Cérémonie d’installation de Pierre-Michel MENGER à l’Académie et et lecture de la notice sur la vie et les travaux de Mireille DELMAS-MARTY

L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour entendre la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Mireille Delmas- Marty (1941 – 2022) par Pierre-Michel Menger.

Pierre-Michel Menger a été élu au fauteuil 1 de la section Morale et sociologie, le 27 novembre 2023. Cette élection a été approuvée par le décret présidentiel du 11 janvier 2024.

Le président Jean-Robert Pitte ouvre la séance en accueillant les membres des différentes académies présents, ainsi que toutes les personnes présentes sous la coupole.

Le président rappelle les nombreuses figures qui ont occupé ce fauteuil, depuis le baron Joseph Dacier en 1832 jusqu’à Jean Cazeneuve en 1973, en passant par Alexis de Tocqueville élu en 1838, Mireille Delmas-Marty, élue en 2007 et aujourd’hui Pierre-Michel Menger.

Pierre-Michel MENGER

Olivier Houdé prononce ensuite le discours d’accueil de Pierre-Michel Menger. Avant d’évoquer la brillante carrière institutionnelle de Pierre-Michel Menger, normalien, agrégé de philosophie, élu professeur au Collège de France en 2013 et désormais membre de l’Institut, Olivier Houdé retrace l’enfance et le parcours de Pierre-Michel Menger, né à Forbach, en Lorraine, le 10 avril 1953, dans un territoire qui va bientôt subir les soubresauts de l’industrie minière, née de l’exploitation du charbon, bousculée par l’arrivée du pétrole et du nucléaire. C’est dans l’écrin familial que la passion pour la musique de Pierre-Michel Menger naît, avant de devenir un sujet d’étude sociologique. Après une thèse de doctorat soutenue à l’EHESS, sous la direction de Raymonde Moulin – qui fit elle-même sa thèse sous la direction de Raymond Aron, et la soutint devant Raymond Barre – sur la sociologie de la musique (Le compositeur, le mélomane et l’État dans la société contemporaine), Pierre-Michel Menger entre au CNRS en 1981 où il est d’abord chargé de recherche puis directeur de recherche jusqu’à son élection au Collège de France en 2013 sur la chaire de Sociologie du travail créateur. Comment penser le travail, et notamment le travail créateur, est la question qui est au cœur du travail de Pierre-Michel Menger, comme l’attestent ses nombreuses publications qui abordent cette question aussi bien dans les domaines artistiques que scientifiques et dans lesquelles Pierre-Michel Menger explore la notion de talent, notamment dans les secteurs marqués par de très grands écarts de réussite et de rémunération. Olivier Houdé conclut son discours en citant la fable de La Fontaine Le laboureur et ses enfants, qui évoque si bien cette notion de travail et de talent.

Télécharger le discours d’Olivier Houdé

Pierre-Michel Menger procède ensuite à la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Mireille Delmas- Marty.

Dernière d’une famille protestante de 6 enfants, apparentée par sa mère à la famille Monod, fille d’avocat, Mireille Delmas-Marty embrasse des études juridiques, mue par ce souci de la justice, au cœur de l’éducation rigoureuse qu’elle a reçue, et qui sera au cœur de son immense quête d’un humanisme juridique. Assistante à la faculté de droit de Paris en 1967, elle soutient son doctorat en 1969 et obtient en 1971, l’agrégation de droit privé et de sciences criminelles. Elle devient ensuite professeur à l’Université de Lille puis à celle de Paris XI, avant de rejoindre en 1990 l’Université de Paris I. Elle y dirige à partir de 1997 l’Unité de recherche de droit comparé qui regroupe 9 centres et 3 associations. Sa science et l’originalité de son expertise, remarquée dès sa première monographie sur le droit pénal des affaires, publiée en 1973, lui valent d’être très vite membre de nombreuses commissions associées au travail parlementaire. En 2002, elle est la première femme juriste élue au Collège de France, où elle occupe la chaire Études juridiques comparatives et internationalisation du droit, jusqu’à sa retraite en 2012. En 2007, elle est élue à l’Académie où elle est la seconde femme juriste, après Suzanne Bastid, élue en 1971. Elle y animera notamment un groupe de travail « Humanisme et mondialisation » qui réunira nombre de ses consœurs et confrères.

