Lancement officiel du chapitre français de l’International Churchill Society

Le 15 octobre 2025, l’Académie des sciences morales et politiques a accueilli, la cérémonie de lancement du Chapitre français de l’International Churchill Society, présidé par Jean-Noël Tronc. La rencontre a été l’occasion de revenir sur l’héritage de Winston Churchill, élu associé étranger de l’Académie en 1944.

Plusieurs moments forts ont ponctué la soirée. L’arrière-petit-fils de Sir Winston, Randolph Churchill, a notamment lu avec émotion des extraits du discours en français que son aïeul avait prononcé à l’Académie lors de la cérémonie de sa réception.Après de nombreux discours inspirants, le Secrétaire perpétuel Bernard Stirn lui a remis la Minerve, symbole de l’Académie.

Enfin, Philippe Bajou, Secrétaire général de La Poste, a présenté un nouveau timbre commémoratif à l’effigie de Churchill, créé pour le 80e anniversaire de la Libération. La soirée a ainsi fait converger la mémoire vivante et sa matérialisation symbolique en l’honneur de Winston Churchill, dont Albert Cohen rappelait l’importance à son époque : « Sans l’Angleterre, et son âme qui est Churchill, le monde des hommes humains était mort ».

Winston Churchill, qui parlait couramment le français, a entretenu des liens étroits avec la France tout au long de sa vie. La cérémonie du 15 octobre s’inscrit dans la continuité de cette relation historique exceptionnelle.

À propos de l’International Churchill Society
L’International Churchill Society est une organisation mondiale dédiée à la préservation et à la diffusion de l’héritage de Winston Churchill. Fondée en 1968, elle compte des chapitres dans plusieurs pays et œuvre à maintenir vivante la mémoire et les enseignements de l’homme d’État britannique. Jean-Noël Tronc est à l’initiative de la création du chapitre français.   

Cérémonie d’installation d’Olivier GRENOUILLEAU et Lecture de la notice sur la vie et les travaux de Jean BAECHLER (1937-2022)

Cérémonie d’installation d’Olivier Grenouilleau et Lecture de la notice sur la vie et les travaux de Jean Baechler (1937-2022)

L’Académie s’est réunie en séance solennelle sous la coupole pour entendre la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Jean Baechler (1937-2022) par Olivier Grenouilleau.

Olivier Grenouilleau a été élu au fauteuil 2 de la section Morale et sociologie, le 29 avril 2024. Cette élection a été approuvée par le décret présidentiel du 20 juin 2024.

Le président Jean-Robert Pitte ouvre la séance en accueillant les membres de la famille de Jean Baechler, ceux de celle d’Olivier Grenouilleau, ainsi que toutes les personnes présentes sous la coupole et notamment les membres de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire. Le président rappelle les nombreuses figures qui ont occupé ce fauteuil, depuis Dominique-Joseph Garat en 1832, Joseph Lakanal, Emile Boutmy, Georges Duhamel, le Grand Rabbin Kaplan, jusqu’à Alain Besançon en 1996 et enfin Jean Baechler élu le 6 décembre 1999, au fauteuil laissé vacant par le transfert d’Alain Besançon dans la section Philosophie.

Le président donne la parole à Chantal Delsol qui prononce le discours d’accueil d’Olivier Grenouilleau parmi les membres de l’Académie.

Chantal Delsol retrace le parcours d’Olivier Grenouilleau, historien dont le parcours allie rigueur scientifique et courage intellectuel. Né en 1962 en Haute-Savoie et ayant grandi à Nantes, ville marquée par la mémoire de la traite négrière, Olivier Grenouilleau a très tôt choisi d’affronter ce passé enfoui. Sa thèse, soutenue en 1994 à Rennes sur le milieu négrier nantais du XVIIIᵉ au XXᵉ siècle, a ouvert la voie à une œuvre d’une rare ampleur, où se croisent histoire économique, morale et sociale. Historien de la sociologie historique, Olivier Grenouilleau a progressivement élargi sa recherche du local au global. Inspiré par Weber, Braudel et Veyne, il pratique une histoire de la longue durée et s’interroge sur les liens entre esclavage, capitalisme et modernité. La traite devient pour lui le prisme à travers lequel comprendre les tensions de la civilisation occidentale entre économie, éthique et émancipation.

