difficiles à contrôler.  Le droit international tente de les protéger à travers les principes d’inviolabilité et d’intangibilité, deux notions différentes, mais ceux-ci sont régulièrement remis en cause par les réalités politiques. Les frontières sont également prises entre des logiques d’ouverture et de fermeture selon la politique des Etats. Leur avenir oscille entre trois perspectives : leur dépassement, leur renforcement ou des formes intermédiaires comme dans l’Union européenne – la frontière y connaîtrait un déplacement plus qu’un dépassement -, révélant la tension permanente entre sociétés civiles volontiers nomades et les États, sédentaires par essence.

PROCHAINS ÉVÈNEMENTS

Louis BORE

Louis Boré interviendra au cours de la rentrée de l’École de droit de l’Université Paris Panthéon-Assas le 9 septembre prochain. Il dressera un portrait croisé de deux grands professeurs de droit :  Geneviève Viney et René Chapus.

 

« Gli ambasciatori italiani in Francia (1945-1988) » d’Alessandro Giacone (2026)

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a déposé l’ouvrage suivant en séance du 4 mai 2026 :

Gli ambasciatori italiani in Francia (1945-1988) sous la direction d‘Alessandro Giacone (Rubbettino, 2026, 406 p.).

Présentation prononcée en séance

                                                 GlI AMBASCIATORI ITALIANI IN FRANCIA (1945-1988)

par Alessandro Giacome, Professeur à l’Université de Bologne

369 pages-Edition Rubettino 2026


L’auteur, Alessandro Giacone, présente la série  d’Ambassadeurs d’Italie qui se sont succédé en France de 1945 à 1988.

L’ idée  de cet ouvrage est née d’un colloque d’historiens qui eut lieu à Paris en 2022.

Le livre, sous la direction de M. Giacone, est nourri des archives diplomatiques italiennes.

L’ouvrage m’a frappé par au moins trois caractéristiques qui en font, à mes yeux, un document exceptionnel.

1) La qualité des protagonistes

La France et l’Italie  se jalousent parfois , mais se respectent ,se comprennent et s’admirent toujours.

C’est donc une tradition -jamais démentie- que de nommer, aussi bien à Rome qu’à Paris, des ambassadeurs  de tout premier plan. De Gaulle fut fidèle à cette tradition en veillant à choisir Couve de Murville comme notre représentant en Italie.

La lecture des rapports, notes et télégrammes de la rue de Varenne confirme cette exigence de qualité de façon éloquente.

Je n’évoquerai pas, faute de temps, la personnalité de la douzaine d’ambassadeurs étudiés dans ce livre. Ils sont tous remarquables.

Un mot seulement sur Gardini  dont les analyses au scalpel sont d’une lucidité et d’une intelligence hors du commun.

Et comment pourrais-je passer sous silence les noms de Vento qui fut le témoin de la crise de change de 1992, de Cavalchini et de Caracciolo ? Personnalités de premier plan avec lesquelles j’ai vécu, en toute confiance, les tensions monétaires et les crises aigues des années 2000- 2011 qui ont fini par conduire au choix de Mario Monti comme Premier Ministre.

2) Le deuxième apport de cet ouvrage est qu’il retrace l’histoire politique française pendant quarante ans… Nous croyons connaître cette histoire et en particulier les transformations opérées par le Général de Gaulle. Peut-être la connaissons nous?. Mais ce qui ressort de ce livre c’est que, rue de Varenne, se sont succédé des observateurs discrets des historiens précis et bien informés, au jugement sûr et objectif, qui ont écrit en quelque sorte une « deuxième version » des événements.

Avec cette  histoire parallèle, nous disposons d’une source précieuse  de faits collectés et d’une vision qui enrichit considérablement notre propre récit.

3) La troisième particularité de ce livre, à mes yeux, est que les hommes nommés à Paris étaient des êtres humains avec leur caractère propre, leurs préférences personnelles, leurs expériences de carrière remontant parfois à Mussolini…..

Mais quelle que soit leur diversité, ces hommes étaient animées de deux convictions fondamentales.

En premier lieu, ils participaient tous de la foi européenne: c’était leur facteur commun unificateur.

En second lieu, ils cultivaient l’objectivité comme un impératif absolu. Un seul exemple : Giovanni Fornari explique la décision de De Gaulle, en 1966, de quitter le commandement intégré l’OTAN. Mais l’ambassadeur se garde bien d’esquisser la moindre réserve à l’égard de cette décision qui était mal reçue à Rome. Fornari savait que son rôle n’était pas de plaire à son gouvernement mais de l’informer des raisons profondes de la décision en utilisant les informations recueillies dans l’entourage même du Général.

Bel exemple de probité intellectuelle et morale !

A lire absolument !

