Colloque « Sans enfant par choix – Le phénomène childfree »

Colloque organisé par Chantal Delsol, Gemma Durand et Joanna Nowicki (sur inscription)

Le courant de pensée Childfree (sans enfant par choix) est déjà vieux de plusieurs décennies, mais il revêt aujourd’hui une importance capitale quand un tiers des Françaises sans enfants et en âge de procréer ne veulent pas d’enfants (sondage IFOP 2022). Un courant marginal et original devient une opinion largement partagée, d’autant qu’il concerne l’ensemble des pays occidentaux et même des pays développés.
A partir du moment où, avec la contraception, la conception de l’enfant cessait d’être un destin, il était bien naturel que nous commencions à poser la question de sa légitimité. Le moment contemporain est-il particulièrement privé de sens, ou désespéré, pour que le désir d’enfant soit à ce point remis en cause ? Faut-il penser que le développement économique contredit le désir d’enfant ? Faut-il croire que la situation de nos sociétés est réellement pire que celle de nos anciens, au point de mettre en cause l’avenir humain ? Quelle nouvelle vision du temps cela traduit-il, quand l’histoire personnelle réclame de se clore avec l’individu ? Quel rôle jouent les ruptures idéologiques et religieuses présentes dans cette nouvelle manière de considérer l’existence ?

Programme de la journée du vendredi 11 octobre

Vendredi 11 Octobre matin : modératrice : Gemma Durand

9h : Chantal Delsol : Ouverture des journées

  • 9h15 : Gérard-François Dumont, Professeur émérite à Sorbonne Université, Président de la revue Population et Avenir : L’état des lieux de la dénatalité en Occident
  • 9h45 : Joanna Nowicki, Professeur à CY Paris-Cergy Université : La mort de Matka Polka ?
  • 10h15 : Jean-Didier Lecaillon, Économiste, Professeur émérite à Panthéon Assas Université : Économie et natalité

10h45 : Pause

  • 11h15 : Zoë Dubus, Docteure en histoire de la médecine : La non-parentalité heureuse : réflexion autour du phénomène Childfree
  • 11h45 : Édith Vallée, Docteure en psychologie : Témoignages, approches psychologique et philosophique du choix de non maternité

12H15 : Débat

12h30 : Déjeuner libre

Vendredi 11 Octobre après-midi : modératrice : Joanna Nowicki

  • 14h00 : Claude Habib, Professeur de Littérature : Enfanter, l’angle mort du féminisme
  • 14h30 : Myriam Szejer, Pédopsychiatre et Psychanalyste : Céder sur son désir
  • 15h00 : Jean-Pierre Winter, Psychanalyste et essayiste : Les atteintes à la filiation ; la démétaphorisation de l’amour

15h 30 Pause

  • 16h00 : Emmanuel Pont, Doctorant en démographie : Trajectoires et calculs de responsabilité climatique : avoir un enfant, le pire choix pour la planète ?
  • 16h30 : Gemma Durand, Gynécologue, Consultante en bioéthique : Le désir d’enfant empêché, où est notre responsabilité ?
  • 17h00 : René Frydman, Professeur émérite spécialiste de la reproduction : Refus de la grossesse ou refus d’enfant : l’utérus artificiel changera-t-il la donne ?

17h30 : Débat

Programme de la journée du samedi 12 octobre

Samedi 12 Octobre matin : modérateur : Jean-François Mattéi

  • 9h00 : Éric Fiat, Philosophe, Professeur à l’Université Gustave Eiffel : De l’inconvénient d’être né ?
  • 9h30 : Chantal Delsol, Philosophe, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques : Figure du dernier homme

10h00 : Pause

  • 10h30 : Jean Birnbaum, Journaliste et essayiste : No kids no future
  • 11h00 : Jean-François Mattéi, Médecin, ancien ministre, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques : Considérations générales

11h30 : Débat

12h00 : Rémi Brague, Philosophe, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques : Synthèse et conclusion.

