8 décembre 2025 – 17 h 30 min – 18 h 30 min
Cérémonie d’installation de Denis MUKWEGE à l’Académie et Lecture de la notice sur la vie et les travaux de Javier PÉREZ DE CUÉLLAR (1920-2020)
Synthèse de la séance
L’Académie est réunie en séance solennelle sous la coupole pour la cérémonie d’installation du docteur Denis Mukwege, comme membre associé étranger au fauteuil laissé vacant par le décès de Javier Pérez de Cuéllar. La cérémonie est ouverte par le président de l’Académie, Jean-Robert Pitte.
Le docteur Denis Mukwege a été élu au fauteuil 1 des membres associés étrangers le lundi 23 septembre 2024. Son élection a été approuvée par le président de la République, protecteur de l’Académie, par un décret en date du 25 novembre 2024, publié au Journal Officiel. À ce fauteuil, Denis Mukwege, dont l’action et le parcours exceptionnels en République Démocratique du Congo auprès des femmes victimes d’exactions sexuelles, ont été couronnés en 2018 par le prix Nobel de la Paix, succède à Javier Pérez de Cuéllar, lui-même élu membre associé étranger le 23 janvier 1989 au fauteuil laissé vacant par le décès de Constantin Tsatsos. Le président rappelle qu’à ce fauteuil ont siégé d’autres figures illustres, également prix Nobel pour certains d’entre eux, notamment Theodore Roosevelt, 26ème président des États-Unis (1901-1909), élu associé étranger en 1909, prix Nobel de la paix en 1906, grâce à son rôle de médiateur dans la guerre russo-japonaise, mais aussi Maurice Maeterlinck, écrivain flamand francophone, élu à l’Académie en 1937, prix Nobel de littérature en 1911.
Louis Vogel prononce ensuite le discours d’accueil de Denis Mukwege, surnommé « l’homme qui répare les femmes » du fait de son engagement auprès des femmes victimes d’exactions sexuelles et de son combat auprès des instances internationales pour que les viols collectifs soient reconnus non pas comme un simple dégât collatéral mais comme une véritable arme de guerre.
Né en 1955 à Bukavu, au bord du lac Kivu, dans l’est du Congo, dans une famille pauvre mais croyante et unie, Denis Mukwege fait très tôt l’expérience de l’injustice et de la violence. Sauvé par des femmes et marqué par l’exemple de son père pasteur, il décide de devenir « muganga », celui qui soigne, afin de s’occuper des corps comme son père s’occupe des âmes. Éduqué par une mère qui refuse les stéréotypes patriarcaux, il comprend très vite que les violences faites aux femmes plongent leurs racines dans les inégalités quotidiennes, enracinées dès le plus jeune âge, entre filles et garçons. La guerre n’invente pas la violence, elle ne fait que la déchaîner dans un terreau déjà préparé.

Devenu médecin, Denis Mukwege commence comme pédiatre à l’hôpital de Lemera, puis se forme en gynécologie-obstétrique au CHU d’Angers entre 1984 et 1989. Malgré de bien meilleures conditions de travail en France, il choisit de rentrer pour exercer la médecine dans un pays confronté à des taux dramatiques de mortalité maternelle. Témoin de l’histoire sanglante de la République Démocratique du Congo – colonisation, dictatures, guerres, génocide rwandais, convoitise des ressources, effondrement de l’État – Denis Mukwege survit au massacre de Lemera et se réfugie un temps au Kenya. C’est dans ce contexte de guerre et de prédation qu’il comprend que le viol est utilisé comme arme de guerre systématique, visant à vider une zone de sa population pour s’emparer des richesses.
En 1999, Denis Mukwege fonde l’hôpital de Panzi, près de Bukavu, qui devait d’abord être une maternité, mais devient très vite un lieu de réparation des femmes victimes de viols et de mutilations massives. Il y développe une expertise chirurgicale unique pour traiter les fistules et autres blessures gynécologiques gravissimes. Comprenant que les dégâts sont aussi psychologiques, sociaux et existentiels, il met en place un accompagnement global : accueil par des « mamans chéries », soutien psychologique, aide juridique avec la création d’une clinique intégrée, puis structures de réinsertion comme la Cité de la Joie et la Maison Dorcas. À travers ces dispositifs, les survivantes sont soignées, rééduquées, formées, accompagnées vers l’autonomie économique et la reconquête de leur dignité, malgré le rejet fréquent de leurs familles et de leurs communautés.