Jacques de Larosière

25 avril 2026

« Henri de Lubac, théologien » de Michel Fédou (2026)

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a déposé l’ouvrage suivant en séance du 23 mars 2026 :

Henri de Lubac, théologien de Michel Fédou, (Cerf, 2026, 384 p.).

Présentation prononcée en séance

Michel Fédou, longtemps Directeur du Centre Jésuite de la rue de Sèvres, est un des meilleurs théologiens français.

Il a étudié systématiquement l’œuvre à la fois très diverse et très profonde du Père de Lubac.

Chacune des œuvres de Lubac est étudiée et analysée de façon précise et lumineuse.

L’œuvre de Lubac se caractérise par une grande diversité de centres d’intérêts (Proudhon, Dostoiesky, le Bouddhisme, Claudel…) et par une cohérence intérieure que l’auteur analyse avec clarté et dans un style parfait.

Le Père Fédou traite, en profondeur, de l’interprétation de St Thomas, qui a valu à Lubac critiques et interdiction d’enseigner pendant près de 3 décennies.

La querelle sur le Thomisme a, aujourd’hui, de quoi surprendre. Contrairement à la thèse officielle des scolastiques, Lubac considère que l’œuvre de St Thomas souligne que l’être humain – composé de 2 natures conjointes : la nature humaine et la nature divine – cherche et aime Dieu, alors que l’interprétation courante – contestable aux yeux de Lubac – pense que l’Homme est l’objet d’une grâce gratuite et qu’il ne saurait d’être rattaché à l’enracinement d’une disposition naturelle de l’Homme à l’ouverture à Dieu.

Michel Fédou fait une analyse très claire des thèses en présence ainsi que des vues d’un théologien qui a beaucoup réfléchi sur cette question Karl Rahmer.

La richesse de pensée du Père de Luba en cette matière a conduit le Pape Jean-Paul II à conférer à ce théologien le titre de Cardinal et sa participation aux travaux du Concile.

Il n’est évidemment pas question ici de résumer l’œuvre monumentale de celui qui a intimement étudié l’exégèse médiévale, mais il est intéressant de noter que Lubac n’était pas seul. Il faisait parti d’un groupe de théologiens remarquables parmi lesquels on peut citer : Blondel, Gaston Fessard, Hans Von Baltazar, Ratzinger (Pape Benoit XVI), Gilson, Chaillet, Teillard de Chardin, Danielou…

Jacques de Larosière

22/03/2026

« Des enfants instruits. Réconcilier l’école et la culture » de Denis KAMBOUCHNER (2026)

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a déposé l’ouvrage suivant en séance du 16 février 2026 :

Des enfants instruits. Réconcilier l’école et la culture de Denis Kambouchner (Les Belles Lettres, 2026, 264 p.)

 

Discours prononcé en séance

« Ce livre est écrit par un philosophe.

Certes, l’ouvrage montre les insuffisances de notre éducation nationale, le déclassement de notre fonction enseignante et les performances médiocres de nos élèves telles que analysées par l’OCDE.

Mais le propos essentiel du livre est différent.

La question principale est : « pourquoi faut-il instruire les enfants ? » et se poursuit par cette autre interrogation : « comment le faire ? ».

L’auteur explique clairement les fondements du sujet : il faut aux enfants des bases et sur ces bases il faut construire.

L’auteur, s’aidant de Montaigne et de son cher Descartes, explique avec clarté, que nos enfants ont besoin des « humanités ».

Ce livre est un plaidoyer intelligent et très cultivé des humanités. C’est-à-dire des connaissances qui nous relient à l’homme et à son histoire.

L’auteur montre qu’acquérir cette culture est indispensable.

Mais l’époque moderne ne laisse guère de temps pour se cultiver et l’on est pressé de passer à autre chose… La question, souvent posée par nos contemporains, est : « pourquoi s’embarrasser et se remplir l’esprit de beautés abolies ? » mais comme le souligne M. Kambouchner « abolit » ne veut pas dire mort ou définitivement dépassé. Les humanités, belles et profondes sont vivantes et elles éclairent toutes les problématiques modernes.

Un livre remarquable à lire et à méditer…

Jacques de Larosière

16/02/2026 » 

Cérémonie de remise du prix Messe Frankfurt (7ème édition)

Le prix Messe-Frankfurt, délivré par l’Académie des sciences morales et politiques, a été remis lundi 8 décembre à l’entreprise Stikoïa et à son président Jean-Marc Barki. C’était la 7ème édition de ce prix récompensant « une personne physique ou morale qui s’est particulièrement illustrée dans la promotion des valeurs humanistes et de l’économie sociale de marché ».

Le prix Messe Frankfurt 2025 a été attribué par un jury composé du Secrétaire perpétuel de l’Académie, Bernard Stirn, du Président de Messe Frankfurt France, Frédéric Bougeard, de son directeur administratif et financier, Xavier Ottavi et de messieurs Jacques de Larosière et Georges-Henri Soutou.

Crédit photos : Candice Ferrier