Accueil d’Elie BARNAVI à l’Académie

Le président Jean-Robert Pitte a ouvert la séance de ce lundi 26 mai 2025 en accueillant Élie Barnavi, élu le 17 mars 2025 à la succession de Wolfgang Schaüble, décédé le 26 décembre 2023. Selon l’usage, le Secrétaire perpétuel va quérir le nouveau membre, associé étranger, à la porte de la grande salle des séances. Le président lui remet la médaille de l’Académie en signe de bienvenue.

Élie Barnavi est historien et essayiste, professeur émérite d’histoire de l’Occident moderne à l’Université de Tel-Aviv. De 2000 à 2002, il a servi comme ambassadeur d’Israël en France. Élie Barnavi a publié une vingtaine d’ouvrages sur le XVIe siècle français et européen, sur l’histoire contemporaine d’Israël et du peuple juif, ainsi que des études dans des revues professionnelles en Europe, aux États-Unis et au Canada et des articles d’analyse politique dans la grande presse, en Israël et à l’étranger (France, Belgique, Espagne, Italie). Il est titulaire de plusieurs prix, dont le Grand prix de la Francophonie de l’Académie française, reçu en 2007 pour l’ensemble de son œuvre.

Déplacement de SAR le Prince El Hassan Bin Talal de Jordanie, associé étranger de l’Académie

Le Secrétaire perpétuel Bernard Stirn et le vice-président Jean-David Levitte ont accueilli au Palais le 23 mai dernier SAR le Prince El Hassan Bin Talal de Jordanie, associé étranger de notre Académie, en présence de l’ambassadrice du royaume hachémite son excellence Leena Al-Hadid. Ils ont notamment pu aborder sa vision de la coalition des bienveillants.

Le conservateur des bibliothèques de l’Institut de France Yann Sordet a sorti pour l’occasion deux pièces extraordinaires des archives :  la première traduction du Coran en Latin datant du XVème siècle, ainsi qu’un recueil des premières photos de Petra et du royaume de Jordanie.

Remise du rapport sur « La culture générale aujourd’hui » à Élisabeth BORNE, ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Le vendredi 23 mai, Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, Jean-David Levitte, vice-président, et Olivier Houdé, membre et auteur du rapport sur « La culture générale aujourd’hui : une question d’éducation et de pédagogie » (Cycle d’études soutenu en 2023-24 par la Fondation Simone et Cino Del Duca de l’Institut de France) ont remis officiellement ce rapport de 100 pages dont 10 recommandations à la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Élisabeth Borne.

Très attentive à ce travail, réalisé par notre compagnie avec le concours des quatre autres académies de l’Institut de France, la ministre d’Etat s’est montrée favorable à sa diffusion au sein de l’Education nationale afin qu’il soit tenu compte de ses recommandations dans les actions en cours pour améliorer l’école, qu’il s’agisse des programmes, de l’évaluation des acquis des élèves (via un nouveau baromètre de la culture générale) ou de la formation et de l’incitation des professeurs à coopérer pédagogiquement pour réinstaurer un enseignement transversal de culture générale.

Par ce Cycle d’études Del Duca et la remise de ce rapport aux autorités éducatives du pays, l’Académie des sciences morales et politiques est au cœur de ses missions de réflexion et d’action.

Consulter le rapport

Cérémonie d’installation de Pierre-Michel MENGER à l’Académie et et lecture de la notice sur la vie et les travaux de Mireille DELMAS-MARTY

L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour entendre la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Mireille Delmas- Marty (1941 – 2022) par Pierre-Michel Menger.

Pierre-Michel Menger a été élu au fauteuil 1 de la section Morale et sociologie, le 27 novembre 2023. Cette élection a été approuvée par le décret présidentiel du 11 janvier 2024.

Le président Jean-Robert Pitte ouvre la séance en accueillant les membres des différentes académies présents, ainsi que toutes les personnes présentes sous la coupole.

Le président rappelle les nombreuses figures qui ont occupé ce fauteuil, depuis le baron Joseph Dacier en 1832 jusqu’à Jean Cazeneuve en 1973, en passant par Alexis de Tocqueville élu en 1838, Mireille Delmas-Marty, élue en 2007 et aujourd’hui Pierre-Michel Menger.