Au milieu des années 2000, ses travaux suscitent une violente controverse. Pour avoir comparé les traites atlantiques et extra-européennes, il est accusé de relativisme, dans un contexte dominé par la loi Taubira de 2001. Soutenu par de grands historiens autour du manifeste Liberté pour l’histoire, il défend avec fermeté l’indépendance de la recherche contre les pressions idéologiques. Cette épreuve, vécue comme un passage du feu, renforce sa conviction que l’historien ne doit ni juger ni moraliser, mais comprendre.

Ses réflexions s’orientent ensuite vers la modernité, qu’il définit par le concept de l’agir, cette dynamique propre à l’Occident de transformer le monde. Selon lui, la postmodernité n’est pas un dépassement, mais l’aboutissement d’un processus ancien de désencastrement des sphères religieuse, politique et économique. Face à la « grande moralisation du monde » — abolition de l’esclavage, rejet de la torture, de la guerre, de la peine de mort — il voit se dessiner une humanité cherchant à se purifier du mal, au risque d’un nouveau manichéisme.

Olivier Grenouilleau se distingue enfin par son goût de la transmission. Conscient de ce qu’il doit à ses maîtres, il a créé aux éditions du Cerf la collection Bibliothèque à remonter le temps, destinée à rendre l’histoire accessible aux jeunes lecteurs. Fidèle à son idéal d’utilité, il rappelle que la mission du chercheur est de clarifier le monde sans le simplifier.

En saluant son entrée à l’Académie, ses pairs reconnaissent en lui non seulement un grand historien de la modernité, mais un esprit libre, fidèle à la vérité et à la transmission du savoir.

Réécouter / Télécharger le discours de Chantal Delsol

Olivier Grenouilleau procède ensuite à la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Jean Baechler.

Issu d’une famille mêlant traditions industrielles, religieuses et cosmopolites, Jean Baechler manifeste très tôt un attachement central à la notion de liberté, qu’il tient pour constitutive de la condition humaine. Ce fil directeur traverse aussi bien sa rupture précoce avec la foi que ses choix académiques, marqués par une volonté d’indépendance et de rigueur. Formé à la philosophie, aux lettres classiques et à l’histoire, Baechler développe une méthode transversale, combinant érudition philologique, analyse historique et réflexion stratégique. Lecteur insatiable, maîtrisant de nombreuses langues anciennes et modernes, il puise chez les auteurs classiques – de Marx à Weber, en passant par la tradition gréco-latine – les matériaux d’une pensée résolument autonome.

Au cœur de l’œuvre baechlérienne se trouve une ambition singulière : conceptualiser l’« aventure humaine » en tant que totalité. Pour ce faire, Baechler élabore une science du règne humain, distincte des sciences physiques (langage mathématique) et biologiques (langage systémique), fondée sur un langage stratégique : l’homme, être de liberté, poursuit des fins et résout des problèmes. Cette anthropologie stratégique structure l’ensemble de son œuvre.

Contre la compartimentation disciplinaire, il défend un programme transdisciplinaire, orienté par les grandes questions fondamentales posées par la condition humaine : comment vivre ensemble ? comment transmettre ? comment atteindre la prospérité ou la félicité ? Ces questions génèrent des ordres (politique, économique, religieux, morphologique) auxquels correspondent des formes sociales et des régimes historiques.