Peu à peu, son action se double d’un combat public et international contre les violences faites aux femmes et pour l’égalité entre les sexes. Denis Mukwege devient un « activiste » comme il se définit lui-même : il témoigne devant les parlements, les Nations Unies, les médias, dans des documentaires qui contribuent à briser la loi du silence. Son engagement s’étend au terrain juridique : certains procès en République Démocratique du Congo reconnaissent pour la première fois le viol utilisé comme arme de guerre comme crime contre l’humanité, et l’État peut être condamné pour défaut de protection. Inscrite dans un mouvement plus large de transformation du droit international et des lois nationales, cette bataille participe à la reconnaissance du viol comme crime de guerre, à l’évolution des définitions du consentement et à la mise en place de dispositifs concrets de protection des victimes, notamment en Europe.
Louis Vogel conclut en soulignant que le moteur de Denis Mukwege est une exigence d’action : pour lui, l’émotion ne vaut rien si elle n’est pas suivie d’engagement. Illustrant cette vieille expression française, « de fil en aiguille », le docteur Denis Mukwege est passé de la pédiatrie à la gynécologie réparatrice, de la création d’un hôpital à celle d’un véritable écosystème de soin, de justice et d’émancipation, et de la lutte contre le viol à un combat global pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Lauréat du Prix Nobel de la Paix en 2018, il incarne les valeurs de dignité humaine, de courage et de responsabilité qui fondent l’Académie qui l’accueille Son parcours est une invitation à agir, à refuser l’indifférence et à se laisser entraîner, à sa suite, dans un combat universel pour la justice et la dignité des femmes.
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Deux extraits du documentaire réalisé par Thierry Michel et Colette Braeckman, consacré au travail du docteur Mukwege en République Démocratique du Congo, intitulé « L’homme qui répare les femmes. La colère d’Hippocrate » ont été diffusés avant et après le discours d’accueil de Louis Vogel.
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Le président invite ensuite Denis Mukwege à prendre la parole, comme c’est l’usage, pour rendre hommage à son prédécesseur, Javier Pérez de Cuéllar.
Après avoir remercié Louis Vogel pour son soutien, Denis Mukwege souligne l’honneur d’occuper le siège de Javier Pérez de Cuéllar, figure majeure de la diplomatie internationale et cinquième Secrétaire général des Nations Unies.
Né à Lima en 1920, Javier Pérez de Cuéllar grandit dans un environnement ouvert sur le monde, marqué par la culture européenne, la passion des langues et un profond humanisme. Ses études de droit et de littérature le conduisent dès 1940 vers une carrière diplomatique exceptionnelle, débutée au ministère péruvien des Affaires étrangères. Envoyé à Paris puis délégué à la Commission préparatoire de l’ONU en 1945, il assiste à la naissance de l’organisation qui marquera toute sa vie.

Au fil des décennies, il gravit les échelons de la diplomatie péruvienne, occupant des fonctions clés : directeur au ministère, ambassadeur en Suisse, en URSS et en Pologne, puis représentant permanent du Pérou aux Nations Unies. Sa maîtrise des crises internationales lui vaut de devenir Secrétaire général adjoint avant d’être élu, en 1982, Secrétaire général de l’ONU, mandat renouvelé en 1986. Durant près de dix ans, il exerce ses responsabilités avec calme et autorité morale, dans un monde traversé par la guerre froide, les conflits régionaux et les crises humanitaires. Il renforce la diplomatie préventive, défend la neutralité de l’ONU et contribue à des dossiers majeurs : protection des civils au Liban, relance du dialogue israélo-palestinien, indépendance de la Namibie, pression contre l’apartheid, négociations en Amérique centrale et médiation dans la guerre Iran-Irak, où il obtient un cessez-le-feu historique en 1988. Son action s’étend aussi aux enjeux émergents tels que l’environnement, le sida et le trafic de drogue. Sous son impulsion, la commission dirigée par Gro Harlem Brundtland produit en 1987 le rapport « Notre avenir à tous », texte fondateur du développement durable et du sommet de la Terre de Rio en 1992. Après son second mandat, Javier Pérez de Cuéllar poursuit son engagement : UNESCO, Fondation de l’Arche de la Fraternité, puis candidature à la présidence du Pérou en 1995. En 2000, il contribue au rétablissement de la démocratie après la chute du régime Fujimori, avant de devenir ambassadeur du Pérou en France de 2001 à 2004.