Pierre-Michel MENGER

Olivier Houdé prononce ensuite le discours d’accueil de Pierre-Michel Menger. Avant d’évoquer la brillante carrière institutionnelle de Pierre-Michel Menger, normalien, agrégé de philosophie, élu professeur au Collège de France en 2013 et désormais membre de l’Institut, Olivier Houdé retrace l’enfance et le parcours de Pierre-Michel Menger, né à Forbach, en Lorraine, le 10 avril 1953, dans un territoire qui va bientôt subir les soubresauts de l’industrie minière, née de l’exploitation du charbon, bousculée par l’arrivée du pétrole et du nucléaire. C’est dans l’écrin familial que la passion pour la musique de Pierre-Michel Menger naît, avant de devenir un sujet d’étude sociologique. Après une thèse de doctorat soutenue à l’EHESS, sous la direction de Raymonde Moulin – qui fit elle-même sa thèse sous la direction de Raymond Aron, et la soutint devant Raymond Barre – sur la sociologie de la musique (Le compositeur, le mélomane et l’État dans la société contemporaine), Pierre-Michel Menger entre au CNRS en 1981 où il est d’abord chargé de recherche puis directeur de recherche jusqu’à son élection au Collège de France en 2013 sur la chaire de Sociologie du travail créateur. Comment penser le travail, et notamment le travail créateur, est la question qui est au cœur du travail de Pierre-Michel Menger, comme l’attestent ses nombreuses publications qui abordent cette question aussi bien dans les domaines artistiques que scientifiques et dans lesquelles Pierre-Michel Menger explore la notion de talent, notamment dans les secteurs marqués par de très grands écarts de réussite et de rémunération. Olivier Houdé conclut son discours en citant la fable de La Fontaine Le laboureur et ses enfants, qui évoque si bien cette notion de travail et de talent.

Télécharger le discours d’Olivier Houdé

Pierre-Michel Menger procède ensuite à la lecture de la notice sur la vie et les travaux de Mireille Delmas- Marty.

Dernière d’une famille protestante de 6 enfants, apparentée par sa mère à la famille Monod, fille d’avocat, Mireille Delmas-Marty embrasse des études juridiques, mue par ce souci de la justice, au cœur de l’éducation rigoureuse qu’elle a reçue, et qui sera au cœur de son immense quête d’un humanisme juridique. Assistante à la faculté de droit de Paris en 1967, elle soutient son doctorat en 1969 et obtient en 1971, l’agrégation de droit privé et de sciences criminelles. Elle devient ensuite professeur à l’Université de Lille puis à celle de Paris XI, avant de rejoindre en 1990 l’Université de Paris I. Elle y dirige à partir de 1997 l’Unité de recherche de droit comparé qui regroupe 9 centres et 3 associations. Sa science et l’originalité de son expertise, remarquée dès sa première monographie sur le droit pénal des affaires, publiée en 1973, lui valent d’être très vite membre de nombreuses commissions associées au travail parlementaire. En 2002, elle est la première femme juriste élue au Collège de France, où elle occupe la chaire Études juridiques comparatives et internationalisation du droit, jusqu’à sa retraite en 2012. En 2007, elle est élue à l’Académie où elle est la seconde femme juriste, après Suzanne Bastid, élue en 1971. Elle y animera notamment un groupe de travail « Humanisme et mondialisation » qui réunira nombre de ses consœurs et confrères.