Les trois maximes nécessaires selon Emmanuel Kant pour qu’un penseur accède à la sagesse – penser par soi-même, se mettre par la pensée à la place de tout autre homme, toujours penser en accord avec soi-même – s’appliquent bien à la conception originale d’un humanisme à vocation universelle que va développer Mireille Delmas-Marty. Sa thèse de doctorat porte sur un sujet très technique : « Les sociétés de construction devant la loi pénale », qui deviendra un livre en 1973, Droit pénal des affaires. Dans ses ouvrages suivants, nourris en partie de la lecture de Michel Foucault et de Surveiller et punir, elle expose les principes de la justice pénale et prend position pour une autre politique criminelle. Sa participation à la commission de révision du droit pénal, lancée en 1981 par Robert Badinter, lui permet de contribuer à la faire advenir. Les innovations proposées sont orientées vers un nouvel équilibre entre pénalisation et dépénalisation et le recours plus fréquent à des sanctions alternatives. En 1992, elle fera partie d’un comité de réflexion qui, sous la présidence de Robert Badinter, sera à l’origine de la création d’un tribunal pénal international chargé de juger les crimes commis dans l’ex-Yougoslavie. Son intérêt pour la construction européenne dans le champ judiciaire, la fait s’intéresser aux discontinuités normatives et aux questions qu’elles suscitent. Mireille Delmas-Marty développe une sensibilité grandissante pour les formes émergentes et mouvantes d’un droit supranational. Sa quête est celle d’un idéal régulateur non hégémonique qui « ne s’imposerait pas à partir d’un seul système, mais tenterait de combiner les divers systèmes de droits nationaux entre eux et de se combiner avec les instruments juridiques internationaux ». Plutôt que de mener solitairement ses recherches dans la seule enceinte de la science juridique, Mireille Delmas -Marty pratique la recherche collective et son cercle de réflexion s’élargit aux philosophes, aux linguistes, aux biologistes aux économistes mais aussi aux poètes, aux peintres, aux sculpteurs. Elle cherche à développer un droit qui soit légitime tout en étant pluriel. Selon elle, il faut inventer un droit des droits, un droit qui puisse théoriser ce que peut le droit et à quelle échelle il le peut, un droit qui théorise les conditions de possibilité de ses incarnations multiples et variables. Mireille Delmas-Marty place ainsi les droits de l’homme au centre de ses recherches et en fait la clé de voûte de l’étude de la mondialisation du droit. Dans son enseignement au Collège de France de 2002 à 2012, elle va ainsi chercher à imaginer comment « humaniser la mondialisation » ou comment « résister à la déshumanisation ». En 2016, elle publie Aux quatre vents du monde. Petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, avec comme symbole en couverture une rose des vents représentant des couples d’opposés qu’elle estime impensables à tenir séparés (sécurité/liberté, coopération/compétition, intégration/exclusion, conservation/innovation). À partir de 2018, Mireille Delmas-Marty va recourir à l’art pour représenter son système de valeurs, notamment avec sa « boussole des possibles » qu’elle réalise avec l’artiste-bâtisseur Antonio Beninca et dont une version définitive du prototype mobile, haut de 4m, doit être prochainement installé dans l’enceinte du Château de Goutelas. Cette boussole est le symbole de l’humanisme « joyeusement obstiné » de Mireille Delmas-Marty et des valeurs qui ont porté une vie de travail et d’engagement.

Télécharger le discours de Pierre-Michel Menger

À l’issue de cette cérémonie, Jean-Claude Casanova a prononcé le discours de remise de l’épée d’académicien de Pierre-Michel Menger, en évoquant le sens de cet objet et de ce rituel, qui ne sont ni prescrits ni écrits dans les textes régissant les pratiques de l’Institut de France mais font partie de ses usages. Il la lui a remise sous les applaudissements.

Des intermèdes musicaux ont ponctué cette cérémonie : Monteverdi, L’incoronazione di Poppea : Pur ti miro, pur ti godo ; Boulez, Notations 2 pour orchestre ; Bach, Messe en Si : Et resurrexit ; Nina Simone, My way.

