Cérémonie d’installation de Sa Sainteté le Patriarche œcuménique BARTHOLOMEE Ier et Lecture de la notice sur la vie et les travaux du Cardinal Joseph RATZINGER (1927 – 2022), Sa Sainteté le Pape BENOÎT XVI

Déroulé

Allocution de Jean-David Levitte
Président de l’Académie des sciences morales et politiques

Intermède musical
J.S Bach, Variations Goldberg, « Aria »

Discours d’accueil de Sa Sainteté le Patriarche oecuménique Bartholomée Ier
par Thierry de Montbrial, membre de l’Académie

Intermède musical
J.S Bach, Variations Goldberg, « Quodlibet »

Lecture de la notice sur la vie et les travaux
du Cardinal Joseph Ratzinger (1927 – 2022)
,
Sa Sainteté le Pape Benoît XVI
par Sa Sainteté le Patriarche oecuménique Bartholomée Ier
Membre associé étranger de l’Académie

Remise de la première édition en grec et en latin, de 1675 du livre sur la vie et l’oeuvre théologique de Saint Maxime le Confesseur à Sa Toute-Sainteté
par Haïm Korsia et Luc Ravel, membres de l’Académie.

Communication de Christoph HEUSGEN « Le regard de l’Allemagne sur la France, l’Union Européenne et le continent européen »

Communication du lundi 23 mars 2026 de Christoph Heusgen, ancien président de la conférence de Munich sur la sécurité, ancien conseiller diplomatique d’Angela Merkel

Thème de la communication : Le regard de l’Allemagne sur la France, l’Union Européenne et le continent européen

 Synthèse de la séance

En préambule, Bernard Stirn a salué Jean-Claude Trichet qui a été nommé, le 10 mars dernier par la Présidente du Parlement Européen, membre de l’Ordre européen du mérite nouvellement créé. L’ancien président de la Banque centrale européenne est le seul français retenu dans cette première promotion de 20 membres qui comprend un grand nombre de chefs d’État et de gouvernement européens.

Christoph Heusgen commence en soulignant son attachement ancien à la France et à Paris, nourri par ses expériences professionnelles et ses rencontres, notamment avec des responsables politiques français et allemands. Il insiste sur l’importance centrale des relations franco-allemandes pour l’Europe et leur rôle déterminant dans la construction et la stabilité du continent. La relation franco-allemande a toujours occupé une place prioritaire dans la politique étrangère allemande, comme l’a illustré l’action d’Angela Merkel, qui a toujours veillé à préserver une coopération étroite avec la France, malgré d’éventuelles divergences.

Cette relation trouve ses racines dans la réconciliation historique initiée après la Seconde Guerre mondiale par des figures comme Charles de Gaulle et Konrad Adenauer. Leur objectif était de mettre fin aux conflits répétés entre les deux pays en instaurant une coopération durable, concrétisée notamment par le traité de l’Élysée et renforcée par des échanges concrets entre sociétés civiles, comme les programmes pour la jeunesse ou les jumelages.
Christoph Heusgen rappelle ensuite que cette coopération a été essentielle au succès de l’intégration européenne, qui a garanti une paix durable sur le continent. Cependant, il met en garde contre la montée des nationalismes et la tentation de remettre en cause le projet européen. Face à ces défis, il défend la nécessité de renforcer l’intégration, notamment sur le plan économique et financier, afin de faire face à la concurrence mondiale et d’assurer l’autonomie stratégique de l’Europe.
Les crises récentes, comme celle de l’euro ou la pandémie de COVID-19, ont montré l’efficacité d’une action commune, en particulier entre la France et l’Allemagne. Toutefois, des progrès restent nécessaires, notamment en matière de financement commun, de discipline budgétaire et de croissance économique.
Christoph Heusgen aborde ensuite la question des relations avec la Russie. Il analyse l’évolution de ces relations, marquées par une volonté initiale de coopération, puis par un tournant vers la confrontation sous Vladimir Poutine. Il reconnaît certaines erreurs européennes, comme la dépendance énergétique ou le manque d’investissements dans la défense, et regrette l’affaiblissement récent du leadership franco-allemand dans la gestion du conflit en Ukraine.
Il souligne également les limites institutionnelles de l’Union européenne, notamment en matière de politique étrangère, où la règle de l’unanimité freine son efficacité. Pour lui, seule une Europe plus intégrée, capable d’agir et de se défendre, pourra peser sur la scène internationale.
Enfin, Christoph Heusgen élargit sa réflexion à l’ordre mondial, qu’il juge de plus en plus dominé par le « droit du plus fort » au détriment du droit international. Face à cette évolution, il appelle la France et l’Allemagne à défendre le multilatéralisme, le respect du droit international et le règlement pacifique des conflits.
En conclusion, Christoph Heusgen affirme que l’avenir de l’Europe repose sur une coopération étroite et confiante entre la France et l’Allemagne, condition indispensable pour relever les défis politiques, économiques et géopolitiques actuels.