Le politique occupe une place nodale dans la réflexion baechlérienne. Non pas en tant qu’objet autonome, mais comme clé de lecture de la condition humaine, à la fois moteur et révélateur des tensions internes aux sociétés. C’est dans cette optique qu’il développe une « staséologie » – science des conflits sociaux – ainsi qu’une typologie des régimes et des formes de pouvoir. Dans une perspective comparatiste et évolutionniste, il analyse la démocratie comme le régime naturel de l’espèce humaine, refoulée depuis le Néolithique mais réactivée par la modernité occidentale. La démocratie moderne, selon Baechler, n’est ni un modèle universel ni un absolu normatif, mais un horizon dynamique de pacification et de justice à l’échelle globale.

L’œuvre de J. Baechler est immense (276 articles, 34 livres, 24 volumes dirigés), mais orientée par une cohérence sous-jacente : comprendre l’histoire universelle à partir des choix stratégiques des humains face à leur liberté. Il pense la modernité comme une conjonction de transformations politiques, économiques et culturelles issues de la dynamique démocratique. Enfin, J. Baechler ne sépare jamais l’analyse scientifique de la question des fins : la recherche du vrai reste liée à une exigence éthique, conçue comme socle et finalité. Il s’agit, in fine, de penser pour agir librement, et d’agir en connaissance de cause dans un monde fondamentalement ouvert.

Jean Baechler a incarné une figure singulière du penseur engagé dans le long terme, fidèle à une méthode rigoureuse et à une exigence de totalité. Refusant les cloisonnements disciplinaires comme les dogmatismes idéologiques, il a tenté, tout au long de sa vie, de penser l’Homme dans toute la complexité de ses expériences historiques, sociales et spirituelles. Son œuvre constitue ainsi une contribution majeure à la refondation des sciences sociales sur des bases stratégiques, comparatistes et éthiques.

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À l’issue de cette cérémonie, Xavier Darcos, Chancelier de l’Institut et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, a prononcé le discours de remise de l’épée d’académicien de Olivier Grenouilleau, en évoquant les différents éléments qui ornent le pommeau et la lame de cette épée d’officier supérieur du Premier Empire ainsi que ceux ajoutés par Olivier Grenouilleau pour la personnaliser. Il la lui a remise sous les applaudissements.

Bernard Vandenbroucque au violoncelle et Florence Dumont à la harpe, de l’Orchestre national d’Ile-de-France ont ponctué cette cérémonie de différents intermèdes musicaux. Un intermède littéraire et poétique a été composé et lu par les professeurs Frédéric Durdon et Luis Serra-Sardinha.

La cérémonie a été suivie d’une réception dans les salons de la cour d’honneur.

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Calendrier d’élection au fauteuil laissé vacant par le décès de Marcel BOITEUX

Le fauteuil n°6 de la section Économie politique, Statistique et Finances a été déclaré vacant lors de la séance ordinaire de l’Académie des sciences morales et politiques du lundi 29 septembre 2025. Il était auparavant occupé par Marcel Boiteux, décédé le 6 septembre 2023.

Les candidatures seront reçues au secrétariat de l’Académie à compter de ce jour et jusqu’au lundi 3 novembre 2025.

Le comité secret du 24 novembre 2025 examinera les candidatures reçues et le vote aura lieu en séance le 8 décembre 2025 ou, si nécessaire, le 15 décembre 2025.

Rappel des Statuts de l’Académie :

Les académiciens sont élus à l’Académie en séance publique par les académiciens titulaires. Les candidats à un siège de l’Académie doivent être de nationalité française et être âgés de moins de soixante -quinze ans à la date du 1er janvier de l’année de vacance du siège auquel ils se présentent.

En cas de vacance d’un siège, l’Académie, sur la proposition de la section compétente, déclare ouverte la vacance et fixe le délai dans lequel les candidatures doivent être déposées.

Dans la deuxième séance qui suit l’expiration du délai de candidature, l’Académie entend, en comité secret, le rapport fait au nom de la section compétente sur les titres et le classement des candidats et en débat dans la même séance ou dans une séance suivante.