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Accueil de la nouvelle correspondante Lucrezia REICHLIN

De gauche à droite sur la photo : Jean Tarrade, Lucrezia Reichlin et Jaime Antúnez Aldunate

Lucrezia Reichlin, née le 14 août 1954 à Rome, a été élue le 13 mai 2024 correspondante à la troisième place de la section Économie politique, Statistiques et Finances. Elle a été accueillie par Jean-Claude Casanova. Elle succède à Horst Albach.

Professeur d’économie à la London Business School, Lucrezia Reichlin a commencé sa carrière en tant qu’universitaire en effectuant des recherches en économétrie. Elle s’est spécialisée dans l’analyse du cycle économique et dans la modélisation. Au fil des années, elle a élargi ses champs de recherche à la politique monétaire, à l’union monétaire européenne, à l’inflation et, plus récemment, au changement climatique.
Ancienne directrice générale de la recherche à la Banque centrale européenne, elle a été l’une des chevilles ouvrières de la création de l’International Sustainability Standards Board (ISSB).

Discours d’accueil de Jean-Claude CASANOVA

Discours prononcé par Lucrezia REICHLIN, correspondante élu le 13 mai 2024 à la place de Rodolfo SACCO

Réflexions autour du rapport annuel du Conseil d’État en cours d’élaboration sur « la souveraineté »

Afin d’alimenter la réflexion en cours de la section des études, de la prospective et de la coopération (ancienne section du rapport et des études) du Conseil d’État, sa présidente Martine de Boisdeffre et son président-adjoint Fabien Raynaud sont venus entendre des académiciens sur le sujet de la souveraineté.

Serge Sur a tout d’abord évoqué le cadre juridique de la souveraineté internationale, en soulignant que la souveraineté est un concept juridique et qu’il ne doit pas être confondu avec le concept de puissance.

Jean-David Levitte a évoqué l’évolution des différents présidents de la République quant à l’arme nucléaire et à la participation de la France au commandement intégré de l’OTAN, et l’évolution du concept de souveraineté nationale dans le contexte actuel marqué par le retour de la guerre sur le sol européen, la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine et l’émergence de ce que l’on appelle le Sud global.

Les académiciens échangent avec Martine de Boisdeffre et Fabien Raynaud (à droite de la photo)

Jean-Claude Casanova a retracé l’évolution historique du concept de souveraineté depuis les Grecs et les Romains jusqu’à J.J Rousseau en passant par Jean Bodin et Althusius. Face aux deux problèmes politiques toujours présents (à savoir le rapport de l’individu à la collectivité et celui des collectivités entre elles) il interroge la notion de souveraineté en se demandant si elle est indispensable et ne serait pas comme le jugement de Pascal à propos de Descartes, inutile et incertaine ?

Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il semblait difficile d’éviter d’être fédéraliste, soulignant que l’euro – qui est une monnaie solide et qui inspire confiance – pâtit de l’absence d’une fédération européenne et d’une signature unique. Il regrette qu’il n’existe pas de marché unique des capitaux et des banques commerciales et indique qu’à l’horizon 2100, s’il n’existe pas de fédération politique européenne, les Européens ne figureront pas dans les 20 premiers pays, au sommet desquels seront la Chine et l’Inde et loin derrière les États-Unis.

À l’issue de ces prises de parole, un échange s’en est suivi avec Gilbert Guillaume, Yves Gaudemet, Michel Pébereau, Bernard Stirn et Jean-Robert Pitte.

Cérémonie d’installation de Dominique SENEQUIER et lecture de la notice sur la vie et les travaux de Bertrand COLLOMB

L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour entendre la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Bertrand Collomb (1942 – 2019) par Dominique Senequier. Dominique Senequier a été élue membre de l’Académie des sciences morales et politiques le 16 janvier 2023, au fauteuil n°4, de la section Économie politique, Statistique et Finances.

Bruno COTTE

Le président Bruno Cotte ouvre la séance en saluant les nombreuses personnalités présentes et prie d’excuser le Président de la République, protecteur de l’Institut et des Académies. Il souligne que Dominique Senequier est la première femme à intégrer cette section et que depuis 1832, date à laquelle François Guizot a rétabli l’Académie, seulement sept femmes ont occupé les rangs de la compagnie, la première élue étant Suzanne Bastid, en 1971.