Jean-Denis Combrexelle, Les normes à l’assaut de la démocratie, 2024

Bernard STIRN

Bernard Stirn a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 7 octobre 2024 :

Les normes à l’assaut de la démocratie de Jean-Denis Combrexelle (Odile Jacob, 2024)

Discours prononcé en séance

Je souhaite déposer sur le bureau de l’Académie le livre de Jean-Denis Combrexelle, Les normes à l’assaut de la démocratie, paru chez Odile Jacob.

Le goût de notre pays pour les normes est ancien. Montaigne écrivait déjà que « nous avons en France plus de lois que le reste du monde ensemble et plus qu’il n’en faudrait à régler tous les mondes d’Epicure ». Montesquieu constatait que « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ».

Mais la maladie tend à s’aggraver. Dans trois études successives, publiées en 1991, en 2006 puis en 2016, le Conseil d’Etat s’est inquiété de l’inflation et de l’instabilité normatives. Force est toutefois de constater que la situation ne s’est guère améliorée. Aussi le livre de Jean-Denis Combrexelle vient-il fort opportunément éclairer le débat, en permettant de comprendre le phénomène et en ouvrant des perspectives de progrès.

L’auteur était particulièrement qualifié pour entreprendre une telle tâche. Au cours de sa riche carrière administrative, Jean-Denis Combrexelle a notamment occupé durant treize ans les fonctions de directeur général du travail et il sait mieux que quiconque combien le droit du travail est concerné par l’excès de normes. Il a ensuite présidé la section sociale puis la section du contentieux du Conseil d’Etat avant de diriger les cabinets du Garde des sceaux et, en dernier lieu, de la Première ministre Elisabeth Borne.

Son livre nous conduit avec sûreté dans la « fabrique de la loi », dont l’auteur connaît tous les recoins. Jean-Denis Combrexelle constate que « le droit, souvent mal maîtrisé, a pris une place démesurée et excessive dans l’action administrative et masque le plus souvent une forme de conformisme et de refus culturel de la réforme et du changement ».  Il observe que « les juristes et les administrations ont bâti des cathédrales mais seuls quelques rares spécialistes, comprennent la liturgie qu’on y célèbre ». Il ne s’agit pas d’accabler quiconque, et notamment pas « l’Etat profond », dont Jean-Denis Combrexelle montre qu’il est largement un mythe. Retenant une approche pragmatique, son livre souligne que les responsabilités sont partagées et que le recours excessif à la norme a en réalité des racines sociologiques. « Notre société souffre d’une addiction à la norme, et plus particulièrement à la norme contenue dans la loi » explique notre auteur. Les différents acteurs de la société cherchent à affirmer leur singularité et à garantir à l’excès ce qu’ils croient être leur sécurité juridique.

 Le résultat est préoccupant pour l’autorité de la loi comme pour l’efficacité administrative. Jean-Denis Combrexelle souligne que « si toutes les normes étaient appliquées, dans leur complétude, par l’ensemble des acteurs, il est plus que vraisemblable que la société serait bloquée ». Il constate que « dans la très grande majorité des cas, les normes et les textes existants permettent déjà d’atteindre le but recherché sans qu’il soit besoin d’ajouter des strates supplémentaires de mesures ».   Il indique fort justement que l’inflation des normes nourrit la dépense publique puisque « plus les normes sont complexes et nombreuses, plus il faut des moyens humains et budgétaires pour les mettre en œuvre et les contrôler ».   En définitive, la démocratie elle-même est en cause, puisque, nous dit Jean-Denis Combrexelle, « loin de servir la démocratie…l’Etat de droit, dans sa forme inflationniste, peut réduire son efficacité et la mettre en difficulté aux yeux de l’opinion publique ». Aussi y -a-t-il « urgence à renverser, de façon significative et durable, la courbe de l’inflation normative si on veut éviter que la démocratie soit assimilée à une bureaucratie inefficace ».