Hautement décoré dans le monde entier, il laisse aussi une œuvre intellectuelle majeure, dont un Manuel de droit diplomatique (1964) et Pèlerinage pour la paix (1997). Sa pensée repose sur trois piliers : patience, neutralité et dignité. Pour lui, la paix n’est pas seulement l’absence de guerre mais le produit de la justice, du respect mutuel et de la solidarité.
Décédé en 2020 à l’âge de cent ans, Javier Pérez de Cuéllar incarne l’esprit fondateur des Nations Unies. Son héritage moral et diplomatique demeure une source d’inspiration, rappelant que la diplomatie est avant tout un devoir d’humanité et que le courage réside dans la persévérance, le compromis et le respect de l’autre. Homme discret mais influent, il demeure un modèle pour celles et ceux qui œuvrent à un monde plus juste, durable et pacifique.
La cérémonie a été ponctuée de différents intermèdes musicaux interprétés au piano par Guillem Aubry, membre de l’Académie de l’Opéra national de Paris.
Revoir la cérémonie
Photos de la cérémonie
Crédit photos : Candice Ferrier
Calendrier des séances de l’année 2026
Thème annuel : « Un monde en transformation profonde : de la déconstruction à la reconstruction de l’ordre mondial »
sous la présidence de Jean-David LEVITTE

Les séances ordinaires de l’Académie se tiennent le lundi à 15 heures sauf exception, en grande salle des séances, au Palais de l’Institut. Elles sont publiques dans le respect des mesures sanitaires en vigueur.
Le texte des communications est publié progressivement sur le site de l’Académie et un résumé en est fait chaque semaine dans la Lettre d’information diffusée par courrier électronique et publiée sur le site. L’enregistrement sonore est rendu accessible sur notre site et sur Canal Académies.
La capacité de la salle en séance publique est limitée à 70 visiteurs. Au-delà, l’accès n’est alors plus possible.
Les intitulés des conférences ne sont pas définitifs et sont donnés à titre indicatif.
| 5 janvier | Jean-David LEVITTE Président de l’Académie des sciences morales et politiques | Présentation du programme de l’année 2026 : après cinq siècles de domination occidentale, quel avenir pour le monde ? | |
| 12 janvier | Cérémonie d’installation de Bernard ARNAULT (sur invitation) | ||
| 19 janvier | Jean-Noël BARROT Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères | La France face à la transformation de l’Europe et du monde | |
| 26 janvier | Philippe ETIENNE Ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis | L’impact de la présidence de Donald Trump sur la société et la démocratie américaines | |
| 2 février | Jean TIROLE Membre de l’Académie | L’avenir de l’économie mondiale dans un contexte géopolitique transformé | |
| 9 février | Jérôme BONNAFONT Ambassadeur de France auprès des Nations-Unies, New-York/Genève | L’avenir du multilatéralisme face aux nouveaux nationalismes | |
| 16 février | Bertrand LORTHOLARY Ambassadeur de France en Chine | L’avenir des relations Chine/Etats-Unis et Chine/Europe, vu de Chine | |
| 9 mars | Philippe LÉGLISE-COSTA, Représentant permanent de la France auprès de l’Union Européenne | Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan économique dans le nouveau contexte géopolitique ? | |
| 16 mars | Séance d’actualité de 15h à 16h Franck MICHELIN Professeur d’Economie à l’Université Teikyō (Japon), membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer | Les fantômes de l’empire japonais. Le Japon face à la question taïwanaise | |
| 23 mars | Christoph HEUSGEN Ancien président de la conférence de Munich sur la sécurité, ancien conseiller diplomatique d’Angela MERKEL | Le regard de l’Allemagne sur la France, l’Union Européenne et le continent européen | |
| 30 mars | Cérémonie d’installation de Sa Sainteté Mgr Bartholomée 1er, Archevêque de Constantinople et Patriarche œcuménique (sur invitation) | ||
| 13 avril | Pierre LÉVY Ancien ambassadeur de France en Russie | La Russie et l’Europe : quel avenir pour la Russie ? | |