Jean-Claude CASANOVA

Jean-Claude Casanova prononce ensuite le discours d’accueil de Dominique Senequier. Conformément aux coutumes et traditions de l’Académie, J.C. Casanova ne prononce pas l’éloge de la nouvelle élue – soulignant que celui-ci sera fait à titre posthume par son successeur, comme elle-même va le faire pour Bertrand Collomb – mais l’accueille en expliquant pourquoi la section a proposé sa candidature et en quoi son expérience pourra conduire l’Académie à de riches et utiles réflexions. J.C. Casanova revient tout d’abord à la pensée du grand philosophe politique anglais du XIXè siècle, John Stuart Mill, qui, en même temps qu’il défendait la liberté et le système représentatif, souhaitait l’émancipation et la fin de l’assujettissement des femmes. Pour Mill, non seulement l’émancipation des femmes était juste – la servitude dans le mariage étant en contradiction avec tous les principes du monde moderne – mais également d’utilité sociale : citant Mill, J.C. Casanova souligne que « la somme des facultés intellectuelles que l’humanité aurait à son service doublerait. Le nombre actuel des personnes, propres à faire du bien à l’espèce humaine, et à promouvoir le progrès général (…) serait alors doublé (…) le monde fait une perte extrêmement sérieuse en refusant de faire usage d’une moitié de la quantité totale des talents qu’il possède. »
Il souligne que l’Académie voulait recruter quelqu’un du nouveau monde de la finance, et non pas de l’ancien, celui des banques et des assurances. Avec Dominique Senequier, c’est ce monde nouveau du private equity qui entre à l’Académie, un monde né aux États-Unis dans les années 1980 et qui pèse aujourd’hui fortement dans le monde : les firmes de private equity gèrent aujourd’hui 12 trillions de dollars (soit douze mille milliards de dollars), valent 500 milliards de dollars sur le marché américain et ont une valeur qui a doublé depuis la crise du covid. Le private equity est une activité financière qui consiste à acheter des entreprises pour une période limitée dans le temps, à les transformer et à les revendre. Les entreprises achetées peuvent être d’une haute technicité, des start-ups qui ont besoin de capital pour grandir, ou des entreprises plus mures qui ont besoin d’être restructurées et modernisées. Les fonds de private equity disposent de ressources qui proviennent de diverses origines (compagnies d’assurance, banques, fonds de placement, fondations, familles riches) qui cherchent à faire des investissements diversifiés et de rentabilité élevée. Les entreprises ne seront pas cotées en bourse. L’objectif est de les faire grandir et prospérer. Pour cela, on pourra renouveler leur direction, les réorganiser, les diviser, les fusionner, dans le but de les rendre plus rentables et de tirer le plus de valeur possible de leur gestion et de leur vente. On mesure les qualités nécessaires à la réussite de ces opérations : trouver les ressources, savoir choisir les entreprises, remédier à leurs difficultés, sélectionner les dirigeants aptes à les gérer et les faire grandir, bien les vendre. Le private equity n’existait pas il y a quarante ans. Il domine aujourd’hui le monde de la finance. Nous sommes encore au temps de l’euphorie. Le temps de la critique des crises et des contrôles viendra.
J.C. Casanova termine en soulignant que la présence de Dominique Senequier parmi les membres de l’Académie permettra d’aborder deux questions essentielles : celles des vicissitudes de la finance et des antinomies de l’entreprise. Contrairement aux sociétés démocratiques, dominées par l’égalité, l’entreprise, comme l’armée, est hiérarchique donc inégalitaire, ce qui introduit une antinomie entre la vie dans l’entreprise et celle dans la société.

Discours d’accueil de Jean-Claude Casanova

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Après la diffusion d’un film en souvenir de Bertrand Collomb, Dominique Senequier procède à la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Bertrand Collomb.