Des voies d’action sont en conséquence recherchées, là aussi avec un souci de pragmatisme dans l’approche et d’efficacité dans le résultat.  Jean-Denis Combrexelle montre qu’il faut se garder des fausses bonnes solutions, simplistes et en définitive sans effet réel. Loin de briser la « cage d’acier » que constituerait la technostructure administrative, il convient de mobiliser les agents publics par des méthodes adaptées, comme une « comptabilité publique de la norme », pour qu’ils déploient leurs qualités dans le bon sens. Des structures parasites, qui font double emploi avec d’autres administrations, sont à supprimer. La réforme sans norme est à privilégier, la culture du résultat à diffuser. Sans constituer un remède miracle, l’intelligence artificielle est une opportunité pour mieux réfléchir sur « la place, le contenu et le sens de la norme ».

Accessible à un large public, l’ouvrage de Jean-Denis Combrexelle apporte au total un éclairage à la fois informé et mesuré sur l’une des pierres d’achoppement de notre action publique. Il souligne qu’au-delà de la qualité du droit, l’inflation normative mine l’efficacité de l’administration et contribue à la mise en cause de la démocratie. Même si, comme l’auteur le reconnaît, « il n’existe pas de société moderne sans des normes complexes », un sursaut s’impose, qui invite l’Etat à mieux jouer son rôle de gardien de la démocratie « par ses normes, par son organisation, par son écoute de la société civile, par son efficacité, par sa capacité à se remettre profondément en cause et à se réformer, par le courage de ses membres ». Il m’a semblé que cet appel méritait d’être entendu par notre académie.

Nuit du droit 2024 – Droit d’auteur et droit moral à l’heure de l’IA

L’Académie des sciences morales et politiques et l’Académie des beaux-arts ont organisé, ce jeudi 3 octobre, une Nuit du droit consacrée, cette année, au droit d’auteur et au droit moral sous la coupole de l’Institut de France.

L’événement a bénéficié du soutien de la Fondation Simone et Cino Del Duca.

Thème de l’événement : Droit d’auteur, droit moral au temps de l’intelligence artificielle

Revoir l’événement

Ouverture par le chancelier Xavier Darcos

1ère table ronde : Cadre général du droit moral (19h – 20h)

Animée par Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, président de section honoraire au Conseil d’État et ancien président de l’Opéra de Paris

Avec (par ordre d’intervention) :

  • Didier Bernheim, correspondant de l’Académie des beaux-arts, avocat
  • Michaël Levinas, membre de l’Académie des beaux-arts compositeur, pianiste
  • Didier Le Prado, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, ancien président de l’Ordre
  • Louis Vogel, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, sénateur

 

2ème table ronde : Les conséquences de l’intelligence artificielle sur le droit moral (20h – 21h)

Animée par Daniel Andler, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, mathématicien et philosophe, auteur d’Intelligence artificielle, intelligence humaine : la double énigme

Avec :

  • Raphaël Doan, premier conseiller au tribunal administratif de Paris, auteur de Si Rome n’avait pas chuté
  • Vincent Villette, maître des requêtes au Conseil d’État, adjoint au directeur général délégué du Centre national du cinéma et de l’image animée
  • Anne Démians, membre de l’Académie des beaux-arts, architecte
  • David El Sayegh, directeur adjoint de la Sacem

3ème table ronde : Œuvres d’art (21h – 22h)

Animée par Laurent Petitgirard, secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts, compositeur et chef d’orchestre

Avec :

  • Muriel Mayette-Holtz, membre de l’Académie des beaux-arts, metteur en scène et comédienne
  • Jean-Jacques Annaud, membre de l’Académie des beaux-arts, réalisateur

Autour de l’événement

Crédit photos : Domingo Soudais

Cérémonie d’installation de Lucien BÉLY et lecture de la notice sur la vie et les travaux de Philippe LEVILLAIN

Ce lundi 30 septembre à 15 heures a eu lieu la cérémonie d’installation de Lucien BÉLY et la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Philippe LEVILLAIN (1940 – 2021) sous la coupole de l’Institut de France.