L’élection a lieu à bulletins secrets lors de la séance publique suivante. Le quorum doit réunir au moins la moitié plus un des académiciens titulaires. L’élection a lieu à la majorité absolue des suffrages ; les bulletins blancs ou nuls et les bulletins marqués d’une croix entrent dans le calcul de la majorité.

Remise des prix du concours Solon

Yves Gaudemet, président du jury, a remis ce lundi 29 septembre les trois prix Solon aux étudiants en droit notarial lauréats du concours : Hippolyte FRANZIN (1er Solon), Laetitia MONTAUFRAY (2ème Solon) et Virgile BILLOD (3ème Solon).

Cette année, les candidats devaient réfléchir à l’une des propositions du 120e Congrès sur l’urbanisme durable : une proposition visant à doter l’arbre d’un statut dans le Code civil.

Il était accompagné de Pierre Delvolvé et des autres membres du jury les notaires Marie-Hélène Pero Augereau-Hue, présidente du 120e Congrès des notaires de France, Etienne Casimir, rapporteur de synthèse du 121e Congrès des notaires de France, Hervé de Gaudemar, notaire et professeur, rapporteur général du 120e Congrès des notaires de France, d’Eric Meiller, notaire et président de la 1ère Commission du 120e Congrès des notaires de France, et de la professeur Élise Carpentier. La cérémonie s’est tenue en présence du vice-président Jean-David Levitte, d’Olivier Grenouilleau, du correspondant Jean Tarrade et du président de la chambre de notaires de Paris Pierre Tarrade qui pilote le concours Solon.

 

Communication de Laurent TOUCHART « Les eaux continentales : ressources et problèmes de gestion »

Communication du lundi 22 septembre 2025 de Laurent TOUCHART, Professeur à l’Université d’orléans

Thème de la communication : Les eaux continentales : ressources et problèmes de gestion

 Synthèse de la séance

Laurent Touchart commence en évoquant la question du volume total de l’hydrosphère et de sa mesure. Un consensus scientifique s’est établi autour d’un chiffre stable, évalué à 1 386 000 000 km³ d’eau. Largement diffusée par l’US Geological Survey, cette estimation trouve en réalité ses origines dans les travaux de géographes russes et austro-allemands des années 1920 à 1950. Les méthodes pionnières – bilans climatiques pour l’école austro-allemande, quantification des eaux souterraines et des pertes par transpiration pour l’école soviétique – avaient déjà fourni des résultats très proches de ceux obtenus aujourd’hui. L’essor des technologies de télédétection et de gravimétrie satellitaire (programme GRACE, 2002-2017) a permis de raffiner les mesures des nappes, glaciers et océans, mais sans modifier de façon significative les ordres de grandeur. La conclusion est claire : les chercheurs du milieu du XXe siècle avaient déjà atteint une précision remarquable, et le volume global d’eau terrestre apparaît comme invariable à l’échelle humaine.

Cette stabilité globale ne doit pas masquer la dynamique interne du cycle de l’eau. L’océan concentre près de 98 % du volume total et constitue le moteur du cycle, mais une partie de l’eau est temporairement stockée dans divers réservoirs continentaux – glaciers, nappes, lacs, rivières ou atmosphère – avec des temps de séjour très contrastés, allant de quelques jours pour la vapeur atmosphérique à plusieurs millénaires pour les masses glaciaires. En moyenne, le temps de renouvellement de l’hydrosphère est estimé à environ 2700 ans, ce qui illustre la lenteur du cycle planétaire et la relative inertie des grands volumes d’eau.

Du point de vue des sociétés humaines, l’eau se caractérise par une disponibilité souvent décalée dans l’espace et dans le temps. Pour pallier ces déséquilibres, de nombreux aménagements hydrauliques ont été entrepris : transferts interbassins en France, détournements partiels de la Volga, ou encore projets plus récents d’approvisionnement de Barcelone par le canal du Bas-Rhône. Certains projets, plus spectaculaires, comme le remorquage d’icebergs vers la péninsule Arabique, restent au stade d’hypothèses théoriques en raison de leurs coûts et de leurs impacts écologiques. La tendance actuelle est d’ailleurs marquée par une prudence croissante, qui conduit à limiter ou abandonner les grands travaux au profit d’approches plus mesurées.