Bertrand COLLOMB

Bertrand Collomb est né à Lyon le 14 août 1942. D’une famille de Savoyards et de Polytechniciens, il entre à l’X en 1960, après son grand-père (1891) et son père (1922). Sorti dans le Corps des Mines, il suit les cours de Maurice Allais à l’École des mines et fait un stage aux houillères de Lorraine qui lui donne l’occasion de descendre dans les puits de charbon, expérience qui le marquera tant qu’il en fera inscrire quelques symboles sur son épée d’académicien : une lampe de mineur et du charbon. Il quitte l’Est de la France pour Austin (Texas) où il fait un PHD avec Abraham Charles, découvreur de la programmation linéaire. En 1975, à 33 ans, Bertrand Collomb entre chez Lafarge. Il commence par diriger une usine en France puis devient Directeur Général de Ciment Lafarge France. En 1985, Olivier Lecerf lui confie les reines de la filiale américaine, avant de lui céder la tête de l’entreprise en 1989. Bertrand Collomb hérite d’un groupe diversifié dont il poursuit l’expansion en Europe de l’Est, en Chine, aux Philippines, en Inde et en Corée. En 1997 et 2001, il acquiert deux géants britanniques, Redland et Bleu Circle. En 2001, Lafarge devient le premier cimentier mondial avec une capitalisation boursière de 17 milliards, 83 000 collaborateurs, 200 cimenteries dans 75 pays, 300 carrières de granulats et une production de 180 millions de tonnes de ciment.
Parallèlement, Bertrand Collomb devient un pionnier du développement durable. Il créé un partenariat avec le Fonds mondial pour la Nature en 2000 et fonde et préside le Conseil mondial pour le Développement durable qui va regrouper 200 groupes industriels mondiaux. Il crée en 2008 la Fondation Olivier Lecerf pour la recherche sur la mise en œuvre d’une vision humaniste dans les grandes entreprises.
Si Bertrand Collomb appréciait peu le monde de la finance ni même « les actionnaires de référence », il eut à faire l’éloge de son prédécesseur, Gaston Défossé et fut lui-même de 2006 à 2017, conseil de la société financière américaine Clayon, Dubillier, Rice. Ce qu’il n’appréciait pas dans la finance, c’est la finance « courtermiste », avide de profits, ces analystes qui imposent une remontée centralisée d’informations inutiles aux dirigeants. Comme l’atteste la devise qu’il fit graver sur son épée : « Le temps n’épargne pas ce que l’on fait sans lui ».
Bertrand Collomb aimait la recherche. Il avait créé en 1972 le Centre de Recherche en Gestion des Organisations auquel il apporta son soutien pendant près de 40 ans. Et c’est aussi son engagement éthique qui lui fera lancer avec Bernard Esambert une Fondation Ethique et Economie dont les travaux ont duré 7 ans.

En 2003, Bertrand Collomb dissocie le rôle de Président du Conseil et de Directeur Général et Bruno Lafont lui succède en janvier 2006 à la tête de Lafarge. En 2007, l’acquisition d’Orascom par Lafarge pour un prix de 12 milliards d’euros, financé à seulement 23% en capital, et le reste en dette, fragilise le groupe et conduit à son adossement au groupe suisse Holcim. Cette opération provoqua l’affaiblissement financier de Lafarge, la fusion avec Holcim et enfin le départ de Bruno Lafont en 2015. Même s’il ne s’est jamais permis d’émettre un doute ou une critique, Bertrand Collomb a beaucoup souffert du démantèlement de Lafarge mais surtout de la disparition de sa culture et de ses valeurs.
Bertrand Collomb était un admirateur de la pensée de Teilhard de Chardin dont il partage la croyance d’une conscience collective : « Nous voyons se développer sous nos yeux cette réalité de la noosphère, cette puissance de l’esprit, cette maîtrise de l’homme sur son destin » écrit-il à l’occasion d’une conférence aux Nations Unies prononcée le 8 avril 2005 à l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Teilhard. Bertrand Collomb, par sa pensée et sa pratique, s’inscrit dans la lignée du courant catholique progressiste des années 1970-80.
Les mots du poète Friedrich Hölderlin lui conviennent parfaitement : « Et ouvertement, je vouai mon cœur à la terre grave et souffrante, et souvent, dans la nuit sacrée, je lui promis de l’aimer fidèlement jusqu’à la mort, sans peur, avec son lourd fardeau de fatalité, et de ne mépriser aucun de ses énigmes. Ainsi je me liai à elle d’un lien mortel. »

La vie et les travaux de Bertrand Collomb – discours de Dominique Senequier

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Patrick Thomas et Maître Philippe Genestié prononcent ensuite le discours de remise de l’épée et remettent son épée d’académicien à Dominique Senequier.