Revoir la cérémonie :

Programme


Allocution de Bruno COTTE, président de l’Académie des sciences morales et politiques


Intermède musical
Wolfgang Amadeus Mozart
Sonate en la majeur K 331, Rondo Alla Turca

Discours d’accueil de Lucien BÉLY
par Georges-Henri SOUTOU, membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Intermède musical
Robert Schumann
Arabesque en ut majeur, op. 18

Lecture de la notice sur la vie et les travaux de Philippe LEVILLAIN
par Lucien BÉLY, membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Intermède musical
Christoph Willibald von Gluck
Danse des Esprits Bienheureux – Orphée et Eurydice
Arrangement de Giovanni Sgambati

Discours de remise de l’épée à Lucien BÉLY
par Jean-Robert PITTE, vice-Président de l’Académie des sciences morales et politiques


Les intermèdes musicaux sont interprétés par Juliana STEINBACH

Photos


Découvrez les lauréats du prix 2023 de la Fondation culturelle franco-taïwanaise

Lundi 23 septembre 2024 a eu lieu à l’Institut de France en Grande Salle des Séances, la cérémonie de remise des prix de la 27ème édition de la fondation culturelle franco-taïwanaise abritée à l’Académie depuis 1996.

Cette cérémonie présidée par le Président de l’Académie, Monsieur Bruno Cotte, s’est tenue en présence de la nouvelle Ambassadrice/Représentante de Taïwan en France qui a pris ses fonctions au 1er septembre 2024, Madame HAO Pei-Chih, et de la vice-ministre de la Culture, Madame WANG Sue, qui représentait le ministre de la Culture, retenu à Taïwan, Monsieur LI Yuan. La cérémonie a été l’occasion de mettre en lumière les travaux des trois lauréats sélectionnés par le jury de la 27ème édition, composé de Madame Marianne Bastid-Bruguière, Monsieur Pierre Delvolvé et Monsieur Daniel Andler et co-présidé par le ministre de la Culture et le Secrétaire perpétuel, Monsieur Bernard Stirn.

Conformément à l’objet de la fondation, les lauréats de la 27ème édition contribuent, chacun dans leur domaine, artistique ou culturel, aux échanges et au rayonnement de la culture européenne à Taïwan et de la culture taïwanaise en Europe.

Zoom sur les trois lauréats :

Gwennaël Gaffric, maître de conférences à la faculté des langues de l’université Jean Moulin Lyon III et directeur de la collection « Taiwan Fiction » pour la maison d’édition française L’Asiathèque s’est impliqué dans de nombreux projets de recherche, d’enseignement, de traduction et d’édition d’œuvres littéraires taïwanaises en France, à travers la traduction d’ouvrages et la publication d’articles académiques.

Elizabeth Zeitoun, chercheuse en linguistique, est membre de l’Academia Sinica depuis 1992. Au cours des trente dernières années, elle s’est consacrée à la promotion de l’étude des langues austronésiennes de Taiwan. Elle a contribué à la collecte, la documentation, la préservation, la dissémination et l’enseignement des langues parlées par les peuples autochtones de Taiwan.

Yifen Chen est diplômée du conservatoire royal de La Haye. Elle s’est consacrée à la promotion de la musique classique et a fondé le Formosa Baroque Orchestra, formation qui invite régulièrement à Taiwan des musiciens internationaux renommés pour des concerts et organise des activités éducatives, servant de pont entre Taiwan et l’Europe dans le domaine de la musique classique.

Élection de Denis Mukwege comme membre associé étranger

Le docteur Denis Mukwege a été élu, ce lundi 23 septembre, à la succession de l’ancien secrétaire général de l’ONU Javier Perez de Cuellar en tant que membre associé étranger.