| 4 mai | Gaël VEYSSIÈRE Ambassadeur de France en Ukraine | Quel avenir pour l’Ukraine ? | |
| 11 mai | Camille GRAND Ancien secrétaire général adjoint de l’OTAN | L’impact de la présidence de Donald Trump sur le continent européen dans le domaine militaire : la Russie, l’Ukraine et l’avenir de l’OTAN. | |
| 18 mai | Général Thierry BURKHARD Chef d’état-major des armées (à confirmer) | Quel réarmement pour la France et l’Europe | |
| 1er juin | Bruno TERTRAIS Politologue | La transformation démographique du monde et son impact géopolitique | |
| 8 juin | Lionel ZINSOU Président du think-tank Terra Nova | Quel avenir pour le continent africain ? | |
| 15 juin | Emmanuel LENAIN Ambassadeur au Brésil (auparavant en Inde) | L’émergence du « Sud Global » : l’Inde, le Brésil notamment | |
| 22 juin | Mattias GUYOMAR Président de la Cour européenne des droits de l’Homme | Les droits de l’Homme dans les relations internationales | |
| 29 juin | Olivier DELLENBACH Président de ChapsVision | Géopolitique de l’intelligence artificielle | |
| 14 septembre | Elie BARNAVI, membre associé de l’Académie et Chloé BERGER, docteur en sciences politiques en résidence à Abu Dhabi | Israël et les territoires palestiniens : la solution des deux Etats | |
| 21 septembre | Ghassan SALAMÉ, ministre libanais de la culture et Manon-Nour TANNOUS, maître de conférences en science politique | L’avenir du Moyen-Orient : l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Turquie | |
| 28 septembre | Cérémonie d’installation de Carole TALON-HUGON (sur invitation) | ||
| 5 octobre | Nicolas ROCHE Secrétaire général de la Défense et la Sécurité nationale | La manipulation des opinions comme outil de politique étrangère | |
| 12 octobre | Serge SUR Membre de l’Académie | La « gangstérisation » du monde | |
| 20 octobre | Séance solennelle de rentrée de l’Institut et des cinq académies (sur invitation) | ||
| 2 novembre | Bernard EMIÉ Ambassadeur, ancien directeur général de la DGSE | La DGSE, son rôle, sa transformation | |
| 9 novembre | Séance solennelle de rentrée de l’Académie (sur invitation) | ||
| 16 novembre | Séance d’actualité | ||
| 23 novembre | Thierry de MONTBRIAL Membre de l’Académie | Le rôle des « Think Tanks » dans la politique internationale : un demi-siècle d’expérience | |
| 30 novembre | Cérémonie d’installation d’Emmanuel de WARESQUIEL (sur invitation) | ||
| 7 décembre | Hubert VÉDRINE Ancien ministre des Affaires étrangères | De François Mitterrand à aujourd’hui : la transformation du monde et du rôle de la France | |
| 14 décembre | Le Président de la République et protecteur de l’Académie, Emmanuel MACRON, sous la coupole en présence du corps diplomatique (sur invitation – à confirmer) | Réflexions sur dix ans à la tête de l’État : la France dans le monde | |
Calendrier des séances de l’année 2026
Thème annuel : « Un monde en transformation profonde : de la déconstruction à la reconstruction de l’ordre mondial » sous la présidence de Jean-David LEVITTE Jean-David LEVITTE Les séances…
Communication de Jean-David LEVITTE « Après cinq siècles de domination occidentale, quel avenir pour le monde ? »
Communication du lundi 5 janvier 2026 de Jean-David Levitte, Président de l’Académie des sciences morales et politiques Thème de la communication : Après cinq siècles de domination occidentale, quel avenir pour…
Suivez en direct la communication du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot dès 15 heures
Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot interviendra devant l’Académie à partir de 15 heures sur le thème de « la France face à la transformation de l’Europe…
Communication de Jean-Noël BARROT « La Grande Inconnue »
Communication du lundi 19 janvier 2026 de Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Thème de la communication : La Grande inconnue Synthèse de la séance Jean-Noël BARROT Jean-Noël…