À l’issue de sa communication, Christoph Heusgen a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées B. Arnault, Th. de Montbrial, R. Brague, D. Senequier, C. Talon-Hugon, S. Sur, J.C. Trichet, G.H. Soutou, E. Roussel, L. Bély, M. Pébereau, J. de Larosière.

Réécouter la communication

« Du bon exercice du pouvoir : dans l’État, l’administration, l’entreprise » de Jean-Denis Combrexelle (2026)

Bernard STIRN

Bernard Stirn a déposé l’ouvrage suivant en séance du 23 mars 2026 :

Du bon exercice du pouvoir : dans l’État, l’administration, l’entreprise de Jean-Denis Combrexelle (Odile Jacob, 2026, 258 p.).

Présentation prononcée en séance

L’expérience professionnelle de Jean-Denis Combrexelle est d’une grande richesse, tant au Conseil d’Etat, où il a présidé la section sociale puis la section du contentieux qu’à l’extérieur de celui-ci : il a notamment occupé, pendant plus de dix ans, les fonctions de directeur général du travail et il a dirigé les cabinets du Garde des sceaux et de la Première ministre Elisabeth Borne. Ce parcours lui a inspiré un premier livre, Les normes à l’assaut de la démocratie, que notre académie a primé l’an passé. Il nous livre aujourd’hui un autre retour d’expérience, en publiant Du bon exercice du pouvoir, dans l’Etat, l’administration, l’entreprise.

            Avec simplicité, cet ouvrage décrit les difficultés que tout dirigeant, du public comme du privé, rencontre inévitablement sur son chemin. Il indique comment se prémunir de bien des embûches, dans le recrutement, la prise de poste, la communication, la négociation. Il montre comment exercer l’autorité de manière simple et bienveillante, insiste sur la nécessité d’inscrire l’action quotidienne dans des perspectives bien définies, souligne les écueils à éviter, tant en termes de jargon dans l’expression que de comportement au travail. Trop de mauvaises habitudes ont été prises, y compris pour s’enfermer dans le surmenage, qui peuvent avoir pour conséquence d’inciter certains à se détourner des responsabilités publiques.

Sans prétention mais plein de sagesse, le nouveau livre de Jean-Denis Combrexelle est à méditer pour tous les responsables d’aujourd’hui. Il transmet en définitive avec une teinte d’inquiétude mais aussi avec optimisme un message sur les rapports de l’Etat et de la démocratie, en relevant dans sa conclusion : « Non seulement l’Etat et la démocratie vont mal, mais les maux de l’un accroissent les maux de l’autre. L’Etat a besoin d’un pouvoir politique fort, exigeant et compétent, et la démocratie a besoin d’un Etat agile et efficace ». A ceux qui exercent le pouvoir dans l’Etat, l’administration et l’entreprise de savoir trouver et mettre en œuvre les moyens de répondre à ces objectifs. L’expérience de Jean-Denis Combrexelle peut les y aider et son livre m’a paru mériter de retenir l’attention de notre académie.

« Henri de Lubac, théologien » de Michel Fédou (2026)

Jacques de LAROSIERE

Jacques de Larosière a déposé l’ouvrage suivant en séance du 23 mars 2026 :

Henri de Lubac, théologien de Michel Fédou, (Cerf, 2026, 384 p.).

Présentation prononcée en séance

Michel Fédou, longtemps Directeur du Centre Jésuite de la rue de Sèvres, est un des meilleurs théologiens français.