Les trois maximes nécessaires selon Emmanuel Kant pour qu’un penseur accède à la sagesse – penser par soi-même, se mettre par la pensée à la place de tout autre homme, toujours penser en accord avec soi-même – s’appliquent bien à la conception originale d’un humanisme à vocation universelle que va développer Mireille Delmas-Marty. Sa thèse de doctorat porte sur un sujet très technique : « Les sociétés de construction devant la loi pénale », qui deviendra un livre en 1973, Droit pénal des affaires. Dans ses ouvrages suivants, nourris en partie de la lecture de Michel Foucault et de Surveiller et punir, elle expose les principes de la justice pénale et prend position pour une autre politique criminelle. Sa participation à la commission de révision du droit pénal, lancée en 1981 par Robert Badinter, lui permet de contribuer à la faire advenir. Les innovations proposées sont orientées vers un nouvel équilibre entre pénalisation et dépénalisation et le recours plus fréquent à des sanctions alternatives. En 1992, elle fera partie d’un comité de réflexion qui, sous la présidence de Robert Badinter, sera à l’origine de la création d’un tribunal pénal international chargé de juger les crimes commis dans l’ex-Yougoslavie. Son intérêt pour la construction européenne dans le champ judiciaire, la fait s’intéresser aux discontinuités normatives et aux questions qu’elles suscitent. Mireille Delmas-Marty développe une sensibilité grandissante pour les formes émergentes et mouvantes d’un droit supranational. Sa quête est celle d’un idéal régulateur non hégémonique qui « ne s’imposerait pas à partir d’un seul système, mais tenterait de combiner les divers systèmes de droits nationaux entre eux et de se combiner avec les instruments juridiques internationaux ». Plutôt que de mener solitairement ses recherches dans la seule enceinte de la science juridique, Mireille Delmas -Marty pratique la recherche collective et son cercle de réflexion s’élargit aux philosophes, aux linguistes, aux biologistes aux économistes mais aussi aux poètes, aux peintres, aux sculpteurs. Elle cherche à développer un droit qui soit légitime tout en étant pluriel. Selon elle, il faut inventer un droit des droits, un droit qui puisse théoriser ce que peut le droit et à quelle échelle il le peut, un droit qui théorise les conditions de possibilité de ses incarnations multiples et variables. Mireille Delmas-Marty place ainsi les droits de l’homme au centre de ses recherches et en fait la clé de voûte de l’étude de la mondialisation du droit. Dans son enseignement au Collège de France de 2002 à 2012, elle va ainsi chercher à imaginer comment « humaniser la mondialisation » ou comment « résister à la déshumanisation ». En 2016, elle publie Aux quatre vents du monde. Petit guide de navigation sur l’océan de la mondialisation, avec comme symbole en couverture une rose des vents représentant des couples d’opposés qu’elle estime impensables à tenir séparés (sécurité/liberté, coopération/compétition, intégration/exclusion, conservation/innovation). À partir de 2018, Mireille Delmas-Marty va recourir à l’art pour représenter son système de valeurs, notamment avec sa « boussole des possibles » qu’elle réalise avec l’artiste-bâtisseur Antonio Beninca et dont une version définitive du prototype mobile, haut de 4m, doit être prochainement installé dans l’enceinte du Château de Goutelas. Cette boussole est le symbole de l’humanisme « joyeusement obstiné » de Mireille Delmas-Marty et des valeurs qui ont porté une vie de travail et d’engagement.

Télécharger le discours de Pierre-Michel Menger

À l’issue de cette cérémonie, Jean-Claude Casanova a prononcé le discours de remise de l’épée d’académicien de Pierre-Michel Menger, en évoquant le sens de cet objet et de ce rituel, qui ne sont ni prescrits ni écrits dans les textes régissant les pratiques de l’Institut de France mais font partie de ses usages. Il la lui a remise sous les applaudissements.

Des intermèdes musicaux ont ponctué cette cérémonie : Monteverdi, L’incoronazione di Poppea : Pur ti miro, pur ti godo ; Boulez, Notations 2 pour orchestre ; Bach, Messe en Si : Et resurrexit ; Nina Simone, My way.