Communication de Philippe ETIENNE « L’impact de la présidence de Donald Trump sur la société et la démocratie américaine »
Communication du lundi 26 janvier 2026 de Philippe Etienne, Ambassadeur de France, ancien ambassadeur aux États-Unis Thème de la communication : L’impact de la présidence de Donald Trump sur la société…
Communication de Jean TIROLE « L’avenir de l’économie mondiale dans un contexte géopolitique transformé »
Communication du lundi 2 février 2026 de Jean Tirole, membre de l’Académie Thème de la communication : L’avenir de l’économie mondiale dans un contexte géopolitique transformé Synthèse de la séance Jean…
Communication de Jérôme BONNAFONT « L’avenir du multilatéralisme face aux nouveaux nationalismes »
Communication du lundi 9 février 2026 de Jérôme Bonnafont, ambassadeur et représentant permanent de la France auprès de l’Organisation des Nations unies à New York Thème de la communication : L’avenir…
Communication de Bertrand LORTHOLARY « L’avenir des relations Chine/États-Unis et Chine/Europe vu de Chine »
Communication du lundi 16 février 2026 de Bertrand Lortholary, ambassadeur de France en Chine Thème de la communication : L’avenir des relations Chine/États-Unis et Chine/Europe vu de Chine Synthèse de la…
Communication de Philippe LÉGLISE-COSTA « Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan économique dans le nouveau contexte géopolitique ? »
Communication du lundi 9 mars 2026 de Philippe Léglise-Costa, Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne Thème de la communication : Comment l’Union Européenne doit-elle réagir sur le plan…
Communication de Franck MICHELIN « Les fantômes de l’empire japonais. Le Japon face à la question taïwanaise »
Communication du lundi 16 mars 2026 de Franck Michelin, Professeur d’économie à l’Université Teikyô (Japon), membre de l’Académie des sciences d’Outre-mer Thème de la communication : Les fantômes de l’empire japonais….
Communication de Christoph HEUSGEN « Le regard de l’Allemagne sur la France, l’Union Européenne et le continent européen »
Communication du lundi 23 mars 2026 de Christoph Heusgen, ancien président de la conférence de Munich sur la sécurité, ancien conseiller diplomatique d’Angela Merkel Thème de la communication : Le regard…
Suivez en direct la cérémonie d’installation de Denis MUKWEGE à l’Académie à partir de 15 heures
Denis Mukwege, membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques, sera installé ce lundi 1er décembre lors d’une cérémonie sous la coupole de l’Institut de France.
Gynécologue, chirurgien et défenseur des droits humains, Denis Mukwege a été élu membre associé étranger de l’Académie le 23 septembre 2024 au fauteuil laissé vacant par le décès de Javier Perez de Cuellar, ancien secrétaire général des Nations unies.
Fondateur et président de l’Hôpital de Panzi en République démocratique du Congo, son travail en matière de prise en charge des violences sexuelles basées sur le genre est reconnu à l’échelle internationale. Depuis l’ouverture de l’hôpital en 1999, le docteur Denis Mukwege et son équipe ont accompagné environ 87 000 survivantes de violences sexuelles et femmes atteintes de graves lésions gynécologiques.
Lauréat du prix des droits de l’homme des Nations Unies (2008), du prix prix Sakharov pour la liberté de l’esprit (2014) et du prix Nobel de la paix (2018), il sera installé parmi les 12 membres associés étrangers de l’Académie des sciences morales et politiques le lundi 1er décembre prochain. La cérémonie se tiendra de 15 heures à 17 heures sous la coupole de l’Institut de France (accès sur invitation au regard du nombre de places contraint).
Le président Jean-Robert Pitte ouvrira la séance par une allocution introductive, l’académicien et sénateur Louis Vogel prononcera un discours d’accueil et Denis Mukwege donnera lecture de la notice sur la vie et les travaux de Javier Perez de Cuellar.