Il a étudié systématiquement l’œuvre à la fois très diverse et très profonde du Père de Lubac.

Chacune des œuvres de Lubac est étudiée et analysée de façon précise et lumineuse.

L’œuvre de Lubac se caractérise par une grande diversité de centres d’intérêts (Proudhon, Dostoiesky, le Bouddhisme, Claudel…) et par une cohérence intérieure que l’auteur analyse avec clarté et dans un style parfait.

Le Père Fédou traite, en profondeur, de l’interprétation de St Thomas, qui a valu à Lubac critiques et interdiction d’enseigner pendant près de 3 décennies.

La querelle sur le Thomisme a, aujourd’hui, de quoi surprendre. Contrairement à la thèse officielle des scolastiques, Lubac considère que l’œuvre de St Thomas souligne que l’être humain – composé de 2 natures conjointes : la nature humaine et la nature divine – cherche et aime Dieu, alors que l’interprétation courante – contestable aux yeux de Lubac – pense que l’Homme est l’objet d’une grâce gratuite et qu’il ne saurait d’être rattaché à l’enracinement d’une disposition naturelle de l’Homme à l’ouverture à Dieu.

Michel Fédou fait une analyse très claire des thèses en présence ainsi que des vues d’un théologien qui a beaucoup réfléchi sur cette question Karl Rahmer.

La richesse de pensée du Père de Luba en cette matière a conduit le Pape Jean-Paul II à conférer à ce théologien le titre de Cardinal et sa participation aux travaux du Concile.

Il n’est évidemment pas question ici de résumer l’œuvre monumentale de celui qui a intimement étudié l’exégèse médiévale, mais il est intéressant de noter que Lubac n’était pas seul. Il faisait parti d’un groupe de théologiens remarquables parmi lesquels on peut citer : Blondel, Gaston Fessard, Hans Von Baltazar, Ratzinger (Pape Benoit XVI), Gilson, Chaillet, Teillard de Chardin, Danielou…

Jacques de Larosière

22/03/2026

Communication de Franck MICHELIN « Les fantômes de l’empire japonais. Le Japon face à la question taïwanaise »

Communication du lundi 16 mars 2026 de Franck Michelin, Professeur d’économie à l’Université Teikyô (Japon), membre de l’Académie des sciences d’Outre-mer

Thème de la communication : Les fantômes de l’empire japonais. Le Japon face à la question taïwanaise

 Synthèse de la séance

Franck Michelin se propose d’analyser les raisons pour lesquelles Taïwan occupe une importance particulière pour le Japon. Il part d’un incident diplomatique survenu le 7 novembre 2025 lorsque la Première ministre japonaise, Takahichi Sanae, a évoqué devant le parlement la notion de « menace existentielle » pour le Japon en lien avec la question de Taïwan, déclenchant une tension avec la Chine. Si cette déclaration s’appuie sur la loi japonaise sur la sécurité adoptée en 2003, puis renforcée en 2015, qui autorise le recours à la force non seulement en cas d’attaque directe, mais aussi face à des menaces contre les intérêts vitaux du pays, cette position entre en contradiction avec la reconnaissance officielle par le Japon du principe d’une seule Chine depuis 1972.

Franck Michelin souligne que les relations économiques avec Taïwan existent mais restent modestes comparées à celles entre le Japon et la Chine, même si certains secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs sont particulièrement développés. La proximité géographique est également relative : Taïwan est plus proche de la Chine et des Philippines que du cœur de l’archipel japonais, à l’exception de quelques îles situées à une centaine de kilomètres.

L’importance de Taïwan pour le Japon s’explique davantage par l’histoire et les relations culturelles. L’île fut une colonie japonaise de 1895 à 1945, période durant laquelle le Japon y développa des infrastructures, un système administratif et des institutions éducatives. Une partie des élites taïwanaises fut formée au Japon et la langue japonaise y resta largement répandue. Après 1949, lorsque le Kuomintang de Tchang Kaï-chek se réfugia à Taïwan après sa défaite face aux communistes chinois, l’isolement diplomatique de l’île et la menace de la Chine populaire renforcèrent ses liens avec le Japon. Au Japon, Taïwan est souvent perçu comme un pays « nippophile », contrairement à la Corée où la mémoire de la colonisation reste fortement négative.