Revivez la cérémonie

Suivez en direct la cérémonie d’installation de Pierre-Michel MENGER à l’Académie à partir de 15 heures

Cérémonie d’installation de Pierre-Michel Menger
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques
&
Lecture de la notice sur la vie et les travaux
de Mireille Delmas-Marty (1941- 2022)
Lundi 19 mai 2025 à 15h00
Sous la coupole de l’Institut de France


Allocution de Jean-Robert Pitte
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

Intermède musical
Monteverdi, L’incoronazione di Poppea : Pur ti miro, pur ti godo

Discours d’accueil de Pierre-Michel Menger
par Olivier Houdé
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Intermède musical
Boulez, Notations 2 pour orchestre

Lecture de la notice sur la vie et les travaux
de Mireille Delmas-Marty par Pierre-Michel Menger
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Intermède musical
Bach, Messe en Si : Et resurrexit

Discours de remise de l’épée à Pierre-Michel Menger
par Jean-Claude Casanova

Membre de l’Académie des sciences morales et politiques
Intermède musical
Nina Simone, My way

La Fondation Simone et Cino Del Duca fête ses cinquante ans sous la Coupole

Créée en 1975, la Fondation Simone et Cino Del Duca fête cette année ses cinquante ans. À cette occasion, le secrétaire perpétuel Bernard Stirn s’est exprimé sous la coupole le jeudi 15 mai dernier pour saluer l’engagement de Cino et Simone Del Duca et remercier la Fondation pour le soutien qu’elle apporte aux travaux de l’Académie.

Discours prononcé par Bernard Stirn lors de la séance anniversaire de la Fondation Simone et Cino Del Duca (15 mai 2025)

Si chère à Cino et Simone Del Duca, la liberté de la presse est au cœur des valeurs qui inspirent les réflexions, les travaux et les projets de l’Académie des sciences morales et politiques. Dans le monde d’aujourd’hui, la proclamation de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme conserve toute son actualité et réclame toujours la vigilance : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». En application de ces principes, notre académie ferait volontiers sienne la réaction de Chateaubriand à l’ordonnance du 25 juillet 1830 qui suspendait la liberté de la presse, telle qu’il la rapporte dans les Mémoires d’outre-tombe : « La presse est un élément jadis ignoré, une force autrefois inconnue, introduite maintenant dans le monde ; c’est la parole à l’état de foudre ; c’est l’électricité sociale. Pouvez-vous faire qu’elle n’existe pas ? Plus vous prétendrez la comprimer, plus l’explosion sera violente. Il vous faut donc vous résoudre à vivre avec elle, comme vous vivez avec la machine à vapeur ». La formule pourrait s’appliquer de nos jours à l’audiovisuel, au numérique, aux moteurs d’intelligence artificielle.

L’attachement partagé à la liberté de la presse rend naturels les liens très étroits qui se sont établis entre la Fondation Del Duca et l’Académie des sciences morales et politiques. La Fondation soutient les publications de l’Académie, elle lui ouvre ses locaux, elle contribue à la bonne réalisation de nombre de ses activités.  Plus encore, elle permet à l’Académie d’organiser, selon un cycle pluriannuel, une réflexion approfondie sur des questions d’ordre économique et social qui touchent la société contemporaine. Les travaux se déroulent sur deux ou trois ans. Ils associent des membres de l’Académie et des personnalités extérieures et débouchent sur une publication.

Les thèmes retenus dans ce cadre par l’Académie illustrent les interrogations et les préoccupations que notre société inspire. Menée de 2005 à 2007, une étude intitulée La France prépare mal sa jeunesse a été publiée avec une préface cosignée par Pierre Messmer et Raymond Barre. De 2008 à 2010, l’Académie a réfléchi sur Les inégalités et le sentiment de justice en France. Un travail considérable sur Guerre et société, mené sous la conduite de notre regretté confrère Jean Baechler, s’est traduit, de 2011 à 2015, par quatre grands colloques internationaux, treize journées d’études et la publication de plusieurs ouvrages. Chantal Delsol a animé de 2016 à 2018 un cycle sur Dissidence et pardon politique en Europe centrale.  Daniel Andler a ensuite dirigé les études sur Technologies émergentes et sagesse collective. La réflexion conduite par Olivier Houdé sur la Culture générale vient de s’achever par la publication d’un riche rapport qui sera remis la semaine prochaine à Mme la ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Chantal Delsol, Daniel Andler et Olivier Houdé sont parmi nous ce soir. Sous la responsabilité d’Hervé Gaymard, un nouveau cycle, consacré à l’Avenir de la démocratie, vient de s’ouvrir. Alors que la fin du XXème siècle avait été marquée par un optimisme sans doute trop confiant sur les progrès constants des libertés, notre académie est conduite à s’interroger aujourd’hui sur les difficultés rencontrées par les démocraties les plus solidement établies, sur la mise en cause même du modèle de démocratie libérale et sur l’affirmation de régimes qui revendiquent d’autres inspirations.