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Programme
Allocution de Monsieur Jean-Robert Pitte, Président de l’Académie
Intermède musical
Scarlatti : sonate en f minor K184
Discours d’accueil de Denis Mukwege
par Monsieur Louis Vogel, membre de l’Académie
Intermède musical
Schumann : carnaval de vienne – scherzino et intermezzo
Discours de Denis Mukwege, membre associé étranger de l’Académie
Intermède musical
Ravel : jeux d’eau
Communication de Gérard-François DUMONT « La terre est-elle surpeuplée ? »
Communication du lundi 24 novembre de Gérard-François Dumont, Professeur émérite à Sorbonne Université, ancien recteur
Thème de la communication : La terre est-elle surpeuplée ?
Synthèse de la séance

G.F. Dumont commence en rappelant tout d’abord l’ancienneté de la peur du surpeuplement : bien avant l’apparition des mots « surpeuplé » et « surpeuplement » au tournant du XXᵉ siècle, Platon, Giovanni Botero, Francis Bacon ou encore le lettré chinois Hong-Liang-Ki s’inquiètent déjà d’un excès d’hommes par rapport aux ressources. À la fin du XVIIIᵉ siècle, Malthus formalise cette crainte avec son « principe de population », puis, aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, de nombreux auteurs, scientifiques ou auteurs d’œuvres de fiction (P. Ehrlich, Cousteau, Soleil vert, etc.) annoncent famines, crises et catastrophes écologiques dues à la croissance démographique, jusqu’à l’« Avertissement à l’Humanité » signé par des milliers de chercheurs en 2017.
G.F. Dumont montre ensuite que la forte hausse de la population mondiale ne vient pas d’une explosion de la fécondité, restée longtemps stable puis en baisse, mais de la transition démographique qui se caractérise par une chute spectaculaire de la mortalité, alors que – dans un premier temps – la natalité reste forte et l’allongement de l’espérance de vie grâce aux progrès sanitaires, médicaux et alimentaires. Cette dynamique a entraîné un nombre élevé de naissances pendant plusieurs décennies, avant que la fécondité ne recule et que la croissance démographique ne ralentisse nettement.
L’analyse des liens entre peuplement, développement et ressources ne permet pas de conclure à un surpeuplement : ni les pays très denses ni les pays très peu denses ne sont systématiquement défavorisés en termes de développement humain. Tout dépend plutôt des institutions, de la gouvernance, du capital humain et de l’innovation. Les peurs d’épuisement généralisé des ressources (telles celles du rapport du Club de Rome qui incitait à faire une « Halte à la croissance ») se sont révélées exagérées, car une ressource n’existe vraiment que par la capacité humaine à l’exploiter : progrès techniques, énergies renouvelables, meilleure efficacité et recyclage transforment et renouvellent les ressources disponibles.
Enfin, les projections démographiques (ONU) indiquent une décélération, voire à terme un possible dépeuplement, dans un contexte d’ « hiver démographique » dans de nombreux pays. L’idée d’un surpeuplement global est donc infondée : ce qui importe est moins le nombre d’habitants que la manière dont les sociétés gèrent leurs territoires, leurs ressources et leurs politiques. La géographie des populations est cette branche de la géographie qui permet de prendre la juste mesure des populations sur leurs territoires, tant sur un plan quantitatif que qualitatif, c’est-à-dire de comprendre la manière dont elles habitent ce territoire et ainsi d’éclairer sur les politiques et les actions souhaitables pour les sociétés.
À l’issue de sa communication Gérard-François Dumont a répondu aux observations et aux questions que lui ont adressées E. Roussel, P.A. Chiappori, G. Alajouanine, J. de Larosière, L. Ravel, J. Tirole, D. Senequier, J.C. Trichet, A. Vacheron, P.M. Menger, M. Pébereau, H. Gaymard.
Verbatim du communicant
Réécoutez la communication
« Tocqueville » de Françoise Mélonio (2025)

Eric Roussel a déposé l’ouvrage suivant en séance du lundi 24 novembre 2025 :
Tocqueville de Françoise Mélonio (Gallimard, 2025, 624 p.).
Texte prononcé en séance
Je souhaiterais déposer sur le bureau de l’académie la biographie de Tocqueville de Françoise Melonio.