Né en 1955 à Bukavu (alors au Congo belge), le docteur Denis Mukwege est un gynécologue et militant des droits de l’homme. Formé en France et spécialisé en gynécologie-obstétrique, le docteur Denis Mukwege, surnommé « l’homme qui répare les femmes », est retourné exercer en République Démocratique du Congo où, pour répondre aux exactions sexuelles subies par les femmes au cours des guerres qui sévissent à partir de 1996, il créé à l’hôpital de Panzi un centre spécialisé des victimes de viols et devient un expert reconnu de la réparation des femmes gravement mutilées.

Depuis 2007, il parcourt le monde pour alerter les autorités politiques et les institutions internationales sur le drame des viols collectifs, réclamant que ceux-ci ne soient pas considérés comme un simple aléa collatéral mais comme une véritable arme de guerre. En raison de cet engagement, le docteur Denis Mukwege a obtenu de nombreuses distinctions (prix des Droits de l’Homme des Nations-Unies, prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits) dont le couronnement a été l’attribution du prix Nobel de la Paix en 2018.

Revivez le colloque de clôture du cycle d’études TESaCo des 20 et 21 juin 2024

Le cycle d’études « Technologies émergentes et sagesse collective » (TESaCo), qui se sera déroulé au sein de l’Académie des sciences morales et politiques de 2019 à 2024, s’est attaqué à l’une des problématiques majeures de l’époque : prendre la mesure de l’impact des nouvelles technologies, dans leurs effets séparés et conjugués, et préparer la société et ses membres à leur donner la place et l’orientation qu’ils jugent les meilleures.

Les technologies émergentes sont en constante interaction, et leurs synergies souvent imprévisibles amplifient leurs effets disruptifs, qui s’étendent à la plupart des activités humaines : l’éducation, la culture, la santé, la justice, la politique, l’économie, la génétique, l’écologie, la guerre, la recherche scientifique elle-même…

Ces technologies n’affectent pas seulement les activités, mais également les personnes et les communautés, et modifient certains notions clés relatives à la personne humaine et à la société. Ce qui donne une urgence particulière à l’effort pour les comprendre et les maîtriser ; mais qui montre aussi toute l’importance de l’influence que les individus et les communautés exercent, de manière délibérée ou pas, ouverte ou dissimulée, sur les technologies. L’importance nouvelle de cette interaction entre les technologies et leurs utilisateurs prend ici les proportions d’une véritable coévolution.

L’intelligence artificielle joue un rôle-pivot dans ces processus. Certains systèmes d’intelligence artificielle, en particulier les algorithmes d’IA générative, tirent leur puissance de l’exploitation de l’intelligence collective sous la forme de l’énorme corpus de connaissances et de textes utilisé pour entraîner ces systèmes. Mais d’autres systèmes visent à renforcer l’intelligence collective humaine en combinant les potentialités des systèmes d’IA avec les processus d’échange d’expertise, de prise de décision, de participation des agents humains.

Ce colloque qui marque la fin du cycle n’a pas pour fonction d’en faire un bilan, mais au contraire d’entendre d’éminents spécialistes aux perspectives complémentaires présenter, pour le bénéfice du public et de notre équipe, de nouvelles problématiques.

The « Emerging Technologies and Collective Wisdom » (TESaCo) cycle of studies, held at the Academy of Moral and Political Sciences from 2019 to 2024, is concerned with a  major challenge of the era: measuring the impact of new technologies, in their separate and combined effects, and preparing society and its members to give them the place and direction they deem best.

Emerging technologies are constantly interacting, and their often unpredictable synergies amplify their disruptive effects, which extend to most human activities: education, culture, health, justice, politics, economics, genetics, ecology, warfare, scientific research itself, etc.

These technologies not only affect activities, but also people and communities, and change certain key notions about the human person and society. This gives particular urgency to the effort to understand and master them; but it also shows the importance of the influence that individuals and communities exert, deliberately or otherwise, overtly or covertly, on technologies. The new importance of this interaction between technologies and their users takes on the proportions of a true co-evolution.