Des intermèdes musicaux, interprétés par les Arts Florissants, dirigés par William Christie, membre de l’Académie des Beaux-Arts, ont ponctué la cérémonie.

Discours de remise de l’épée de Philippe Ginestié

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Discours de remise de l’épée de Patrick Thomas

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Académiciens

Cérémonie

Temps post-cérémonie

Colloque : « Faut-il réformer nos institutions politiques ? »

Mercredi 5 octobre  2022
Académie des sciences morales et politiques

Programme du colloque 

Accueil 
Jean-Robert Pitte
Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques

Introduction
Eric Roussel
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Enregistrement vidéo de la matinée

Intervention du Président Nicolas Sarkozy

Enregistrement vidéo de l’après-midi

Intervention du Président François Hollande

Conclusion
Bruno Cotte
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

 

Mercredi 5 octobre, l’Académie des sciences morales et politiques organisait une journée de réflexion et de débat, ouverte à un large public – dans lequel les spécialistes côtoyaient les étudiants – , autour de la question de la réforme des institutions, mise à l’agenda politique par le président de la République.

Soixante-quatre ans après l’adoption de la Constitution de 1958, le problème des institutions est à l’ordre du jour. Le régime est-il fatigué ? La démocratie peut-elle être vivifiée par une réforme juridique ? Faut-il passer à la VIème République ? Convient-il au contraire de revenir à l’esprit originel de la charte fondamentale ? Quelles réformes peuvent-elles être envisagées, tant dans les textes que dans les modalités de leur mise en oeuvre  ?
Autant de questions d’une brûlante actualité qui ont fait l’objet de ce colloque . Non pour imposer un point de vue mais pour amorcer un débat de haut niveau, nourri par les meilleurs spécialistes, conformément à la mission de l’Académie des sciences morales et politiques.

Organisé à l’initiative d’Éric Roussel, de Jean-Robert Pitte et de plusieurs membres de l’Académie, l’événement a réuni, sous la forme de six tables rondes, des académiciens et des intervenants extérieurs sur une variété de sujets qui a permis d’aborder de nombreux aspects de la question. Pierre Mazeaud et Alain Duhamel ont ainsi débattu du septennat et des élections législatives avec Anne Levade ; Jean-Claude Casanova a abordé la question du scrutin proportionnel avec Alain Laquièze tandis que Pierre Delvolvé, Renaud Denoix de Saint Marc, Bernard Stirn et Michel Pébereau ont débattu du contrôle juridictionnel. La complexe question de la participation citoyenne a été présentée avec des points de vue contrastés par Pierre-Henri Tavoillot, Dominique Schnapper, Jean-Louis Bourlanges et Loïc Blondiaux. La table-ronde réunissant Jean-François Copé, Jean-Michel Blanquer mais aussi Dominique Rousseau et Bertrand Mathieu a réfléchi aux impacts d’un recours au référendum ; enfin, la journée s’est conclue avec une réflexion sur la fabrique de loi aujourd’hui, menée par Yves Gaudemet, Olivier Beaud et Anne-Marie Le Pourhiet. Ce colloque a été honoré de la présence des deux anciens présidents de la République : Nicolas Sarkozy a répondu en fin de matinée aux questions de Guillaume Tabard tandis que François Hollande a ouvert l’après-midi, en répondant aux questions de Patrick Cohen et des participants.

Ce colloque a été honoré de la présence des deux anciens présidents de la République : Nicolas Sarkozy a répondu en fin de matinée aux questions de Guillaume Tabard tandis que François Hollande a ouvert l’après-midi, en répondant aux questions de Patrick Cohen et de plusieurs étudiants.

Après un moment d’échanges et de débat, la journée a été clôturée par Bruno Cotte qui a fait la synthèse de ce riche colloque.

Sélection des ouvrages des intervenants  préparée par la Librairie Les Immortels.