En conclusion, si le volume d’eau terrestre est constant, ses formes et sa répartition géographique varient sans cesse, entraînant localement pénuries ou excès. L’hydrosphère doit dès lors être pensée comme un système intégré, où interagissent océans, eaux continentales, glaciers, atmosphère, sols et biosphère. Les sociétés humaines, confrontées à cette variabilité, n’ont cessé de chercher à la maîtriser, mais leurs interventions doivent désormais composer avec les impératifs écologiques et les limites de l’équilibre planétaire.

À l’issue de sa communication Laurent Touchart a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.C. Trichet, L. Stefanini, M. Bastid-Bruguière, J. de Larosière, A. Vacheron, M. Pébereau, J.D. Levitte, L. Bély, G.H. Soutou, E. Maury, J.R. Pitte.

 Verbatim du communicant

 Le verbatim sera disponible prochainement.

Réécoutez la communication

« De la démocratie, ici et maintenant. Le prisme de l’école » Audition d’Olivier GRENOUILLEAU dans le cadre du cycle d’études sur l’avenir de la démocratie

Olivier GRENOUILLEAU

L’académicien Olivier Grenouilleau a été auditionné par le groupe de travail « Philosophie de la démocratie » piloté par Chantal Delsol dans le cadre du cycle d’études « Avenir de la démocratie » le lundi 22 septembre dernier en petite salle des séances.

Olivier Grenouilleau analyse la démocratie française contemporaine, en soulignant qu’elle souffre d’un dysfonctionnement systémique. Il s’appuie sur la définition de Jean Baechler, selon laquelle la démocratie doit garantir sécurité, prospérité et liberté à ses citoyens. Or, selon Grenouilleau, ces trois objectifs ne sont plus assurés de façon satisfaisante aujourd’hui en France : insécurité croissante, inégalités économiques qui se creusent, et libertés restreintes par la bureaucratie et le recul du débat public.

Il prend ensuite l’exemple du système éducatif pour illustrer ce dysfonctionnement. Malgré une augmentation du nombre de diplômés, le niveau réel des élèves baisse, la culture générale commune recule, et les capacités fondamentales (compréhension, expression, argumentation) sont de moins en moins maîtrisées. Le système éducatif est miné par la lassitude des enseignants, la multiplication des réformes, la bureaucratisation, et la difficulté à recruter des professeurs compétents. Tout cela affaiblit la démocratie, car une société complexe a besoin de citoyens instruits et capables de penser par eux-mêmes.

Olivier Grenouilleau critique aussi la tendance à multiplier les enseignements « moraux » ou « citoyens » à l’école, qui sont selon lui des symptômes du malaise démocratique plus que des solutions. Il plaide pour un recentrage sur les missions fondamentales de l’école : instruire, transmettre une culture commune, et développer les capacités de réflexion.

Il explique que les politiques successives ont confondu égalité et égalitarisme, abaissant les exigences pour permettre à tous de réussir, ce qui a paradoxalement aggravé les inégalités et affaibli le niveau général. L’évaluation et la recherche de bons résultats statistiques ont aussi favorisé le « nominal » (l’apparence) au détriment du réel.

Enfin, il identifie trois voies possibles pour l’avenir :

  1. Ne rien changer ou poursuivre dans la même direction, ce qui mènerait à l’aggravation des problèmes.
  2. Libéraliser totalement le système éducatif, au risque de renforcer les inégalités sociales.
  3. Réformer en profondeur, ce qui nécessite du temps, une approche globale et un discours de vérité, en recentrant l’école sur ses missions essentielles.

En conclusion, Olivier Grenouilleau appelle à dépasser les discours et les réformes de façade pour s’attaquer aux causes profondes du malaise démocratique, en particulier à travers une refondation de l’école et de la transmission des savoirs.