Artificial intelligence plays a pivotal role in these processes. Some artificial intelligence systems, in particular generative AI algorithms, draw their power from the exploitation of collective intelligence in the form of the huge corpus of knowledge and texts used to train these systems. But other systems aim to strengthen human collective intelligence by combining the potential of AI systems with the processes of exchanging expertise, decision-making and participation of human agents.

The purpose of this conference, which marks the end of the cycle, is not to take stock, but rather to hear eminent specialists with complementary perspectives present new issues for the benefit of the public and our team.

L’équipe TESaCo

Daniel Andler, Stefana Broadbent, Soraya de Chadarevian, Serena Ciranna, Sonia Desmoulin, Jacopo Domenicucci, Florian Forestier, Bastien Guerry, Mehdi Khamassi, Anne Le Goff, Célia Zolynski

Comité scientifique du colloque 

Daniel Andler, Stefana Broadbent, Mehdi Khamassi, Célia Zolynski

Coordination générale et communication 

Serena Ciranna

Accueil – Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques

Introduction – Daniel Andler, professeur émérite de philosophie, Sorbonne Université, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, responsable de l’enquête TESaCo

Ouverture – Renaud Védel, directeur du cabinet de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargée du numérique

Conférence introductive :

Philippe Aghion, professeur au Collège de France et à l’INSEAD « Impacts économiques de l’IA »

Introduction par Anne Le Goff, Professeure de bioéthique Institut SupBiotech Paris membre de TESaCo

Stéphanie Ruphy, Professeure de philosophie des sciences École normale supérieure directrice de l’Office français de l’intégrité scientifique
« Une science utile à la société : faut-il un pilote dans l’avion ? »

Étienne Decroly, Directeur de recherche au CNRS responsable de l’équipe Réplicases virales : structure mécanisme et drug-design laboratoire Architecture et fonction des macromolécules (AFMB) Aix-Marseille Université :

« Bénéfices et risques des nouveaux outils de virologie moléculaire »

Introduction – Stefana Broadbent, professeure de sciences cognitives au département de design, Politecnico di Milano,membre de TESaCo

Nicolas Nova, professeur en anthropologie des techniques, Haute école d’art et de design, Genève

« Du smartphone aux systèmes d’IA comme prothèses cognitives »

Introduction par Célia Zolynski, professeur de droit privé Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne membre de TESaCo.

Sylvain Parasie, professeur de sociologie Sciences Po « IA et qualité de l’information ».

David Chavalarias, Directeur de recherche au CNRS directeur de l’Institut des systèmes complexes « On ne fait pas d’IA sans casser des [ə] ».

Introduction par Jacopo Domenicucci, Neukom Fellow The Neukom Institute for Computational Science Dartmouth membre de TESaCo

Michael Livermore, Professeur de droit Université de Virginie ancien directeur du Program in Law Communities and the Environment (PLACE) public member of the Administrative Conference of the United States

« AI Synthetic Life and New Subjectivities »

Henrik Skaug Sætra, Professeur de philosophie et éthique de la technologie directeur de l’équipe « Regenerative Technologies » Université d’Oslo

« Politics solved ? AI Challenging Democracy »

Introduction par Mehdi Khamassi, Directeur de recherche au CNRS en neurosciences et robotique – Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique Sorbonne Université/CNRS/INSERM membre de TESaCo

Claire Finkelstein, Algernon Biddle Professor of Law and Professor of Philosophy Université de Pennsylvanie

« Ethical and Legal Dilemmas of Embodied Artificial Intelligence »

Nathanaël Jarrassé, Chargé de recherche au CNRS Institut des Systèmes Intelligents et de Robotique Sorbonne Université/CNRS/INSERM

« Enjeux éthiques des technologies robotiques d’assistance au corps »

Introduction – Sonia Desmoulin, Chargée de recherche au CNRS Laboratoire Droit et changement social Nantes Université membre de TESaCo