Franck Michelin rappelle également les divisions internes de la société taïwanaise après 1949 entre les populations arrivées avec le Kuomintang, et les populations chinoises installées auparavant, souvent plus favorables à l’idée d’une identité taïwanaise distincte. Cette histoire contribue à l’image, au Japon, d’une colonisation relativement bien acceptée, ce qui nourrit parfois une vision nostalgique du passé impérial.

Enfin, Franck Michelin replace la position japonaise dans un contexte stratégique plus large. Face à la montée en puissance militaire et économique de la Chine, le Japon se trouve dans une situation fragile. Malgré un budget de défense important, ses forces armées restent limitées par la constitution pacifiste, par le vieillissement de la population et par une opinion publique réticente à l’usage de la force. Dans ce contexte, la question de Taïwan sert aussi d’outil politique interne pour justifier certaines orientations sécuritaires.

En conclusion, Franck Michelin montre que l’importance de Taïwan pour le Japon ne repose pas principalement sur la géographie ou l’économie, mais sur un ensemble de facteurs historiques, culturels et politiques. La question taïwanaise est devenue un élément central du débat stratégique japonais, dans un contexte marqué par la montée en puissance de la Chine et les incertitudes sur la sécurité régionale.

À l’issue de sa communication, Franck Michelin a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées J.R. Pitte, H. Gaymard, M. Bastid-Bruguière, M. Pébereau, J. de Larosière.

Réécouter la communication

« Faut-il encore décider ? La décision à l’ère de l’intelligence artificielle » d’Éric Hazan et Olivier Sibony (2026)

Pierre-Michel MENGER

Pierre-Michel Menger a déposé l’ouvrage suivant en séance du 16 mars 2026 :

Faut-il encore décider ? La décision à l’ère de l’intelligence artificielle d’Éric Hazan et Olivier Sibony (Flammarion, 2026, 240 p.).

Présentation prononcée en séance

Les recherches sur la faillibilité du jugement humain sont anciennes, d’abord philosophiques, puis psychologiques. Au milieu du 20ème siècle, un livre de Paul Meehl, Clinical vs Statistical Prediction avait fait sensation. Il montrait comment l’analyse statistique de données objectives pouvait faire jeu égal avec le jugement des experts quand il convenait de décider d’un traitement médical, ou de remettre en liberté conditionnelle un prisonnier ou encore d’admettre des étudiants dans une université sélective. Et si l’outil statistique progressait, comment ne pas se demander si la décision fondée sur un jugement statistique ne serait plus fiable que celle d’un expert ?  

Eric Hazan et Olivier Sibony citent le travail de Meehl pour lancer leur enquête et leurs questions: dans quels domaines la prévision statistique est-elle devenue supérieure au jugement des experts ? Jusqu’où les erreurs algorithmiques peuvent-elles saper la confiance dans l’intelligence artificielle alors que l’équation coûts-bénéfices se modifie sans cesse avec les progrès de l’outil? Et surtout, qu’advient-il désormais de l’art ou de la science humains, trop humains, de la décision, une question dont notre très regretté confrère Bertrand Saint-Sernin aurait beaucoup aimé discuter les termes les plus contemporains ?

Maintenant que les prouesses statistiques et probabilistes de l’intelligence artificielle redéfinissent sans cesse la limite qui sépare celle-ci de l’intelligence humaine, c’est moins la faillibilité du jugement humain que celle du jugement algorithmique qui attire l’attention, l’inquiétude, la résistance ou la franche aversion, par exemple de ceux qui s’érigent en objecteurs de conscience contre l’IA générative, pour sauver l’humanisme et la rationalité, ni plus ni moins.

Mais une problématisation lucide est toujours plus intelligente qu’une aversion pétitionnaire. C’est ce que nous montrent Eric Hazan, ancien senior partner de McKinsey, et acteur autant qu’analyste de la révolution de l’IA, et Olivier Sibony, professeur à HEC et Oxford, dans ce livre court dont la densité analytique agit comme un guide.