Réécouter / Télécharger le discours prononcé par Olivier Grenouilleau

 

Accueil de la correspondante Christine MANIGAND à l’Académie

Le président a accueilli en séance Christine Manigand, élue correspondante le 2 juin 2025, à la succession de Pierre Gény, décédé le 25 décembre 2023. Il a donné la parole à Georges-Henri Soutou pour sa présentation.

Christine MANIGAND
Georges-Henri SOUTOU

Née en 1955, Christine Manigand est Professeur des Universités de classe exceptionnelle à l’Université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle. Agrégée d’histoire, elle est titulaire d’une thèse de doctorat sous la direction de Serge Berstein, soutenue à Sciences Po Paris en 1996 : La carrière politique d’Henry de Jouvenel. Elle a soutenu son Habilitation à diriger des recherches en 2000 : Les Genevois dans la France de l’entre-deux-guerres. Après avoir enseigné dans le secondaire, Christine Manigand a été, de 1993 à 2003, maître de conférences à l’Université du Maine, puis Professeur d’histoire contemporaine à Poitiers de 2003 à 2011, et ensuite Professeur à Sorbonne Nouvelle. Elle a exercé de très nombreuses fonctions universitaires et scientifiques, dans son université, au CNU, dans différents jurys (agrégation d’histoire, concours d’administrateur du Sénat…), dans de nombreuses Fondations, dont la Fondation Charles de Gaulle et l’Institut Georges Pompidou, dont elle préside avec autorité le conseil scientifique. Son enseignement et ses recherches portent sur l’histoire politique de l’Europe au XXe siècle (idée et construction européennes), sur la France et l’Europe dans les relations internationales (de l’entre-deux-guerres à nos jours), sur le rôle des opinions face à la construction européenne. Parmi ses nombreuses publications, on notera en particulier : Les Français au service de la Société des Nations (Peter Lang, 2003), ainsi que différents ouvrages sur l’Europe et la publication d’importants ouvrages collectifs sur Georges Pompidou notamment Le Dictionnaire Pompidou, (Robert Laffont, 2024).

Christine Manigand prend la parole pour remercier l’Académie de son élection et évoquer l’importance de l’Europe.

 

Accueil du correspondant François-Guillaume LORRAIN à l’Académie

Le président a accueilli en séance François-Guillaume Lorrain, élu correspondant de la section Histoire et Géographie le 2 juin 2025 à la succession de Anne Muratori-Philip, décédée le 8 novembre 2024. Il a donné la parole à Eric Roussel pour sa présentation.

Né en 1970, François-Guillaume Lorrain est normalien (ENS Ulm), agrégé de Lettres modernes. Il a d’abord enseigné à la Faculté de Dijon, puis travaillé pour le Quai d’Orsay à Londres puis à Florence avant de devenir journaliste au Point en 1999. Il y a tenu la rubrique Cinéma puis s’est vu confier le large domaine des idées et de l’Histoire.

Parallèlement François-Guillaume Lorrain a publié une quinzaine d’ouvrages, pour la plupart à teneur fortement historique, notamment une double enquête sur la mémoire des événements dans les lieux où ils se sont déroulés : Ces lieux qui ont fait la France (2015) puis Ces autres lieux qui ont fait l’Histoire (2021). En 2024, il a mené une enquête sur une quinzaine de Justes qui ont sauvé des Juifs en France : Il fallait bien les aider. Il est aussi l’auteur de romans historiques sur le XVIIè siècle. Par ailleurs, il a dirigé avec Patrice Gueniffey deux ouvrages collectifs : Les grandes décisions de l’Histoire de France (Perrin/Le Point, 2018) et Révolutions françaises, (Perrin/Le Point, 2020).

François-Guillaume Lorrain prend ensuite la parole pour remercier l’Académie pour cette élection. Il évoque la richesse du mot « correspondant » et rend hommage à la figure de Pierre Nora. Il termine en évoquant la mémoire de Anne Murtori-Philipp.