Sur Tocqueville il existe de très nombreux ouvrages Celui que vient de publier Françoise Melonio fera date parce qu’il démontre de manière lumineuse que l’on ne peut comprendre l’auteur de La démocratie en Amérique sans connaître sa vie. Comme Chateaubriand, il est déchiré entre deux mondes : celui issu de l’ancien régime où il est né et celui qui vient dont il a pu scruter les promesses et les possibles pathologies lors d’un voyage aux États Unis. Tocqueville instinctivement sent qu’il est vain de freiner un mouvement irrésistible vers la démocratie mais il ne se sent de plain pied qu’avec ceux qui comme lui risquent de se trouver marginalisés par cette vague et partagent les souvenirs douloureux de la Révolution. Cette contradiction irrigue sa vie et nourrit son œuvre. Son intelligence lui permet de dominer son pessimisme foncier et de porter un regard lucide sur le passé -ce sera l’objet de L’ancien régime et la Révolution -et sur l’avenir comme l’atteste la démocratie en Amérique et ses étincelants souvenirs de la seconde République où se révèle en outre un portraitiste hors pair .
Françoise Melonio qui a édité Tocqueville dans la Bibliothèque de la Pléiade domine superbement son sujet. Rendant justice aux anticipations géniales de son héros elle ne cache pas que ce dernier était aussi un homme de son temps avec ses préjugés et ses antipathies notamment à l’égard de la Grande Bretagne. Cet homme qui voyait loin était parfois moins à l’aise dans le court terme et crut ainsi trouver un remède au déclin qu’il redoutait dans la colonisation de l’Algérie. Mais le penseur fut aussi un homme de terrain avisé comme l’attestent les pages de ce livre consacrées à son passage a la présidence du conseil général de la Manche.
La vie privée n’est pas négligée par Françoise Melonio qui révèle un personnage un peu mélancolique mais charmeur, attaché passionnément a la femme qu’il avait choisie hors de son milieu mais ne dédaignant pas les aventures, un ami fidèle mais toujours lucide.
Au total un grand livre désormais indispensable à la compréhension de l’un des plus grands esprits du XIX siècle.
Séance solennelle de rentrée 2025 de l’Académie des sciences morales et politiques
Synthèse de la séance

Lundi 17 novembre 2025 s’est tenue, sous la Coupole de l’Institut, la séance solennelle de rentrée de l’Académie. Le président Jean-Robert Pitte a ouvert la séance en saluant les personnalités présentes, les auteurs des communications de cette année consacrée à la géographie ainsi que les lauréats.
Le président a ensuite remercié le Secrétaire perpétuel, Bernard Stirn, de lui avoir proposé de présider cette année 2025 qu’il a souhaité consacrer aux différentes facettes de la géographie, devenant ainsi le quatrième géographe de l’histoire de l’Académie à la présider après Émile Levasseur en 1880, Paul Vidal de la Blache en 1918, de manière brève, entre janvier et son décès en avril, et Maurice Le Lannou en 1988, il y a donc 37 ans.

Le cycle de communications de cette année 2025, intitulé « Terre des hommes », a été marqué par 28 conférences consacrées à la géographie sous ses formes les plus diverses. Le président insiste sur le fait que nous vivons tous dans un espace interconnecté et mondialisé, et que la géographie est indispensable pour comprendre la répartition des hommes, des activités, des frontières et des environnements, mais aussi pour déjouer la peur de l’autre, les conflits et les discours fatalistes sur le climat ou l’histoire. Discipline scientifique à part entière, la géographie étudie la manière dont l’humanité façonne la surface de la Terre et doit être pensée avec l’histoire, sa « sœur siamoise ». Jean-Robert Pitte dénonce la tendance à reléguer la géographie au rang de science auxiliaire ou décorative, et plaide pour sa place centrale dans l’éducation, afin de former des citoyens libres, responsables et capables de comprendre la mondialisation.
Le président présente ensuite les grandes branches abordées durant l’année : géographie de l’environnement (glaciers, mers, forêts, climat), géographie économique (commerce, transports, matières premières), géographie politique et géopolitique (régimes, conflits, territoires), aménagement du territoire, monde rural et alimentation, ainsi que géographie culturelle et religieuse. Il souligne que la géographie peut offrir une vision positive et constructive de l’environnement, non pas pour « sauver la planète » en soi, mais pour organiser l’espace au service du bien-être humain. Enfin, il conclut sur une note humaniste et confiante : la liberté, l’intelligence, la technique et la coopération peuvent permettre à l’humanité de mieux habiter la Terre, à condition de remplir plusieurs conditions telles que le respect d’États de droit, des populations éduquées et une joie de vivre partagée. La géographie, omniprésente dans nos vies, est un outil essentiel pour aimer, comprendre et aménager notre « Terre des hommes ».