Les deux auteurs explorent les champs et les conditions dans lesquels la prise de décision peut être efficacement déléguée aux outils artificiellement intelligents, afin de soustraire le jugement humain aux imprécisions et aux fluctuations qui entravent son exercice. L’autre foyer de leur réflexion et de leurs propositions concerne la délimitation des domaines qui doivent rester inconditionnellement sous le contrôle de la décision humaine. Pourquoi ? Parce que la décision doit rester gouvernée par le principe de responsabilité et par des valeurs éthiques et politiques dont la machinerie algorithmique ne saurait fournir un socle substitutif quelconque.

Les problèmes ainsi abordés sont d’autant plus lancinants que la frontière de l’efficacité avérée de l’IA se déplace sans cesse et que le risque grandit d’une technocratie algorithmique assise sur l’emploi d’outils dont la puissance et le fonctionnement demeurent opaques. Ni nostalg.IA ni technocrat.IA, écrivent Hazan et Sibony, mais une réinvention solidaire de la démocratie et de l’IA : le propos conclusif de leur livre est ferme et éclairant.

Pierre-Michel Menger, le 16 mars 2026

Colloque « Démocratie et désinformation scientifique »

Le colloque « Démocratie et désinformation scientifique » s’est tenu ce 11 mars. Il était co-organisé avec l’association des professeurs d’Histoire-Géographie, l’Académie des sciences et l’association Parlons démocratie.

Nos interventions auprès des jeunes, partout en France et dans des centaines de classes chaque année, nous en ont convaincus : les jeunes aspirent à devenir des citoyens à part entière et ils perçoivent l’importance de la démocratie. Mais ils en connaissent mal les rouages et, bousculés par les discours hostiles et la désinformation en ligne, beaucoup en viennent à douter de la démocratie.
Au point que, pour près d’un tiers des moins de 35 ans (CESE-Ipsos 2024), la démocratie ne serait plus forcément “le meilleur système”. Il se trouve que les assauts contre la démocratie se manifestent dans un domaine que l’on aurait pu croire préservé : celui de la santé et de la science. Or, s’attaquer à la science c’est contester l’obligation de la preuve, c’est affaiblir les experts, introduire le doute, ébranler les certitudes et faciliter l’attaque de la démocratie. Et de fait, nous le constatons au fil de nos rencontres, beaucoup de jeunes apparaissent perméables à des discours insolites ou irrationnels, non fondés scientifiquement mais attirants car simples, accessibles et viraux.
Les vérités scientifiques les plus solides apparaissent alors comme de simples opinions susceptibles de débat. Les grandes découvertes médicales, telles la vaccination, sont contestées et regardées comme de simples croyances. Au point qu’aujourd’hui, déroutés par ces attaques, il n’y a plus qu’un jeune sur trois (Ifop 2023) pour estimer que « la science apporte à l’homme plus de bien que de mal ». Nous espérons, par le débat d’aujourd’hui avec des experts et leurs enseignants, donner aux élèves les outils de la réflexion et les en convaincre : la science n’est pas une opinion.

Philippe Vigouroux, directeur honoraire de CHU et membre de l’association Parlons démocratie

PROGRAMME :

  • 9h30-9h50 : ouverture
  • 9h30-9h40 Mots d’accueil : Antoine TRILLER, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences et Raphaël CULLIFORD, délégué général de Parlons démocratie,
  • 9h40 – 9h50 Introduction : Agnès BUZYN ancienne ministre des solidarités et de la santé (10 min)

9h50-10h35 : Table ronde « santé »

Participants :

  • Alain FISCHER, membre de l’Académie des sciences,
  • Mathieu MOLIMARD, chef de service pharmacologie au CHU de Bordeaux,
  • Agnès BUZYN ancienne ministre des solidarités et de la santé.
  • Modération : Cécile CHALMIN, secrétaire générale de l’Association des professeurs d’histoire-géographie.

10h-50-11h35 : Table ronde « désinformation et société »

Participants :

  • Étienne KLEIN, physicien et philosophe des sciences,
  • Laurent CORDONIER, docteur en sciences sociales et directeur de la recherche de la Fondation Descartes.
  • Modération : Cécile CHALMIN, secrétaire générale de l’Association des professeurs d’histoire-géographie.