Par leur durée, suffisamment longue pour réunir les informations nécessaires à l’approfondissement des analyses, par leur ouverture sur l’extérieur, par les publications qui les accompagnent, ces cycles stimulants aident notre académie à remplir pleinement sa mission. Aussi l’Académie des sciences morales et politiques est-elle heureuse d’exprimer à la fondation Simone et Cino Del Duca, à l’occasion de son cinquantième anniversaire, toute sa reconnaissance et son sincère attachement.

Bernard Stirn

Communication de Micheline HOTYAT « Déforestation et re-végétalisation dans le monde »

Communication du 12 mai 2025 de Micheline Hotyat, Professeur émérite à Sorbonne-Université et Recteur honoraire de l’académie de Caen

Thème de la communication : Déforestation et re-végétalisation dans le monde

Synthèse de la séance

Actuellement dans le monde, la forêt couvre 4,06 milliards d’hectares, soit 31% des terres émergées tandis qu’en 1990 sa superficie était de 3,4 milliards d’hectares, soit 27% des terres émergées.  Cette différence statistique pose la question de savoir si le terme « forêt » a toujours eu la même définition pour pouvoir faire une comparaison ? Il y a diverses définitions possibles selon les critères choisis, ceux retenus pour cette présentation sont au nombre de cinq et sont ceux utilisés par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) pour fournir des données statistiques comparables dans le monde, à savoir : une superficie minimum de 0,5 hectare, la présence d’arbres dépassant 5m de haut, un taux de boisement de plus de 10% du territoire considéré et présentant une largeur d’au moins 20 mètres et enfin n’ayant aucune utilisation agricole ou urbaine. Cette définition peut toutefois varier selon quelques pays. Outre sa richesse biologique, la forêt rend de nombreux services : elle est le deuxième puit de carbone après les océans (captant chaque année 8 milliards de tonnes de CO2), elle améliore la qualité de l’air et de l’eau, protège les sols, fournit les petits produits de la forêt et des poissons dans les mangroves, et accueille du public.

À travers le monde, certaines forêts sont plus menacées que d’autres ainsi les forêts tropicales d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie accusent de grosses pertes tandis que certaines forêts tempérées voire subtropicales présentent quelques gains. Sur les 420 millions d’hectares de forêt perdus entre 1990 et 2020, 73% sont dus à l’augmentation des surfaces cultivées (soja, huile de palme etc.) et 10% à l’extension urbaine. Le reste est dû aux coupes illégales, au stress hydrique lié au réchauffement climatique, aux exploitations forestières intensives, mais aussi aux incendies, aux tempêtes et au dépérissement. Au Costa Rica par exemple, la destruction de la forêt depuis 1987 est essentiellement due au développement de la culture et de l’élevage.

Face à ce mouvement, des efforts sont déployés pour limiter la déforestation et la Terre peut sembler se reverdir, sous des formes différentes. De même qu’il n’existe pas une déforestation, mais des déforestations, il n’existe pas une solution mais des solutions pour re-végétaliser la planète : depuis les grands projets de murailles vertes comme au Sahel ou en Chine, les décisions de gouvernements de créer des zones protégées ou de favoriser des recherches pour reboiser autrement et sélectionner des essences pour résister au réchauffement climatique jusqu’à la lutte contre la déforestation illégale ou la déforestation importée. L’agroforesterie, qui consiste à associer la plantation d’arbres à des cultures ou de l’élevage – comme c’était traditionnellement le cas en Normandie par exemple – présente des avantages intéressants. Cette complexité des forêts du monde présente des enjeux internationaux et environnementaux à toutes les échelles et nous conduit à nous interroger sur ce que nous pouvons espérer pour demain, sans oublier que la forêt résulte de choix et de décisions politiques et s’inscrit dans le temps long, mettant plusieurs centaines d’années à se constituer.