Le vice-président Jean-David Levitte a ensuite procédé à la lecture du palmarès des prix, bourses et médailles décernés par les six sections de l’Académie et des jurys particuliers. Grâce au concours et à la générosité des particuliers et associations qui ont créé, par legs ou par dons, des fondations abritées au sein de l’Académie, celle-ci poursuit la mission, confiée à l’Institut par la loi du 3 brumaire an IV (25 octobre 1795) : « suivre les travaux scientifiques et littéraires qui auront pour objet l’utilité générale et la gloire de la République ».
Le Secrétaire perpétuel Bernard Stirn a ensuite prononcé un discours sur le thème : « Pouvons-nous avoir encore des repères ? »
Bernard Stirn dresse tout d’abord un contraste entre l’optimisme qui entourait l’an 2000 (essor de la démocratie libérale, multilatéralisme, construction européenne, mondialisation confiante) et le climat actuel, marqué par une succession de crises – terroristes, économiques, sanitaires, migratoires, écologiques, géopolitiques – qui fragilisent la démocratie, l’ordre international et le sentiment de sécurité. La montée des incertitudes (progrès scientifiques, bioéthique, intelligence artificielle, migrations, climat, régulation du numérique) s’accompagne d’un effritement de la confiance : méfiance envers les élus, la justice, la science, prolifération des complots, violences politiques et remise en cause du droit international et des organisations multilatérales.

Face à ce « labyrinthe des égarés », le Secrétaire perpétuel appelle à la raison et à la réflexion, en rappelant que l’histoire avance par cycles et périodes de transition, comme au XIXᵉ siècle. Il souligne les ressources encore disponibles : l’État de droit, la construction européenne, les juridictions internationales et un capital juridique et institutionnel à protéger. Il met en avant le rôle de l’Académie des sciences morales et politiques, qui nourrit la réflexion par ses travaux, ses colloques et le choix de thèmes annuels (justice, Terre des hommes, ordre mondial, avenir de la démocratie…). Bernard Stirn conclut en citant la lucidité prémonitoire d’Alexis de Tocqueville qui, le 27 janvier 1848, déclarait dans un discours prononcé devant la Chambre des députés : « nous nous endormons à l’heure qu’il est sur un volcan » et François Guizot, cité dans l’un des derniers numéros de la Revue Commentaire, dirigée par Jean-Claude Casanova : « C’est de l’esprit politique qu’aujourd’hui la France a le plus de services à attendre et doit cultiver avec plus de soin les progrès. L’esprit politique consiste essentiellement à vouloir et à savoir prendre sa part et jouer son rôle régulièrement, sans emploi de la violence, dans les affaires de la société. Plus l’esprit politique se développe, plus il inculque aux hommes le besoin et l’habitude de voir les choses comme elles sont, dans leur exacte vérité ». Le Secrétaire perpétuel conclut sur la nécessité d’entretenir cet « esprit politique », pour éviter de nous endormir sur de nouveaux volcans et de rechercher des repères qui permettent une participation paisible, sereine et déterminée de tous à la vie collective.
La séance a été ponctuée par des intermèdes musicaux, interprétés par le trio Vermeer.
Revoir la cérémonie
Remise des diplômes aux lauréats
Crédit photos : Candice Ferrier
La cérémonie
Crédit photos : Candice Ferrier
Arrivée des académiciens
Crédit photos : Candice Ferrier
Suivez en direct la séance solennelle de rentrée 2025 de l’Académie
La séance de rentrée de l’Académie des sciences morales et politiques se tient ce lundi 17 novembre à 15 heures sous la coupole.
S’exprimeront :
- Jean-Robert Pitte, président de l’Académie, sur le thème « La terre des hommes. Diverses facettes de la géographie » ;
- Jean-David Levitte, vice-président de l’Académie, présentera le palmarès des prix et des médailles de l’année 2025 ;
- Bernard Stirn, secrétaire perpétuel de l’Académie, sur le thème « Pouvons-nous encore avoir des repères ? ».













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