11h35-11h50 : Conclusion :

  • Bernard STIRN, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, et Antoine STÉPHANY, Président de Parlons démocratie.

Communication de Philippe LÉGLISE-COSTA « Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan économique dans le nouveau contexte géopolitique ? »

Communication du lundi 9 mars 2026 de Philippe Léglise-Costa, Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne

Thème de la communication : Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan économique dans le nouveau contexte géopolitique ?

 Synthèse de la séance

Philippe Léglise-Costa se propose d’analyser la situation de l’Europe face aux profondes transformations du contexte international et aux nombreux défis économiques et politiques qui en découlent. Le Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne explique que les Européens doivent désormais adapter leurs politiques et leurs instruments pour répondre à des enjeux nouveaux, qui exigent davantage d’anticipation stratégique, d’investissements publics et de rapidité d’action, comme le ferait un État dans l’exercice de ses fonctions exécutives.

Selon lui, l’Europe fait face à trois grands chocs externes. Le premier est l’hostilité croissante de la Russie, confirmée par la guerre en Ukraine, qui a entraîné un découplage économique entre l’Union européenne et la Russie et impose un renforcement des capacités de défense européennes. Le deuxième choc vient de l’ascension rapide de la Chine, dont le modèle économique fortement soutenu par l’État, orienté vers l’exportation et appuyé sur des surcapacités industrielles, crée une concurrence intense et de nouvelles dépendances pour l’Europe, notamment dans les technologies et les matières premières. Le troisième choc concerne l’incertitude liée aux États-Unis, marquée par un protectionnisme accru et une implication plus directe de la puissance publique dans l’économie, ce qui modifie profondément les relations économiques et stratégiques internationales.

À ces défis externes s’ajoutent des difficultés internes. L’Europe risque un décrochage économique, aggravé par le vieillissement démographique, un retard dans certaines innovations technologiques et d’importants besoins d’investissement pour soutenir la productivité, la transition écologique et la défense. Ces investissements sont estimés à plusieurs centaines de milliards d’euros par an. L’Union européenne doit donc repenser son modèle de croissance tout en préservant son modèle social.

Malgré ces difficultés, l’Europe possède de nombreux atouts : un niveau élevé d’épargne et de capital, des infrastructures développées, des universités et des chercheurs de qualité, ainsi qu’un vaste marché intérieur et une monnaie solide. De plus, les crises récentes — crise financière, pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine — ont renforcé la prise de conscience de la nécessité d’une plus grande souveraineté européenne et d’une action collective.

Face à ces enjeux, l’Union européenne s’engage dans plusieurs transformations majeures. Elle cherche notamment à élaborer une véritable stratégie industrielle, à réduire ses dépendances dans des secteurs clés (énergie, technologies, défense, numérique), à réformer sa politique commerciale et à développer une architecture financière plus souveraine afin de mobiliser l’épargne européenne pour financer ses investissements. Elle travaille également à renforcer ses instruments de défense commerciale et à protéger son espace informationnel et technologique.

Cependant, la réussite de ces transformations dépend de plusieurs conditions. D’abord, les États membres doivent accepter de modifier certains équilibres économiques et politiques hérités du passé. Ensuite, la gouvernance européenne doit évoluer afin de permettre des décisions plus rapides et plus cohérentes face aux rapports de force internationaux. Enfin, tout repose sur la volonté politique et le soutien des citoyens européens, car les opinions publiques peuvent à la fois souhaiter une Europe plus forte tout en restant critiques envers ses institutions.

En conclusion, malgré ses retards et ses difficultés, l’Europe dispose encore des ressources nécessaires pour renforcer son indépendance et son influence dans le monde. Elle a déjà entamé une transformation importante, mais celle-ci exige un engagement politique durable et une coopération étroite entre les États membres pour réussir. Philippe Léglise-Costa termine en paraphrasant Walter Benjamin : tout est possible, rien n’est gagné, mais la catastrophe est assurée si nous ne faisons rien.

À l’issue de sa communication, Philippe Léglise-Costa a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées D. Senequier, M. Pébereau, J.C. Trichet, G. Guillaume, G.H. Soutou, M. Bastid-Bruguière, E. Maury, G. de Menil.

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