À l’issue de sa communication Micheline Hotyat a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées X. Darcos, O. Houdé, R. Brague, H. Gaymard, D. Senequier, S. Sur, J.C. Trichet, M. Pébereau, Y. Gaudemet, L. Bély, J.D. Levitte, A. Vacheron.

 Verbatim de la communicante

Le verbatim de la communicante n’est pas encore disponible.

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Communication de Jérôme FOURQUET « Le nouveau tableau politique de la France »

Communication du 5 mai 2025 de Jérôme Fourquet, Directeur du département « Opinions et stratégies d’entreprises » à l’IFOP

Thème de la communication : Le nouveau tableau politique de la France

Synthèse de la séance

Jérôme Fourquet commence en rendant hommage à André Siegfried, membre de l’Académie et auteur du Tableau politique de la France de l’ouest sous la Troisième République, ouvrage de sociologie politique, paru en 1913, et considéré comme le livre fondateur de la sociologie électorale. Son propos porte ensuite sur les deux enseignements majeurs des dernières élections législatives en France : la poursuite de la montée du vote pour le Rassemblement National, ce qu’il appelle « les eaux bleu-marines », et la réactivation du front républicain. La montée du vote en faveur du Rassemblement National a progressé de manière significative entre les élections présidentielles de 2022 et les élections législatives de 2024 passant de 18% à 33% avec une participation électorale en hausse. La géographie de ce vote reste stable avec des zones prévalentes (pourtour méditerranéen, vallée de la Garonne, Nord-Est de la France) où le RN fait plus de 40% au premier tour – les plafonds d’hier (Var, Vaucluse des années 1980) étant devenus les planchers d’aujourd’hui. Pour comprendre les motivations des électeurs du Rassemblement National, l’IFOP a construit un indice baptisé IPI rassemblant les enjeux les plus importants pour les électeurs de Marine Le Pen selon un sondage IFOP : l’insécurité, la pauvreté, l’immigration. La superposition des cartes où cet indice est élevé et le score des candidats RN au 1er tour des élections législatives de 2024 permet d’éclairer les ressorts de ce vote sans toutefois l’expliquer complètement – l’Ile-de-France, qui rassemble 16% de la population française, et où cet indice IPI est, par endroit, très élevé vote peu pour le RN. Une 2ème variable peut être identifiée : celle de la taille de la commune. Les communes de moins de 500 à 10 000 habitants rassemblent 7 millions de voix pour le RN et les communes de moins de 500 habitants ont voté à près de 43% pour ce parti. Jérôme Fourquet explique l’importance du vote RN dans ces petites communes par la place de la voiture dans ces territoires, où la dépendance à l’automobile est forte et l’utilisation de la voiture absolument inévitable dans tous les actes du quotidien comme l’a bien montré Nicolas Mathieu dans son roman Leurs enfants après eux (Actes sud, 2018). Ce « peuple de la route », selon l’expression employée par Jérôme Fourquet, est dès lors très attentif et sensible aux discours politiques accordant de l’importance à la voiture, comme l’a fait Jordan Bardella qui a placé la voiture au cœur de sa campagne électorale. Alors que 49% des personnes « très dépendantes de la voiture au quotidien » ont voté pour le RN au 1er tour des élections législatives, 28% des personnes « pas du tout dépendantes de la voiture au quotidien » ont voté RN. Enfin, un 3ème paramètre peut influer sur les comportements électoraux et rendre compte de la montée du vote RN : celui de capital résidentiel.

Le deuxième enseignement des élections législatives de 2024 a été la réactivation du front républicain. Alors que, lors des élections législatives de 2022, le taux de victoire des candidats du RN dans des duels face à des macronistes était de 50%, il n’a été que de 17% en 2024. Le front républicain a donc été massivement réactivé, même s’il l’a été à géométrie variable (le report de voix des électeurs macronistes se faisant moins bien dans le cas d’un duel du RN face à la gauche que celui des électeurs de gauche dans le cas d’un duel du RN face à des macronistes).