 

Communication de Perrine MICHON « Les villes : terres des hommes ? »

Communication du lundi 15 septembre 2025 de Perrine Michon, Maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil en détachement à l’Académie des sciences morales et politiques

Thème de la communication : Les villes : terres des hommes ?

Synthèse de la séance

L’intervenante défend tout d’abord la place légitime de la géographie parmi les sciences morales et politiques. Discipline des mœurs, la géographie s’attache à comprendre comment les sociétés habitent et façonnent l’espace ; science politique également, elle éclaire les logiques de la vie collective dans la cité. Trop souvent mal enseignée et réduite à une discipline annexe de l’histoire, elle gagnerait à être réhabilitée pour sa capacité à rendre intelligibles les mutations contemporaines.

Parmi celles-ci, la plus décisive est la révolution urbaine survenue au cours du XXè siècle : depuis 2008, l’humanité est majoritairement citadine, une première dans l’histoire. Ce basculement s’est produit en Europe dès le XIXe siècle avec la révolution industrielle, et le point de bascule se produit en France dans les années 1930. Il a bouleversé paysages, modes de vie et catégories statistiques. L’opposition traditionnelle entre ville et campagne, matérialisée dans le paysage par les remparts ou illustrée par la fable du rat des villes et du rat des champs, tend aujourd’hui à s’atténuer, même si elle continue d’éclairer l’histoire sociale et spatiale.

La réflexion se concentre ensuite sur le rôle structurant des espaces publics. Ceux-ci constituent le squelette morphologique de la ville, garantissant lisibilité et stabilité malgré la diversité architecturale. Ils assurent la polyfonctionnalité urbaine – habitat, commerce, sociabilité, circulation – et forment enfin des lieux de rencontre et d’apprentissage du vivre-ensemble, qu’il s’agisse d’interactions quotidiennes ou d’événements collectifs. Cette fonction essentielle a été confirmée par l’histoire, des théoriciens de la Renaissance aux travaux haussmanniens, jusqu’aux réaménagements urbains contemporains.

Une rupture majeure est toutefois intervenue au XXe siècle avec la Charte d’Athènes, rédigée par Le Corbusier et publiée en 1942. Appliquée à la reconstruction d’après-guerre, elle a promu la séparation stricte des fonctions et rejeté la rue comme principe organisateur. Cette logique a produit les grands ensembles, souvent déconnectés de l’armature urbaine traditionnelle, générant perte de repères, sentiment d’insécurité et crise des banlieues.

Enfin, l’intervenante met en lumière l’essor des espaces périurbains depuis les années 1970. Formes hybrides, ni vraiment urbaines ni rurales, ces zones pavillonnaires et commerciales se sont diffusées à l’échelle mondiale. Longtemps négligées par les chercheurs et les politiques publiques, elles constituent pourtant aujourd’hui des lieux de vie essentiels, où se déploient de nouvelles formes de sociabilité et d’initiatives habitantes. Elles pourraient même devenir des laboratoires de l’urbanisme de demain, dans la lignée du modèle de cités-jardins conciliant urbanité et ruralité.

En conclusion, la communication plaide pour une réhabilitation de la géographie, science capable de penser l’habiter sous toutes ses formes. La ville, désormais « terre des hommes », doit être analysée à travers ses espaces publics, matrices du vivre-ensemble, mais aussi à travers les territoires périurbains, encore impensés, qui dessinent pourtant l’avenir urbain mondial.

À l’issue de sa communication Perrine Michon a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.R.  Pitte, J. de Larosière, L. Ravel, R. Brague, J.F. Mattei, A. Vacheron, J.C. Trichet, H. Gaymard, O. Houdé, et C. Tiercelin, L. Stefanini.

 Verbatim de la communicante

 Le verbatim sera disponible prochainement.

Réécoutez la communication