Virginie Courtier, Directrice de recherche au CNRS responsable de l’équipe Génétique et Évolution – Institut Jacques Monod Université Paris-Cité

« Manipulations de virus: questions soulevées par ces biotechnologies à fort impact potentiel »

Pierre-Benoît Joly, Directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture
l’alimentation et l’environnement Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Sociétés Université Paris-Est Marne-la-Vallée

« Gouverner les technologies émergentes à l’ère de l’anthropocène »

Introduction par Florian Forestier, Conservateur en chef Bibliothèque nationale de France membre de TESaCo

Laura Létourneau, experte numérique, missionnée par Matignon

« Quelle sagesse collective pour les technologies émergentes ? Exemples dans la transformation numérique au service de politiques publiques »

Abel Quentin, Cabane, 2024

Bernard STIRN

Bernard Stirn a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 16 septembre 2024 :

Cabane d’Abel Quentin (Éditions de l’Observatoire, 2024, 480 p.).

Discours prononcé par Bernard STIRN

Notre académie connaît déjà Abel Quentin, auquel elle a décerné en 2022 le prix Choucri Cardahi pour son roman Le voyant d’Etampes, qui contait les mésaventures d’un universitaire victime de la cancel culture et des réseaux sociaux. Avec son nouveau roman, intitulé Cabane, Abel Quentin, dont le vrai nom est Albéric de Gayardon, et qui est par ailleurs avocat, poursuit une description talentueuse des doutes et de certains travers de notre société.
Le point de départ est réel et bien connu des économistes. Il s’agit d’un rapport, commandé en 1972 par le Club de Rome sur « les limites à la croissance (dans un monde fini) ». Dans le roman, le rapport est rebaptisé rapport 21. Quatre auteurs imaginaires lui sont donnés, un couple d’Américains, un Français et un Norvégien. Etudiants à Berkeley au début des années 1970, ils auraient été choisis par un professeur réputé dont les travaux auraient pu le conduire au prix Nobel d’économie.
Conçu à partir de modèles mathématiques complexes, issus de la « dynamique des systèmes », et traités par les premiers gros ordinateurs à partir de cartes perforées, le rapport connut un grand succès. Son élaboration nous plonge dans le monde universitaire et intellectuel américain du début des années soixante-dix. Son contenu ouvre des perspectives qui n’ont fait que se confirmer depuis sur les dangers d’une course éperdue à la croissance et sur les risques d’épuisement des ressources naturelles. Le livre est surtout une quête des destins des quatre auteurs, qui, des années 70 à aujourd’hui, suivent des chemins très différents mais dont le point de départ se trouve dans les recherches qu’ils ont menées ensemble durant leurs études. Les deux Américains forment un couple déterminé et pragmatique, qui s’impose parmi les figures du mouvement écologiste aux Etats-Unis. Polytechnicien, le Français connaît dans l’industrie pétrolière une grande réussite qui ne comble cependant pas tous ses rêves de jeunesse. Le plus mystérieux est le Norvégien, génie des mathématiques, qui sombre progressivement dans l’isolement et une forme de folie, pour finir ses jours dans la cabane qui donne son titre au livre. Celui-ci est un véritable roman policier qui maintient le lecteur en haleine en le conduisant de l’université à l’industrie, du souci de la nature au refus de la civilisation, de la rigueur intellectuelle à la folie conceptuelle.
Au fil des pages transparaissent les questions auxquelles nous sommes confrontés depuis un demi-siècle, que nous n’acceptons pas toujours de regarder et auxquelles en tout cas nous peinons à donner la juste réponse. Commentant Cabane pour Le Monde, Emmanuel Carrère a fort justement écrit : « On est devant un livre qui agite des questions d’une urgence vitale avec une intelligence informée et une efficacité narrative impressionnante -vous commencez, je vous défie de le lâcher ». Par l’éclairage qu’il apporte avec humanité et sans dogmatisme aux débats sur l’écologie et sur l’économie, ce beau roman rejoint aussi les réflexions de notre Académie.