Jérôme Fourquet termine en rappelant l’une des conclusions emblématiques des travaux d’André Siegfried : « le granite produit du curé et le calcaire produit de l’instituteur ». Bien loin d’un binaire déterminisme géologique, cette observation, tirée d’une enquête de terrain sur le canton de Talmont Saint-Hilaire, résulte d’une observation des types d’activités, essentiellement agricoles à l’époque et liées à la nature des sols, des types d’habitat (groupé ou dispersé) et des modes de vie induits. A. Siegfried avait également mis en avant l’influence de deux autres paramètres sur les comportements électoraux : l’altitude et l’influence religieuse. En Ardèche, il avait ainsi pu établir une différenciation dans les votes à partir de 800 m d’altitude – ce que l’on peut retrouver aujourd’hui, dans une moindre mesure et à des altitudes plus basses en Languedoc-Roussillon. Siegfried soulignait toutefois que « quand le facteur religieux entre en ligne de compte dans les luttes politiques, c’est lui qui prend le pas sur tout autre considération économique ou sociale » (Géographie électorale de l’Ardèche sous la IIIè République, Paris, Armand Colin, 1949).

À l’issue de sa communication J. Fourquet a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées X. Darcos, S. Sur, P.M. Menger, F. d’Orcival, E. Roussel, H. Gaymard, O. Grenouilleau, G. Alajouanine, J.D. Levitte.

 Verbatim du communicant

Le verbatim du communicant n’est pas encore disponible

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Emmanuel DE WARESQUIEL est élu membre de l’Académie

Jean TIROLE dépose son bulletin dans l’urne auprès de l’huissier de séance Bruno GIRARD

Le président Jean-Robert Pitte ouvre la séance en faisant procéder à l’élection au fauteuil n°4 de la section Histoire et Géographie laissé vacant par le décès d’Emmanuel Le Roy Ladurie, le 22 novembre 2023. Cinq candidats avaient déposé leur candidature, par ordre alphabétique : Sylvie Brunel, Bertrand Lemoine, Jean-François Sirinelli, Michel Vergé-Franceschi, Emmanuel de Waresquiel.

Emmanuel de Waresquiel est élu au second tour de scrutin.

Emmanuel de Waresquiel, né en 1957, est un historien dont les travaux portent sur les périodes de la Révolution et de l’Empire. Ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, il a soutenu une thèse sous la direction de Jean Tulard et une HDR en 2004. Ses travaux sur la chambre des pairs et les élites de la Restauration ont donné naissance à deux ouvrages (L’histoire à rebrousse-poil et Un groupe d’hommes considérables). Après 1999, il est ingénieur de recherche à l’École pratique des hautes études. Il a publié de nombreuses biographies sur des figures historiques : le duc de Richelieu, Talleyrand, Félicie de Fauveau, Fouché, Jeanne du Barry. En 2024, son dernier ouvrage, Il nous fallait des mythes (Tallandier), propose une réflexion sur la Révolution et ses imaginaires.

 

Matinée autour de Maurizio SERRA

Matinée autour de Maurizio Serra, de l’Académie française, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques

Les académiciens se sont réunis en petite salle des séances pour entendre Maurizio Serra évoquer son livre Munich 1938. La paix impossible (Perrin, 2024) et débattre avec lui de ce moment historique dont les échos sont forts avec l’actualité d’aujourd’hui, même si des différences de contexte doivent être soulignées. Après avoir présenté Maurizio Serra, correspondant de la section Générale depuis 2008, élu à l’Académie française en 2020, le président Jean-Robert Pitte lui donne la parole. Un débat s’ensuit avec les académiciens, d’abord sur les aspects historiques puis sur le rapport avec l’actualité. Maurizio Serra échange ainsi avec Th. de Montbrial, S. Sur, H. Gaymard, Pierre Buhler, ancien ambassadeur de France en Pologne, Robert Kopp, J.R. Pitte, P. Delvolvé, M. Bastid-Bruguière, J.D. Levitte.